Sortie du premier roman d'Andy Verol,le 02 avril 2008: "Les derniers cowboys français". Infos ici: http://pylone.wordpress.com/
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Sans doute le meilleur roman de Franca Maï, L'Amour Carnassier. Infos ici: http://www.francamai.net/
<< Vers un nihilisme plus juste ? | Le Higgins de notre quartier. L'américain dit | Chez nous, Cliff Barnes et John Ross Ewing étaient potes >>
John Higgins vivait à un pâté de maison de chez tata. C'était un homme obèse, avec une moustache noire et des cheveux frisés épars. Cet américain d'une quarantaine d'années était appelé le "Portos" par les ritals et les pollacks du quartier. Cela était du au fait que son physique se rapprochait plus de celui des humains qui vivaient "dans les sud", mais aussi parce que, pour l'essentiel, l'Amérique avait été découverte par un portos, Christophe Colomb (Pour ceux qui ne le sauraient pas encore, au cas où tu vois? C'est pas la famille Bush qui a mis la première, le pied sur l'américan dream). Bref. Higgins vivait avec une italienne qu'il avait engrossé deux fois. La première fois, cela donna une fille plutôt jolie qui avait un an de moins que moi. La seconde fois, un petit garçon qu'on surnomma vite "merde au cul" vit le jour, la nuit, les aubes, les crépuscules. Petite gueule infecte, la redite du père en bambin, la morve au pif, la merde au cul et perpétuellement en sanglots du fait que nous passions à toute berzingue en kartings à pédales pour lui infliger des baffes monstrueuses qui balançait son corps bouffi sur le sol-macadam. Il pleurait. On riait. Sa soeur nous insultait, alors on la baffait: "Les amerloques comme vous c'est qu'une bande d'enculés." Personne n'aimait Higgins et sa famille. Ces pouilleux n'avaient rien à faire parmis nous.
Higgins était au chômage depuis des années, ce qui faisait dire à Jean-Jacques, un voisin boulanger, que "décidément la France accueille toute la merde du monde." En fait Higgins parvenait à survivre là, avec sa famille, grâce au boursicotage. Dans ces années-là, aucun français "d'en-bas" ne se souciait de la bourse et de ses fortunes faciles. Mais Higgins était amerloque, et le dit Portos n'hésitait pas à jouer avec le fric... Sans des mecs comme Higgins, le capitalisme triomphant n'aurait pu se développer à une telle vitesse.
Son gros bide plein de graisse était nourri des premières spéculations de petits porteurs. Avec son air de pas en avoir l'air, le Portos contribuait, quasiment directement, à foutre tous les ouvriers du quartier au chomedu...
Pour nous les gosses, il y avait pire que les noirs et les arabes finalement. Il y avait les américains qui font rien de leurs journées et qui mettent leurs gosses "merde au cul" dans la rue, à la portée de ce que l'on appelera plus tard, nos frappes chirurgicales... C'était le cas de le dire. Un jour d'été qu'il faisait une chaleur à crever, j'étais parvenu à monter mon karting à pédales en haut de la côte. J'avais des gouttes de sueurs qui coulaient sur mes paupières, mes yeux. L'horreur, le bonheur d'un pur sprint avec, à la clef, une victoire contre Papy Boyington, tant espérée.
Dès le départ, le kart est parti à fond. Il fallait négocier un léger virage à gauche avant un contre-braquage sur la droite, presque en angle droit, à toute vitesse, sans freins et un système de direction archi-bricolé... C'est seulement quand j'ai entamé l'attaque du premier virage que j'ai vu le marmot traverser la route. Papy Boyington était un chouia derrière moi. "Barre-toi d'la merde-au-cul! Casse-toi sale amerloque de merde!" J'avais beau brailler, le merdeux ne bougeait pas. Alors ce qui devait arriver arriva... Juste au sortir du premier virage, j'ai viré à droite, à fond, essayant d'éviter Papy qui commençait à me doubler, mais incapable de ne pas percuter le gros bambin moche... Paf! (Putain c'est relou les onomatopés, fin t'as compris quoi), et là , la frappe fut chirurgicale dans le sens où mon karting déchira le mollet du marmot... Le sang, les ouin-ouin et tout le tralala pompiers flics la maman qui pleure et Higgins, impassible sur le perron, se gratant les couilles en lançant laconiquement, avec son gros accent de texan limite homelss: "Je l'avais dit que c'petit con se ferait renverser."
Tout le quartier était en ébullition. Les flics nous chopaient par le bras, nous secouaient, nous insultaient pour savoir qui avait fait le coup. Mais dès que j'ai renversé "merde au cul", je me suis haté, avec Papy, de virer mon karting des lieux du crime, avant même de vérifier si le bébé-caca était vraiment mal en point.
On a rigolé avec Papy le soir. En jouant à Pac man avec sa console Atari et en bouffant des chips Flodor, salée finement, on s'est remémoré l'explosion du baby amerloque d'un an à peine...
Robert de Niro n'est plus un héros (à suivre...)
Andy Vérol
Publié par hirsute à 14:45:28 dans Andy Verol | Commentaires (0) | Permaliens
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