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Andy Verol & Hirsute

Le moindre de vos dons m'aidera à arrêter - Les écrits d'une petite frappe de la littérature

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Sortie du premier roman d'Andy Verol,le 02 avril 2008: "Les derniers cowboys français". Infos ici: http://pylone.wordpress.com/





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Sans doute le meilleur roman de Franca Maï, L'Amour Carnassier. Infos ici: http://www.francamai.net/

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Durant ces années, on n'aimait pas les chauves, sauf Kojak... et encore... | 14 février 2008

 

Ce côté New York avec les homeless près des bidons avec le feu dedans... Et les taxis qui perçaient les tas de neige soupe grise... Et tout le reste...

Les samedis, on se retrouvait souvent au Cosec, la salle de sport, pour disputer des matchs de hand ball ou de volley... Le truc, c'est que j'étais frêle, que mes gardes du corps Hutch et Papy – si t'as pas compris à force – étaient des vrais sportifs et qu'ils s'engageaient intégralement dans les matchs. Alors j'étais laissé à moi-même. A ruminer de peur de me faire briser la nuque ou le tibia à coups de smatches rageurs envoyés par ces crétins haineux qu'étaient les gosses de ritals et de polacks. Moi j'étais un peu l'intello au milieu de ces débiles totalement accaparés par l'idée de victoire... par tous les moyens.

C'est ainsi qu'un samedi d'hiver, je fus pulvérisé à la gueule par un ballon d'volley envoyé délibérément par un gros porc qu'on appelait Kojac, du fait de la tonsure anti-poux que lui imposait sa grosse salope de mère...

Je ne sentis quasiment rien durant le choc, justement hanté par l'idée de me manger un poteau ou un mur. J'esquivais avant de suer de douleur. Bonheur. Malheur. La torpeur de ce con d'arbitre adulte, un vieux chômeur dont je ne me rappelle ni le nom, ni la gueule. « Ça va petit ? » Tu m'étonnes ça allait pas. A cette époque-là, si j'avais eu la masse et la gueule que j'ai récoltées à force de bitures et de coups de tête, je n'aurais fait qu'une bouchée de ce gros porc de rital de merde, de Kojak.

C'était tout de même sans compter sur ma façon maladive de diriger, goûter, humer, manger, engloutir les cauchemars de chaque night. Tu comprends rien, ça se voit à ton œil morne posé sur ces quelques mots. Me prends pas pour un con, je sais ho !

Les nuits, dans ma chambre chez tata, il y avait les fantômes. Les dames en robe de chambre rouge, mais aussi les hommes-carpettes rampant ici sur ma queue sans poil, là sur mon ventre creux les côtes qui sortaient... Le tout avec les cris, les bruits de milliers de bulles qui pètent clac clac han. Tout l'toutim habituel... La réalité. Le réel. Le vrai. Les cris étouffés dans l'oreiller pour pas réveiller l'chat qui attaquait souvent les mollets. Bref.

Je m'en sortis pas si mal au fond. Sonné, mais pas blessé. Du moins physiquement. Bien sûr je n'étais ni sportif, ni costaud, ni bastonneur. J'étais manipulateur. Faussement sage. Faussement timide. En fait, je bouillonnais sans cesse de haine. J'étais avec mes fantômes et leurs douces odeurs de chairs faisandées... Leurs respirations nuit et jour, à côté de moi... On s'en fout. Kojak était dans ma tête. Ce gros chauve avec les petites dents dégueulasses écartées.

Ces moments-là, je les passais enfermé en moi. Je restais cloisonné dans mon corps, hermétique aux mouvements extérieurs. Je cultivais ma haine. Je ruminais. Crachant des mollards merdiques sur les bords de routes les trottoirs des talus divers des carrosseries de voitures. Je ne parlais plus à Papy ni à Hutch. J'étais l'Robert de Niro héros, j'étais celui que je découvrirais plus tard : l'homme seul qui refoule et rumine une haine sans borne... qui ne pouvait déboucher que sur un règlement de compte, régler les comptes, t'imagines pas cette jolie expression qui te glisse dans le ventre comme un parpaing en poudre...

Je t'ai dit que je ne veux pas cultiver le suspens ou le côté thriller à la mord-moi l'os... Je vais droit au but.

C'était comme ça. Après quatre –cinq jours de nerfs rongés entiers à l'intérieur, j'agissais tel le Hezbollah se déversant à coups de bombes humaines dans les cafés à bourges et autres lieux de que dalle consuméristes à fond...

Planqué sous le perron qui était planté-là, sur le bord de la côte macadamisée qui joignait l'quartier du milieu au quartier d'en haut, j'ai attendu, après l'école, me privant d'un bon goûter (l'Nutella sur une biscotte hum) d'vant Albator et Casimir, mettant en péril mes devoirs du jour. Et le gros lard eet arrivé. Avec sa démarche de pas avoir l'air d'être plus humain qu'hippopotame... C'est simple, j'abrège. J'ai simplement surgit avec une pierre d'une quinzaine de kilos soulevée par les bras frêles et ma rage en flux continu, et lui ai envoyé en travers d'la gueule.

Basta. Le gros s'est écroulé, plein de sang dégoulinant du front sur les joues... J'avais chaud dans le zizi. J'avais l'anus dilatée de plaisir et des frissons millions micro montagnes qui poussèrent sur tous mes bras, le long de mon échine, sur mes cuisses... Et la sueur. Froide. Et le regard terrifiant de haine, les pupilles dilatées à un tel point que ça en faisait mal à la vue. Viande. Le gros Kojak vautré hurlant sur le pétrole macadam un peu glacé. Je l'avais ma vengeance... J'étais résolu à finir chaque ignoble crétin qui briserait du faible, du freluquet...

Je ne sais plus tellement ce qui s'est passé ensuite. Sans doute ma tante m'a-t-elle engueulé... Sans doute Kojak est revenu à la charge, par la suite... Dans les histoires américaines de souvenir d'enfance, le méchant déboîté par le gentil n'y revient plus... J'crois, enfin j'suis sûr que Kojak m'a mis la misère durant des mois et des mois ensuite...

Il rumine dans sa merde à l'heure qu'il est le Kojak... Il creva d'une leucémie à 14 ans... Je ne ressentis rien quand je l'appris...

 

Robert de Niro n'est plus un héros...
Andy Vérol

Publié par hirsute à 21:50:39 dans Andy Verol | Commentaires (0) |

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