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Andy Vérol - Une dernière usine avant extinction

Le moindre de vos dons m'aidera à arrêter - Les écrits d'une petite frappe de la littérature

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Une biographie d'Andy Vérol: Manu Chao, le clandestino, juin 2009, Editions Pylône.Infos ici: http://pylone.wordpress.com/ 


Une biographie d'Andy Vérol: Noir Désir, le vent les portera, juin 2009, Editions Pylône.Infos ici: http://pylone.wordpress.com/


Nouvelle d'Andy Vérol dans le livre collectif, Le Livre Noir de Ta Mère, Ed. de Ta Mère - 2009. Infos ici: http://detamere.blogspot.com/


Premier roman d'Andy Verol, Les Derniers Cowboys français. Collection Pylône - 2008. Infos ici: http://pylone.wordpress.com/

Une biographie d'Andy Vérol: Un noir désir, Bertrand Cantat, 2008, aux éditions Scali. Périmé.


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Et ils se perchèrent... leurs fringues croix gammée et virgule Nike... | 12 janvier 2008

J'ai augmenté le chauffage en entrant dans le quartier. Pat et moi avions loué une Zafira avec de grosses roues, un tas d'équipements pour voyager tranquille durant cette semaine de boulot. La voiture était chargée. Ordinateurs, vêtements, matériel hi-fi, disques, livres... Tout le nécessaire pour colporter nos idées à travers le territoire.

Ils avaient construit cette cité faite de tours d'une trentaine d'étages en plein milieu de nulle part. Le désert et les vents/sable qui se ruaient entre les cubes de béton armé. Ici, très peu de perchés. Tout juste quelques types en costards cravates, solidement accrochés aux parois de ces immeubles à loyers modérés flambants neufs.

ça faisait près de trois ans que j'avais cessé de fumer. Mais nous avions pu acheter de l'herbe dans une auberge-Motel installée dans une plaine rocailleuse. Je n'arrêtais pas de fumer de joints en conduisant. Cela donnait un caractère vitreux à l'air qui étouffait notre caisse. Putain que Pat' commençait à me casser les couilles avec son Dieu, ses prières à chaque arrêt, ses mains lavées à la Javel et sa lecture pathétique des versets.

C'est chez Alion que nous devions dormir. Dans la rue principale, hormis les hommes perchés, pas âme qui viva. Il n'y avait que du vent, de la poussière et quelques éclairs rageurs dans le ciel ténébreux.

J'avais envie de chier. Je pompais sur mon huitième joint de la journée. Avec les Xanax et la bière, cela me mettait dans un état tranquille. Les couleurs sombres du dehors. La verticalité parfaite des parois des immeubles, et soudain une vingtaine de merdeux de cité qui déboule avec des pistolets à grenailles, des bâtons, des barres de fer, des couteaux. Des ados blacks, blancs, rebeus, tous longilignes, les cheveux en crète avec un max de gel, des tee-shirts avec des croix gammées, des portraits de Staline, des virgules Nike, des pantalons de treillis et des bijoux rutilants. Le temps à 200. Le temps un instant, j'en avais la merde au cul, les jambes tremblantes. "sortez d'la les fils de putain!" Ils pétèrent les vitres et nous extirpèrent violemment, nous jetant sur le macadam à la con plein d'poussière de sable. Merde de macadam. L'odeur du pétrole dedans et les joues brûlées. Pat chialant: "Non maman! Non j'veux pas maman! J'veux faire pipi". J'étais plaqué au sol et retenu fermement par un black de 15 ans à peine, belle haleine sauvage, genoux osseux planté dans le bas de mon dos. L'amabilité d'un criminel...

La gueule plaquée au sol, je pouvais reluquer leur saccage. Ils vidaient tout en courant. On avait l'impression d'un ralenti, leurs culs bien solides dans leurs treillis. J'avais envie de chier et je bandais ferme. De trouille. Ils m'enlevèrent jusqu'à mes vêtements. Me laissant écorché sur le macadam, avec Pat', la face pleine de sa propre viande hâchée par les coups des "pestifères". Son tibia droit était brisé en deux, en angle droit. "Ma maman! Ma maman à moi!" Il gueulait du haut de ses 35 balais.

Je parvins à me soulever lentement. Je bandais encore un peu de trouille. J'avais un peu uriné tout en bandant, entre mes cuisses, sur les poils de mon bas-ventre... Debout, nu comme un ver, j'ai vu un des mecs perchés me faire un sourire et un salut de tarlouzard de première. L'autre, le Pat': "Ma maman putain! Ma maman la putain."

Faisait chaud. Presque nuit avec des éclairs. La Zafira était vide, sans roues, sans poste, sans sièges... Z'avaient bien fait leur affaire mes p'tits chéris délinquants aux beaux beaux culs de délinquants han han han! Je commençais de nouveau à bander. Et à pisser en l'air. Repos.

A suivre?

Andy Vérol

Publié par hirsute à 16:11:58 dans Andy Verol | Commentaires (3) |

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