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Une biographie d'Andy Vérol: Noir Désir, le vent les portera, juin 2009, Editions Pylône.Infos ici: http://pylone.wordpress.com/
Nouvelle d'Andy Vérol dans le livre collectif, Le Livre Noir de Ta Mère, Ed. de Ta Mère - 2009. Infos ici: http://detamere.blogspot.com/
Premier roman d'Andy Verol, Les Derniers Cowboys français. Collection Pylône - 2008. Infos ici: http://pylone.wordpress.com/
Une biographie d'Andy Vérol: Un noir désir, Bertrand Cantat, 2008, aux éditions Scali. Périmé.
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Opération Autodafé, deuxième phase. J'ai lancé un appel à textes libres, pas mièvres auprès des internenéteurs et ça donne ça... Diffusion de ces créations non-stop, les jours à venir... On prend le dent de se digérer les dents hein?
William Lockwaku a cessé d'écrire en 1996, il était le co-fondateur du zine Frost... Il fait l'honneur de reprendre la plume et le pot à merde pour l'Opération Autodafé:
Marcel. Je n’aime plus les populos, j’en ai ma claque aussi. Qui a bien pu réaménager ma cuisine de la sorte ? Dans la chambre d’amis, il y a une armoire que je n’ai jamais achetée. Mais qu’est-ce que j’ai foutu hier ? J’ai bu ? Je ne sais plus. J’étais ivre ? Je n’en sais rien. J’étais sans doute ailleurs, peut-être n’ai-je jamais vécu la vie inscrite dans ma mémoire. Marcel suit mes yeux, il me guette et dit : « Je veux mourir vite pour renaître dans un autre corps, et vivre une vie différente… Les gens ne croient pas en la réincarnation. Moi non plus, mais pourquoi ne pas essayer hein ? ». Je me fous de ce qu’il dit, il divague, fait des rots puis s’endort. Je ne reconnais plus mon chez moi, qu’est-ce que j’ai foutu hier ? Dans le miroir, je vois un petit noir… Ce n’est pas moi, ce n’est que mon reflet. La panique ne m’envahit pas, je suis tel un fétichiste des pieds enfermé dans un pénitencier de cul-de-jatte, j’attire l’attention d’un chat sur le balcon d’en face, ce con miaule, me rappelle le mien, celui que j’ai sans doute eu avant, avant-hier soir, qu’est-ce que j’ai fait ? J’ai bu. Un psychiatre fera l’affaire. Je me rappelle n’avoir jamais vécu ici, n’avoir jamais été celui que je suis, et pourtant je n’ai aucun souvenir clair… Ai-je eu des gosses ? Des histoires d’amour ? Qui étais-je ? Où étais-je… ? … Et Marcel se réveille dans un râle de douleur. Il ne dit pas « aïe », il hume le feu qui brûle ses poumons. On n’a changé le salon, c’est con, le canapé était bien éventré mais j’y avais mis une couette pour combler le trou. C’est l’un des seuls souvenirs que j’ai du passé. Mais qu’est-ce que j’ai branlé la nuit passée ? Le jour court, il est presque midi, les aiguilles arrêtées l’indiquent, n’ai jamais su lire l’heure, sais juste qu’il est midi. Dedans des ruines, dehors des bâtisses. Chacun y met du sien, y’a que les politiques pour encenser les piles vides que sont les citoyens « d’en bas ». Marcel fait l’œil, clive un peu en me parlant, lubrique et insolent : « J’en ai eu des bons moments, des minettes faciles qui se laissaient tomber dans mes bras pour quelques pièces ou quelques promesses. Ça m’en a fait du malheur aussi. Même si on se sent dur et solide, c’est toujours dans l’alcool que ça finit, les ruptures. La guerre, j’ai pas fait, j’aurais même pas résisté. Les gens sont des larbins, des justes un jour, des ordures un autre jour… Un peu comme un commercial au chômage qui pleure sa vie veule après s’être empiffré sur la chasteté intellectuelle des indigents. N’ayez pas peur qu’il disait un Pape, ce con était chauve, et on sait que les chauves ne pensent qu’au cul ».
Je fume ma centième dernière cigarette de ma vie. Sa maladie me fait peur, plus peur encore que d’être happé par une balle perdue. Bizarres, zéros, salaces, les héros savent remplir leurs feuilles d’impôt… J’étais où hier ? Me vautre sur la couette qui a été installée par terre. C’est moi qui ai fait ça ? Qui ? J’ai du me prendre une cuite, j’ai du bad triper en mode défonce. Je sais que je ne suis pas ça, je n’ai jamais été ça… Même à la télé, il n’y a que des émissions en anglais. C’est un peu comme tutoyer un type qu’on connait à peine, ou dire « maman » à sa responsable de service… c’est stressant, humiliant, petit garçon dans ses langes qui ne répond plus de rien. L’après-midi vole en éclat, le soir nous appelle et une bande de lascars braille dans la rue. Cette rue, que je n’ai jamais vue. Et cet immeuble est un amas de béton qui fait de la gonflette, jamais je n’ai vécu ici, et c’est pourtant chez moi. Jamais je n’ai connu Marcel et malgré tout je le sens proche de moi. Imberbe, il me semble que j’étais poilu. Obsédé, il me semble que je n’aimais pas trop le sexe. Des ruines. La mémoire, je marche et le ciel du jour devient transparent, brimé par le couvercle noir étoilé griffé par des volutes de nuages étirés par le vent. Marre des descriptifs.
Qu’ai-je fait hier ? Ai-je bu ? Ai-je souffert ? Vivais-je hein ? En posant les mains sur les plaques électriques, je ne sens pas la brûlure. Marcel m’appelle, attrape ma main et me sourit, crispé, ça va s’échapper de lui la vie. Marcel, peineux, tracté par la mort, verse un dernier souffle dans le corridor. Il meurt comme on dort. Il devient cireux, immobile et je deviens comme ivre… vite, très bourrée, ma main molle dans sa main rigide… Je sens mon corps partir, s’évanouir dans des milliers d’images immondes, d’inceste, de viols, de mâchoires animales qui me déchirent en lambeaux, de leste, du lourd, un hachoir à gamin, pire qu’un élu, achève d’avaler mes résidus de forces… Dehors n’est plus, je reste quelque part dedans. L’ampoule cérébrale s’éteint, chlak ! Et se rallume chlak… Les mains le long du corps, je décolle mes paupières. Il y a une odeur de merde, de sueur et de renvoi mélangés. J’ai mal à la gorge. Tout autour, tout est à sa place sauf la cervelle. Une migraine géante dandine dans l’intégralité de mon crâne… N’ai pas bu hier, ne bois plus depuis des mois. Mais j’ai le goût de tabac, le goût de Whisky archi-digéré dans la bouche… On se penche sur moi. Un petit noir me sourit et caresse ma joue. Je suis où ? Je suis qui ? Qu’ai-je fait hier soir ? Ai-je bu ? Les meubles sont à leur place, ou presque, mais ils ont changé de couleur. La télé est allumée, l’écran d’ordinateur est allumé… Je suis connecté au Facebook de Marcel Belard, 56 ans… Phrase d’humeur : « je crève, merci à tous de m’avoir tant fait chier ». J’avais pourtant promis de ne plus me cacher derrière un fake. Le petit noir s’appelle Andy, « Andy Vérol, je suis infirmier psychiatrique. Vous n’êtes pas fou. Vous êtes simplement perdu »… A la télé, il y a une pub en espagnol. Puis une autre. Puis une autre. Je zappe. « ça n’est pas bon la télé pour vous, il vous faut du repos ». Je suis seul dans la chambre, obèse, incapable de bouger autre chose que les bras. On sent la nuit qui traine. L’hiver approche. J’étais qui hier ? J’étais où ? Je suis quoi ?
William Lockwaku
Publié par hirsute à 18:39:58 dans OPERATION AUTODAFE | Commentaires (0) | Permaliens
Opération Autodafé, deuxième phase. J'ai lancé un appel à textes libres, pas mièvres auprès des internenéteurs et ça donne ça... Diffusion de ces créations non-stop, les jours à venir... On prend le dent de se digérer les dents hein?
Sacha Cross a vingt-neuf ans. Elle a grandi à Marseille et habite entre Paris et Marseille depuis quelques années. Elle écrit des nouvelles et des poèmes et perd plus qu'elle ne gagne sa vie dans les tourments sociaux-dépressifs de la vie contemporaine des grandes cités. La mer l'apaise et le soleil la meurtrit autant qu'il la construit. Sacha Cross a peur parce que le monde a peur et que la peur mène au pire, elle balance entre bonheur de vivre la période peut-être la plus excitante de la vie moderne de nos sociétés tout en regrettant des époques qu'elle n'a pas connu. Elle déteste la nostalgie mais ce dédain ne constitue en aucun cas un rempart. Sacha Cross marche sur un fil.
Les silhouettes efflanquées, sombres, se détachent sur la digue de blocs de pierre extraits de la montagne à coups de dynamite. En contrebas, il y a la plage, l’exposition permanente de la dispute violente que les corps livrent aux âmes quant à l’imperfection bien sûr, quant au malheur. Quant à la douleur, elle accable la digue et les silhouettes comme le soleil : on plonge, on se jette, on jette, on jette le bébé sans l’eau du bain, il y a l’idée, l’obsession de la fuite que la mer si puissante attise autant qu’elle condamne.
Le Plongeon
C’est plus haut qu’il n’y paraissait de la plage et les autres en mots forts, en insultes, le pressent de le faire. Lui, à la pointe extrême du roc, ne bouge pas d’un pied, regarde l’horizon, le ballet des bateaux de plaisance là, voguant, indifférents à son trouble comme l’ombre, déjà, sur le sable.
C’est une certitude : il ne le fera pas, ce plongeon.
La mer a des recoins que le soleil ignore, la mer a du jus, et du sel à revendre et, par principe, la mer est marchande mais là on ne fait que deviner : l’intuition maritime, l’hypocrite balnéaire, la foule et la contrainte léthargique, tout incise, tout distille la peur, conjurer, ne pas conjurer, chacun hésite, regarde les jambes nues et velues de la vérité, tout se pèse et se confond, que foutre, avec quels avirons, où ramer ?
- Tu vas y aller, oui ? Tu es un homme, ou un baltringue comme ton père ?
Il en a entendu d’autres, de ces saloperies qu’on vous jette au visage comme boule de sable dur et mouillé. Il les regarde, ses pieds blancs encore ; la saison se commence et avec elle, les ennuis, déjà, il le savait, les ennuis.
L’ombre de l’événement plane, il ne peut en aller d’autre manière, l’ombre plane et confère à tout un supplément d’ombre comme il en est d’âme. C’est étrange, ces ombres nombreuses baignant toutes ces chairs et les révélant en creux à pousser le cri que personne n’ose : les chairs parlent, frissonnent, sanglotent et jouissent mais elles ne crient pas, la charge pesant sur l’âme pleine de stupeur, muette.
Des mains à ses épaules, à ses reins, s’agrippent, le poussent, l’obligent, l’usent ; à marche forcée ses pieds avancent jusqu’à dépasser l’extrême pointe du roc. De ce point de vue, la mer n’est pas si tranquille, elle écume même, danse une étrange fête au rythme de son ressac, assourdissant.
Les grappes de baigneurs assis sur des draps figurent des flaques d’où rien ne part, rien ne vient, où rien ne bouge. Le soleil vacille dans cette sorte de silence dont le bruit recouvre celui de la mer bien taiseuse ce jour calme, chacun s’en est aperçu et, le matin, les cris des enfants trouvaient tant d’échos que le sable brun semblait s’être changé en ces larges pierres plates que l’on trouve plus au sud sur la côte. Maintenant des éclats de voix frappent et brisent, et les baigneurs se dressent, se tendent, désapprouvent d’assez loin.
Il se retourne et, au premier, assène un coup de poing tel qu’il fait tanguer la file des autres. La tempête, c’est sur le rocher qu’elle fait rage. Et il frappe, à l’aveugle frappe, les bouches, les nez, frappe les oreilles, investi d’une force qui l’avait depuis longtemps quitté et qui n’en était que plus grande, alors il cogne et son poing est une arme à craindre, d’ailleurs il sent leur peur à tous, il la sent fort, il exulte et éructe, râle, bat, se débat, esquive, trébuche, jamais ne tombe, un moment se sert de leur force pour endurer encore, puis le vent tourne et l’emporte de nouveau, chancelant, au point où tout se joue. Qu’ils le fassent, il pense, qu’on en finisse.
Les silhouettes efflanquées, sombres sur la digue s’agitent comme des insectes vifs. Elles sont rejointes par d’autres qui s’immobilisent à quelques mètres de l’événement, du règlement pour être précis ; c’est un compte qui se paie et, de la plage, la facture semble lourde où le créditeur n’est pas celui qu’on croit. Chaque être est l’usurier d’un autre, le vengeur est plus maigre, quelques-unes de ses armes dérisoires coulent le long de ses joues, c’est ce qui se murmure dans l’onde parcourant à grande vitesse les flaques des êtres absents pour toujours, grossissant à mesure qu’elle serpente, s’enflant de cette autre rumeur que la victime ne sait pas nager ‒ entre autres cruciales interrogations, chacun dans ces flaques se demande quel temps il convient d’employer quand on raconte la fracture emportée de ce destin.
Qu’ils le fassent, puisque c’est ce qu’ils veulent, il allait la leur donner, non point leur victoire, non point sa défaite à lui, mais sa vengeance, à la mémoire de son baltringue de père, oui, il allait leur donner, bien chaude, sur le plateau d’argent que faisaient la mer et les reflets de son soleil sur son lit de mort. Et il le fit, il plongea, de lui-même, plongea en elle comme dans le sexe énorme d’une énorme femme, et alla s’y perdre.
Il est certain que, plus tard et jusqu’à la fin du jour et après dans la nuit, des silhouettes efflanquées disparaitront dans l’obscurité, s’élanceront de la digue et plongeront d’habitude dans l’eau tiède et si sombre. Plus tard encore, les plongeurs cesseront, se laisseront sécher assis sur la roche à fumer des cigarettes en silence d’abord, en un silence feutré, métallique, douceâtre, et puis le silence de laine prendra une épaisseur, une densité pénible, et un plongeur poussera un mot, l’expression d’une sentence, un autre la contestera, parlera d’erreur et de volonté mauvaise, le premier agacé dira un vrai regret que l’autre effacera d’un haussement d’épaules, certains ricaneront, d’autres s’en affecteront, un même dira désastre et il se lèvera, il méprisera la joie et un cynique orgueil qu’ailleurs on défendra, le groupe se disloquera, les assis sûrs d’un fait et de leur innocence, les amers rendus à un triste remords, debout, debout surplombant ceux que l’un dira aveugles, un des plus vieux, celui que tous pensent sage, il les dira aveugles et alors et soudain il saisira en sa propre raison d’être pour l’offrir à tous la vérité, la simple, la vérité planant sur chaque conscience, la vérité, les plongeurs deviseront, il y aura une lune pleine sur la mer calme et les fuyards qui la traversent, les plongeurs deviseront sans accord et, parcourus d’un frisson, celui de la nuit qui se lève, ils se lèveront sans traîner et partiront en ville boire et fumer des cigarettes et poursuivre l’empoignade au rythme fluctuant : ce qu’il aurait fallu faire…
Publié par hirsute à 18:17:07 dans OPERATION AUTODAFE | Commentaires (0) | Permaliens
Opération Autodafé, deuxième phase. J'ai lancé un appel à textes libres, pas mièvres auprès des internenéteurs et ça donne ça... Diffusion de ces créations non-stop, les jours à venir... On prend le dent de se digérer les dents hein?
A première vue, c'est un jeu amusant. Jouer avec les mots, ciseler la phrase, la décortiquer, la rogner toute la nuit comme un vieil os. C'est la roulette russe avec une ombre, c'est moi braqué sur moi, c'est le vide qui se déchire pour laisser grimper sur le papier les milliards de possibilités mutantes, affamées, musclées, ,tapies dans les recoins de ton crane et prêtes a chiquer ta parole au jarret et a la faire basculer dans leurs nids. Vous ai je déjà parlé de chien mort? Vous ai je déjà parlé de ces innombrables chiens morts qui sont enterrés au fond de mon crane? Vous ai je déjà dit que leurs hurlements résonnent jusqu'à l'intérieur de mes dents? Ces mots, ne sont que les barques dans les quelles j'essaie de faire passer ma came jusqu'au port.
Plus le temps de réfléchir, le curseur vient de se poser sur un banc, je m'approche de lui et plonge ma main dans le sac, scalpel de cuivre en pogne, éclair/claquement du cartilage coude et torsion du poignet, la lame glisse dans la chair et dérape sur la clavicule, étincelle bleue/vert et lèvres noires retroussées sur sourire gensives bleues, sang mauve grumeleux éclaboussant le cuir ivoir, bref revers de manche, bruit désarticulé du cadavre qui s'écrase sur le carelage, claquement osseux, convulsion, spasmes, dernier reflexe qui s'accroche, l'écran phosphorescent me renvoie la scène en larges vagues de saxo grésillants qui fendent les nappes binaires comme un brise-glace, le vaisseau memoire poursuit sa route , l'agent narrateur a rempli sa mission, récupéré les plans du prochain chapitre et faxé le tout au quarier général.
[ Prochaine étape en phase de lancement.]
Léon Maunoury
Publié par hirsute à 17:56:24 dans OPERATION AUTODAFE | Commentaires (1) | Permaliens
Opération Autodafé, deuxième phase. J'ai lancé un appel à textes libres, pas mièvres auprès des internenéteurs et ça donne ça... Diffusion de ces créations non-stop, les jours à venir... On prend le dent de se digérer les dents hein?
Lettre à mes créanciers
Madame, Monsieur.
Si je vous écris en ce jour glorieux, c'est parce que j'ai contracté chez vous une dette, qui est misérable eu égard à la grandiloquence pétaradante de votre saint organisme, mais qui pour moi est énorme.
Or, je ne pourrai jamais vous rembourser l'intégralité de la dite dette. En effet, si j'avais les moyens de vous donner de l'argent, je ne vous en aurais jamais emprunté. Soyez logique.
Je ne dis pas ça pour vous mettre face à vos contradictions, mais le Capital, dont vous êtes les sympathiques dames-pipi, semble être à mes yeux une sinistre farce.
J'ai bien conscience que la vie de patachon que je mène avec brio m'a emmené doucement mais sûrement sur les sinistres voies de l'excès (j'ai même poussé le vice à payer mon loyer et à m'acheter de quoi manger), mais je vous demande de réagir à ma démarche avec cette magnanimité qui vous a rendu célèbre, de Katmandou à Knocke-le-Zoute.
Je ne vous demande donc pas de me faire cadeau de quoi que ce soit, seulement de faire comme si l'on ne se connaissait pas.
Je vous remercie de l'attention que vous avez porté, j'en suis sûr, à mon humble missive. Recevez, Madame, Monsieur, mes prolétaires salutations.
Laurent Santi.
Publié par hirsute à 17:49:01 dans OPERATION AUTODAFE | Commentaires (0) | Permaliens
Opération Autodafé, deuxième phase. J'ai lancé un appel à textes libres, pas mièvres auprès des internenéteurs et ça donne ça... Diffusion de ces créations non-stop, les jours à venir...
Texte de Armenthère Jul:
Extrait du chapitre III « Vers le cimetière, les éléphantes n'ont ni queue ni quête... »
Un type (Aimée-Dieu Larpège) enfermé dans un HP entame une discussion avec le directeur de l'hôpital Saint Sébastien d'Avignon et Yves Movido, un peintre raté, accompagné de Francky, infirmier redoutable. Larpège recouvre alors peu à peu sa mémoire.
Le roman a pour contexte apocalyptique la fuite radioactive de la centrale du Tricastin ; la Provence dévastée devenue lieu de résidence des marginaux, des taulards, et des factions fascistes ; une France gouvernée par le FN ; la volonté d'un peintre déchu (Yves Movido) de libérer Larpège pour accomplir sa pleine volonté créatrice.
Armenthère Jul,
Page FB : https://www.facebook.com/#!/Armenthere.Jul
Francky vautré dans sa couche, s’en allume une, tranquille… Et moi j’bave… « Francky, t’as pas un clope ? » Il mate son paquet mou, le trifouille… en jette une… au sol, assez prêt pour qu’j’la sente… assez loin pour qu’je ne fasse que la voir, les mains attachées… C’est le petit jeu de Francky… A chaque fois qu’il m’croise le sadique, il s’amuse à ça… ça s’termine toujours qu’il vient la récupérer, puis y’m’dit, en tirant sur la sienne… « Interdit de fumer dans les chambres, c’est comme ça maintenant ! » Il appelle ça les chambres lui, les autres au moins, y’m’parlent pas… Le Francky il l’aime sa haine… il l’entreprend, la cajole… la restitue…
« Monsieur, allez lui allumer sa cigarette je vous pris ! » Un Môssieur c’type. Francky qui maugrée un peu… « Interdit... » Movido qui mate sa clope s’consumer… il s’ordonne… il m’l’allume… les yeux braiseux couleur flamme me fusillent… « Pff »… Un clope… le bonheur d’un clope… les récepteurs qui s’ouvrent… ça fait TILT ça apaise. « Pfouuuu »… longue bouffée d’air… Déjà ça d’pris. Ça m’chatouille la gorge, j’tousse un peu… mais il y a pas qu’la gorge… peut-être l’odeur de benzène, de radium ou d’autre chose… J’ai l’brain embué…
« Monsieur Larpège, je vais entrer dans le vif du sujet dès maintenant… » Une voix légèrement nasillarde, aigue parfois… Il cause les mains en manière… les mains mentent pas c’est sincère. « J’ai eu la chance d’étudier votre cas. J’ai tout relu. J’ai repris les dépositions, les témoignages, le procès… ça fait plus de dix ans que j’étudie votre cas. Depuis votre procès avorté finalement ! » Les mots grattent plus qu’la clope, la clope m’tord. La fumée des mots que j’avais oubliés… Ils piquent… extraient d’ma case des dards venimeux de souvenirs… comme les cadavres toussoteux s’arrachant des auréoles d’un nid d’abeilles fossilisé… « Bref, monsieur Larpège, j’ai tout lu… Je pense avoir compris… je crois savoir pourquoi vous appeliez vos actes une « Œuvre » ! »
Claque violente, physiques, matérielle… Le réveil ! Un saut d’eau glacé qu’il me balance à la face. Le Francky s’met à renifler, m’dévisage, le corps à l’arrêt… Il voit qu’ça s’approche, que ça va pas tarder… il y a un sale truc qui s’profile. Un sale truc pour lui… pour sa domination ça oui ! Le réveil ! L’impression innommable de retrouver trace d’une existence… de retrouver la mémoire après avoir été plongé comateux dans un trou noir. « Dix ans ! »-« Dix ans ! Œuvre » résonnent dans mon esprit… Semblerait que tout s’rallume là-haut… Tire sur ma clope voir si ça pousserait pas plus la machine. « Dix ans ! Œuvre… » s’écrasent dans la cavité évidée de mes céphalées. Le temps perdu s’infiltre par tous les orifices, conquérant, vent ancien rafraîchissant les cellules encrassées… Une soufflerie… Clean…
Le temps… le temps d’abord… le cadran biologique avait stoppé son cycle lorsque la pendule de la cellule s’était figée dans les assauts caniculaires d’un certain 8 juillet 2008 à 8h12 du matin ou du soir… j’saurais pas trop dire. « Manque de moyen » Plus de souvenir, vivre hors temps… Juste les sensations… l’impression de faire ressusciter les bouffées de chaleur… accablantes… La gorge s’assèche… Boire ! Boire ! Boire ! Maintenant ! à lécher la pisse sur l’sol… Boire… « Dix ans ! » Mon corps se téléporte à cette date… comme si je ne m’y étais jamais arrêté… J’y vivais… Je vivais continuellement dans ce 8 juillet 2008… c’est la vie hors du temps, hors du chaos du temps… On vous retire vos libertés individuelles, mon cul ! le temps c’est la seule liberté… Avoir le temps… Le temps s’ajoute naturellement… Aucun besoin d’en gagner, nulle question d’en perdre… les jours nouveaux éclipsant les anciens… continuellement… La soif – Francky ou un autre – plus jeune de dix ans – les feuilles de platanes vertes flambantes – les feuilles qui s’marrent dans la cour… qui s’effondrent dans l’eau de la fontaine… Pout-Pout-Pout- L’eau coule, quelques gouttes, juste quelques gouttes dans le silence des hirondelles qui s’envolent… Francky – ou un autre – qui rigole en bas avec le concierge – il avait une belle gueule Francky – Dix ans, fin d’la torture… « Juste un peu d’eau… rien qu’un peu d’eau… s’il vous plait » Retour à la souffrance du temps qui passe… les platanes, doux seigneurs qui s’ marrent… La mamie accrochée au bras du papy… Le temps voilà ce qu’on m’a supprimé ici ! Les hirondelles volent… Dix ans à m’retirer mon temps, pour oublier… Dix ans à m’laver à coup de détergents pour effacer… Les premières drogues – le filet de bave qui coule – puis plus de filet – le choc électrique et puis l’oubli. Dix ans à oublier de voir vieillir Francky… à ne pas mater grossir le cul de l’infirmière… s’délabrer les mains du docteur… Le temps partout mais impossible de le sentir… resté bloqué sur cette date du 8 juillet 2008… 8h12, figé que j’étais entre les aiguilles à me démener comme un malade contre l’enfermement… Les aiguilles ils me les ont plantées directement dans les veines… Voilà le Movido qui m’injecte de la liberté à haute dose… qui appuie partout sur le clavier à m’faire péter le disjoncteur… une bombe nucléaire éradiquant le cachot chimique dans lequel ils m’avaient foutu… Le chimique contre le temps qui s’perd, c’était ça le deal. Et ce Movido qui m’fait fumer… Bouffée de clope, les yeux s’retournent vers l’intérieur, contemplent ma mémoire, les papilles chauffées qui la lèchent… bouffée de clope… les poumons qui la soufflent… L’odeur-les volutes-bleues-Une Philip Morris… Oui une Philip Morris – son goût fort sur la langue, la chaleur dans la cavité… Je ne suis plus là… Je déambule dans les travées de mon esprit. J’explore les premiers lieux dégagés de la nostalgie… Cette Philip Morris, je la fume allongé sur mon lit d’étudiant… un lit d’étudiant d’une rue inconnue… dans une ville inconnue…
Ploc-Ploc-Ploc…
Je suis seul... dans le noir. 12h02 brille en vert fluorescent sur le radioréveil au-dessus de la télévision. Le robinet fuit légèrement. La vaisselle s’amoncèle. Les odeurs de déchets et de cigarette se mêlent entre elles. Je ne bouge pas. J’ai toujours voulu prendre soin de mes petits poumons. La première taffe – ce devait être la première de la journée – se fait douce et dure, douce pour la bouche, dure pour les bronches. Cette première conditionne la suite : elle anesthésie tout. Fumer cette merde, c’était un peu comme l’opération d’urgence d’un gamin qui venait de s’éclater en douceur ; une seule piqûre pour une continuelle boucherie. J’aimais fumer. Je consommais quinze cigarettes par jour, vingt les mauvais jours. La tendance était à l’augmentation. Les mauvais jours se succédaient inexorablement.
J’allume la télévision.
« … mesdames, mesdemoiselles, messieurs, c’est dans des larmes de joie… parfois de tristesse… que votre émission quotidienne se termine… Les enfants qui ont grandi, parfois beaucoup grandi, n’est-ce pas Rachelle ?, oh Rachelle ne pleurez pas… Voilà… Je vous embrasse… Vous pouvez l’applaudir……….Mais si les enfants sont aujourd’hui adultes, ils n’ont pas pour autant perdu ces fêlures parfois irréversibles qui ont touché leur petit cœur innocent… Je vous remercie tous, d’être toujours plus nombreux à nous suivre chaque jour à 11 h 45. Je finirais donc par citer l’immense écrivain M. L. « Nous les grands, nous avons des angoisses que l’enfance ignore »…… ... Merci, Bonne fin d’après-midi. »
Une émission sur les relations entre parents violents et adolescents mal aimés se termine. Je cherche surtout à éliminer l'ombre qui m'entoure. Surtout pas de lumière, surtout ne pas bouger de ce lit et l’interrupteur se trouve un peu loin pour mes jambes endormies, mon ventre crispé.
Mon dos, mes fesses, mes cuisses, mes pieds me démangent sans que je ne sache pourquoi. Je ne bouge pas ! Puis il y a ces images qui défilent, j’entends des rires forts et profonds, des applaudissements, les dents blanches claquent ; un flot continuel de publicités colorées alimente ma vision ; je suis passif ; les couleurs se mêlent.
Je vois sans regarder, entends sans écouter, mais elle est là, cette seule amie… surtout je dois rester immobile. Je déambule de chaîne en chaîne, entre émissions de variétés infamantes pour l'intelligence, et sitcoms américains dignes de leurs plus grandes heures de gloire et de beauté. Cela me plait.
12H53.
Armenthère Jul
Publié par hirsute à 09:04:05 dans OPERATION AUTODAFE | Commentaires (0) | Permaliens
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