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Andy Vérol - Une dernière usine avant extinction

Le moindre de vos dons m'aidera à arrêter - Les écrits d'une petite frappe de la littérature

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Une biographie d'Andy Vérol: Manu Chao, le clandestino, juin 2009, Editions Pylône.Infos ici: http://pylone.wordpress.com/ 


Une biographie d'Andy Vérol: Noir Désir, le vent les portera, juin 2009, Editions Pylône.Infos ici: http://pylone.wordpress.com/


Nouvelle d'Andy Vérol dans le livre collectif, Le Livre Noir de Ta Mère, Ed. de Ta Mère - 2009. Infos ici: http://detamere.blogspot.com/


Premier roman d'Andy Verol, Les Derniers Cowboys français. Collection Pylône - 2008. Infos ici: http://pylone.wordpress.com/

Une biographie d'Andy Vérol: Un noir désir, Bertrand Cantat, 2008, aux éditions Scali. Périmé.


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La renversante possibilité d’une haine latente. | 14 mars 2007

La lame entre dans son ventre avec douceur, comme dans du beurre. Le collègue s'effondre et grogne en bulles/million de fond de gorge. Il gît là sous le jet de ma pisse chaude. « Tu m'aimais pas ? Moi non plus ! Tu pensais qu'on devait malgré tout se supporter pour quelques euro en bas d'une fiche de paie ? Vas te faire foutre. » Tu les vois toujours tes collègues quand tu pars en vacances. Tu l'imagines bien le manager en short dans sa Mercedes noire rutilante. Il bouffe un sandwich triangulaire qu'il a payé 5 euro pendant que tu te coltines ton pain de mie rassis au beurre et au jambon blanc. Et les chips ! Mon Dieu ! Les chips qui finissent par te piquer la bouche, grave. Tu as fini le paquet mais c'est la sécheresse dans la bouche, l'odeur de patate huileuse dans le pif et l'estomac en vrac, en brûlure, la douleur. Quelle torpeur au volant...  Les collègues, ils ont des gosses que tu détestes parce qu'ils te saoulent avec ça à longueur de pause. Surtout les meufs. Tu sais tout sur les petits, leurs maladies, leurs conneries à l'école, leur cadeau pour la fête des mères... T'aimerais faire autre chose de ta vie quand tu as des collègues dignes de ce nom. C'est à dire des gens que tu n'apprécies que très moyennement, avec qui tu dois partager un certain nombre de missions afin d'enrichir des patrons très lointains qui, eux, soit dit en passant, ont des collaborateurs...  Tu les croises dans les grands magasins près de chez toi et tu es gêné de n'avoir rien à leur dire... Oh, il y a bien Thomas, avec qui tu as sympathisé, mais souvent, généralement, les collègues cool ont des vies cool qu'ils ne partagent jamais avec leurs collègues. « Quand j'suis plus au boulot, je coupe complètement les ponts. »  Le collègue, c'est surtout un être qui ne donne pas beaucoup de sens à son existence. Il est là. Voilà. Il est là. Il dépense ses sous gagnés à faire un boulot sans intérêt pour se payer une maison, des vacances, des couches aux petits, une Gameboy au plus grand et des faux tatouages à celle du milieu. Il a aussi des loisirs. Il lit. Il fait du sport. Il est randonneur. Il adore le cinéma. Il s'invertit dans une association humanitaire, dans un parti d'extrême-droite, ... Il te demande de bien garder les piles pour les recycler, de lui donner tous tes bouchons de bouteille d'eau minérale, tes pièces jaunes et tes chaussures... Pour, en vrac, aider les victimes de la pauvreté, de la vieillesse, des mines anti-personnels, de la maladie. Le collègue, il est souvent à l'ouest. Ne supporte pas l'imprévu, se raidit quand la direction change ses méthodes de travail.  Le collègue n'a de conscience politique que lorsque les campagnes électorales débutent. Il est très investi. Il lit le journal, se barbouille l'esprit avec des débats télévisés. Mais il est rarement subtil quand il est de gauche. Il te dit toujours qu'il votera à gauche. Alors que le collègue qui ne te dit rien, qui a un peu honte d'avoir peur de tout, d'être un raciste, conservateur, nationaliste, capitaliste, libéral, croyant, il est plutôt de droite. Bref, ton collègue, c'est un citoyen de circonstance. Il te parle de l'état du pays et très souvent il résume la politique et ces « salauds de politicards » aux impôts qu'il trouve outrageant de payer. Ça se résume à son fils qui s'est fait raquetter à l'école, ou pire encore, le copain d'un copain de sa fille... Il ne comprend jamais rien à l'économie, mais il sait toujours qu'on l'entube. Il trouve ça navrant la misère du monde mais s'accorde bien avec le lieu commun selon lequel « on ne doit pas accueillir toute la misère du monde. » Le collègue, c'est monsieur/madame tout-le-monde qui prend de grands airs lorsqu'il est devenu chef. De grands airs qui ne durent que le temps d'une semaine, avant qu'il ne soit totalement acculé à la terrible vérité : il n'a pas la carrure. D'ailleurs le collègue n'a pas d'envergure. Le collègue a une personnalité pondérée par cette évidente façon de ne se satisfaire que de ce qu'il possède, en sonnant, trébuchant, en mobilier, immobilier.  Je viens de taper ma quatrième lettre de démission depuis trois mois. J'en ai marre. C'est pathétique... Mais le salaire. La possibilité débile de se payer ce que bon me semble... Et finalement, je suis, finalement, je suis, finalement, je suis, le collègue. Je suis un collègue. Je ne suis qu'un collègue. Rien qu'un collègue. Merde.

 

Publié par hirsute à 22:45:33 dans Andy Verol | Commentaires (0) |

T’es nanti l’ami. T’es mal défini. Tu croupis dans les bouchons/fumés des tunnels capitalistes. Des élections à la mords-moi le nœud pour un peuple de nez – de – bœufs… | 14 mars 2007

Il n'y a plus de temps présent. Il n'y a que des instants, des secondes des minutes que l'on ne sent pas. Ma vie, je l'ai déjà dit, se résume à des heures passées devant la télé. Devant l'ordinateur. A lire. Dialoguer. Echanger. Grossir. Affaiblir mon corps et le livrer à la flasquitude (C'est Ségo qui m'a aidé sur ce coup-là)...
 Ne sers donc plus à rien. Mais je n'en suis pas malheureux. C'est flatteur d'être ignoré, mis à l'écart par ceux que l'on croise. Bien heureux aussi de ne plus participer à la vie de ce pays, m'exclure de la société, de la République, de la machine sociétale, tout en profitant ouvertement, de façon arrogante, diront certains, d'un système social plutôt favorable aux feignasses salariés comme moi. C'est bon, je t'entends venir avec ta morale, ta paupière qui tremble, ta gueule qui penche, ta tronche tordue par le déséquilibre violent/virulent de tes pensées. Tu cherches à comprendre. Il n'y a rien de moral ni d'immoral. Je me fous des autres et surtout de ce pays de cons... La France. J'aime pas mais c'est trop avantageux de vivre ici, alors je reste, je prend, je palpe et je me marre. Un pays de tarés qui te broient les tympans avec son Général, son Maréchal, son Empereur. Un pays qui glorifie donc autant les grands chefs que les petits miteux des usines. Un pays qui t'offre comme Constitution et comme Déclaration, des droits incommensurables, des devoirs gigantesques, à l'échelle planétaire... Vivre en France, c'est autant lutter pour la liberté d'être anticlérical que pour le droit de chacun à croire au dieu qui lui sied. C'est un truc de schizophrène d'être français... Mais je reste. Je me soigne pour pas cher. Je me fais mettre en arrêt maladie avec des certificats de complaisance que mon docteur référant, mon ami, mon confident, mon mec important, me livre sans sourcilier. La vie. L'amour. Je n'ai plus qu'à me soucier de la vie puis de la mort. L'angoisse. Quand vais-je mourir ? J'ai bien mis une capote ? J'ai bien fait mes rappels de vaccins ? J'ai avalé mes vitamines et mes cachets ? J'ai mangé six légumes et fruits tous les jours ? J'ai fait ma nuit ? J'ai pas oublié de faire mon check-up ? De faire mon rot ? Mon pet ? Ma B.A. ? Shake my body dans mon salon Ikea, Maisons du Monde et Jardiland... Move ma p'tit cul sur un morceau furieux de Svinkels les vénères ?
On aura fait des économies de chauffage cette année. Il y a du bon dans le réchauffement généralisé du climat. Paraît que l'océan va s'avancer jusqu'à chez moi. Ma vie balnéaire. Les fesses à l'air.
 La France, c'est La Bombe. La fameuse qui nous protège de tous ces salauds de soviétiques « poutiniens » bouffeurs de tchétchènes et mafieux devant l'éternel.
La France. Les problèmes. Les élections. Voilà, c'est dit. Il fallait un nouveau thème à faire chier dans leurs frocs, les plus balèzes d'entre nous. Regarde Douillet qui se rallie toujours à ceux qui veulent plus de sécurité... Tu te rends compte ? Même lui il flippe des maigrichons de banlieue (ben ouais,  sans le survêt ou la doudoune, tu les vois à mort les côtes de la petite racaille de Sarcelles. Il se la joue costaud, mais il est surtout teigneux l'miséreux « de couleur » Important de rappeler que celui dont on parle n'est pas d'origine polonaise ou italienne). Ok. Je suis politiquement correct (ça sous-entend, aujourd'hui, que j'appartiens à la gauche caviar, quoique pour ma part, ce sera plutôt saumon fumé, je préfère, et c'est moins cher). C'est vrai que le français est totalement harcelé par les hordes de barbares de banlieue. Le français a la bombe, l'armée, la police, la justice, mais le français est en danger. Le français est menacé par des gens sans-papiers par milliards ! qui veulent lui voler sa maison, son appartement, sa voiture, ses assedics, ses places dans le métro, ... Le français a une identité, mais il ne sait pas bien laquelle. Alors l'ordre juste. Alors le ministère de l'identité nationale, alors des révolutionnaires qui ne révolutionnent jamais (tu les as vu les « rouges » avec leurs drapeaux de merde, leurs cheveux blancs et leurs chaussures Caterpillar ? Tu les trouves flippant toi ? Tu crois qu'ils te font quoi comme révolution au 1er mai ? Celle du slip pour le caleçon ?). Franchement, allons, soyons sérieux, je me fous de l'identité nationale, qu'est-ce qu'être français... Moi je veux savoir si je vais passer du bon temps...
 Les chanteurs de la « nouvelle scène de la chanson française » éructent et musicalisent pareil que ceux qui passent à Sevran/la/bite/des/noirs/Quel/gros/pédé/çui-là. Les candidates de gauche se fringuent pareil que les femmes/mamans des présidents. Les gens de droite aiment bien les combats de gauche. Les gens d'extrême-droite rigolent avec le prolétariat. Le joyeux bordel. Je termine mon paquet de chips en finissant de buter ces connards d'amerloques et ces sales terroristes du GLA. Vive la Chine... « Ce sera un beau bou-lot. » La voix robot, imitation chinetoque qui accompagne le petit bulldozer qui construit ma sixième centrale nucléaire. Commandant Conquiert ! Heil !
 Me sens mieux à la tête de mes armées depuis que j'ai compris quelle manipulation il fallait faire pour gagner de la tune, la maille, le nerf, le muscle et l'os de la guerre. Ouha. Hum. C'est rythmé. J'enlève mes pieds de la table basse et m'allonge sur le côté gauche. Parce que 1èrement, je peux mater cette série allemande semi-triste, et que 2èmement, je peux contrôler toutes les phases de bataille contre ces amerloques qui ont une force de frappe exemplaire. Je n'arrête pas de me parler à voix basse. Ça agace sérieusement ma femme qui voudrait que je sois « moins zombie » devant cet ordinateur.
 La France. Elle est où ? C'est quoi ? Le français ? Ben non alors. Le drapeau et la marseillaise ? Tu plaisantes là ? La couleur de la peau ? Et tu l'bats l'beur ? Les droits de l'Homme ? Etre Catho ? Aimer le vin ? Râler ? Etre élégant in Paris ? Les Folies Bergères ? Le cassoulet ? Airbus ? La forêt des Landes ? L'Etat de Vichy ? Le PMU ?
 Mais c'est quoi ? C'est tout ça ? C'est rien de tout ça ? C'est l'âme obligatoire pour tous ceux qui vivent estampillés par ici ? Mais merde,... C'est con. C'est débile. La France... C'est un espace où l'on applique certaines lois spécifiques, des règles, des principes, tous venus des élites, leur façon de résumer et de traduire le « Peuple ». C'est un  espace géographique où l'on a l'usage de la langue dite française, où l'on profite d'un système de protection social jouissif. C'est un espace qui ne ressemble à rien. Ça n'est pas un hexagone. Non. Ça ne ressemble à rien. Merde. Ça n'existe pas.  Jamais.
 Mais moi oui, et je suis bien. Je bute du terroriste et de l'Américain pour la République Populaire de Chine. Je suis surpuissant. J'ai de l'argent, des soldats méchants et une bonne série TV « boche » en fond sonore. Le bruit des chips qui croustillent sous la dent, et dans la bouche, c'est fondant... hum salé. Allumé. J'avale mon verre de rosé. Je me lève et vais balancer mes chaussettes sales dans le panier à linge. Ce sera lavé. Ça c'est certain... Un petit peu de patience... Vite. On va aller voter. On va décider. On va déballer les gros mots : « Je suis français et fier de l'être... » T'as vu ta gueule ? Non Rien. 
 Andy Verol

Publié par hirsute à 22:38:47 dans Andy Verol | Commentaires (16) |

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