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Andy Vérol - Une dernière usine avant extinction

Le moindre de vos dons m'aidera à arrêter - Les écrits d'une petite frappe de la littérature

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Une biographie d'Andy Vérol: Manu Chao, le clandestino, juin 2009, Editions Pylône.Infos ici: http://pylone.wordpress.com/ 


Une biographie d'Andy Vérol: Noir Désir, le vent les portera, juin 2009, Editions Pylône.Infos ici: http://pylone.wordpress.com/


Nouvelle d'Andy Vérol dans le livre collectif, Le Livre Noir de Ta Mère, Ed. de Ta Mère - 2009. Infos ici: http://detamere.blogspot.com/


Premier roman d'Andy Verol, Les Derniers Cowboys français. Collection Pylône - 2008. Infos ici: http://pylone.wordpress.com/

Une biographie d'Andy Vérol: Un noir désir, Bertrand Cantat, 2008, aux éditions Scali. Périmé.


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Carnet n°6 de Duno - Entouré d'un cercle, il a écrit "classement top 50? Appeler label". 07 juillet 1994. | 22 août 2007

J'ai l'impression, à la lecture quotidienne de ses carnets, que Duno s'emmerdait et ne parvenait jamais à se sentir bien. Malgré le succès de son groupe et une vie princière aux frais de son label, il sombrait de plus en plus chaque jour. Bien sûr, le fait qu'il ait été abandonné, trimballé de familles d'accueil en foyers, influait considérablement sur son psychisme, sa capacité à résister aux aléas de l'existence. Sans réels repères et secoué par une libido explosive, Duno pensait, râlait, baisait :

 

« J'ai essayé de lire un roman hier. Un mec qui s'appelle Bukowski qu'une groupie m'a conseillé. On oublie de rappeler, généralement, que la drogue, la fatigue et la mauvaise bouffe agissent sur le moral et sur la concentration.

Un certain Alain, l'assistant de notre manager depuis quelques jours, s'est mis à sympathiser avec moi. On enregistrait un morceau pour une compilation qui sortira en septembre, en Scandinavie.

Pour nous, en ce moment, c'est pause médiatique... Pour moi, c'est harcèlement de fils de pute des paparazzis. Toutes les histoires de cul sont shootées par ces mecs. Ensuite, je me retrouve dans Voici, posé sur le sable d'une plage, entre les doigts boudinés d'une mère de famille en mal de sensation, en mal de malaxation. Ça se fait chier dans la vie, alors ça se marre en lisant ces torchons...

L'autre jour, un journaliste de Rock n'Folk me dit : « C'est pas très rock n'roll de dealer des fausses photos volées. » Le plus hallucinant, c'est que la société adore les journalistes. Ils sont estimés à un point ! Mais si on exclue les grands reporters, les reporters de guerre, d'investigation, le gros du troupeau des journaleux n'est rien d'autre qu'un amas de fumistes, de crétins, de crânes vides. Certains ont mis leur talent de rédacteur au service de torchons.

Le journaliste de Rock n'Folk, je lui réponds : « Mais tu penses sérieusement que pour 10000 balles et trois photos tirées à 500000 exemplaires, je vais monter un plan minable de com. avec un de tes collègues de merde ? Je vais te dire un truc. Vous êtes trop nombreux à bosser. Trop nombreux et trop cons. Vous n'informez généralement sur rien, vous faites des courbettes pour choper des pubs dans vos pages, vous parlez de gros connards comme moi plutôt que d'aller débusquer des créateurs de sons à l'autre bout du monde... Ma musique de merde, mes paroles de merde, mes maîtresses de merde... ça, ça vous botte... ça vous fait bouffer... Et moi, ça me fait gagner un maximum de notoriété, de pognon, et tout ce bordel. »

Tu dois tout calculer lorsque tu parles à un journaliste, à un fan ou à la boulangère... Il faut mesurer ses propos. Il faut être précis. Il faut essentiellement offrir à l'autre ce qu'il veut entendre, en fonction de ce qu'il pense de toi, selon l'image qu'il trimballe de toi. Dans le numéro suivant de Rock n'Folk, il y avait l'interview. Le journaliste avait partiellement effacé certains de mes mots. Il ne restait plus que ça : « Ma musique de merde, mes paroles de merde, mes maîtresses de merde (...) moi, ça me fait gagner un maximum de notoriété, de pognon, et tout ce bordel ». Ce connard a fait des études, crie haut et fort qu'il a une déontologie, qu'il est un as de l'info, et voilà.

Bon l'assistant du manager, ce Alain, me rabâche avec les patrons de multinationales, qui provoquent les besoins chez les gens pour qu'ils achètent leurs produits, pour faire du chiffre d'affaire, gagner de l'argent, beaucoup d'argent. Pendant que des millions d'autres crèvent de faim. Je lui ai dit que j'étais d'accord avec lui... Sauf sur un point. « Pourquoi tu crois que les gens ont des chiens et des chats chez eux ? » On mordillait fébrilement dans des sandwichs au rosbif. « Parce qu'ils les aiment ? Qu'ils ont besoin de compagnie ? De protection ? Non mon pote... On a créé le besoin d'eux. En Afrique, en Asie, ils n'ont pas d'animaux de compagnie. Ou presque pas je crois... C'est pas un hasard. En fait, ici, ce sont les grands patrons de l'agro-alimentaire qui ont créé le besoin d'animaux... Pour vider leurs stocks d'abats, d'arrêtes de poiscaille, de farines animales et tous ces produits qu'ils préfèrent vendre plutôt que de jeter aux ordures... Tu vois ? » Je me suis levé et me suis barré. J'en ai plus que marre de ces anti capitalistes... On ramène tout à ces « salauds qui nous exploitent »...

Je sais pas. J'étais mal luné. J'y suis retourné. Il était encore assis-là le Alain : « Et tu sais quoi mon vieux ? Regarde les choses en face. T'as 3 millions de chômeurs dans ce pays de merde. Mais ils se barrent pas ! Ils restent ! Les Africains se barrent eux ! Les chinois aussi ! Pourquoi les français qui sont au chômage, se cassent pas dans les pays comme le Japon où il y a plein de boulot ? Ben parce qu'ils s'en foutent du boulot... Ils veulent du confort, un beau p'tit appart, des vacances... Ils veulent leur RMI, ou leur Assedic sans rien foutre. Et tu sais quoi ? Moi j'trouve ça cool de pas avoir envie de bosser, d'être à la cool, de regarder les oiseaux voler et les glaçons fondre dans le pastis toute l'année... »  J'en ai après tout le monde. Ce Alain, j'ai demandé à ce qu'il n'assiste plus aux enregistrements. J'ai besoin de calme, de baise et de concentration. J'écris le matin, à jeun, l'après-midi et le soir jusqu'au milieu de la nuit, je me défonce. Je vais crever. A ce rythme-là, je vais crever. Je suis trop fatigué. Trop de monde. Il faut se défoncer pour oublier. Pour que le monde, ça n'existe plus de son vivant. »

C'est très brouillon. Ces écrits de Duno sont difficiles à lire. Il avait une tendance certaine à mélanger tout. Il avait une vision assez juste de son époque, mais il ne semblait pas pouvoir hiérarchiser ses pensées, les ordonner...

Duno & Andy Verol

Publié par hirsute à 10:53:03 dans Andy Verol | Commentaires (0) |

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