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Andy Vérol, ne vous aime jamais

Le moindre de vos dons m'aidera à arrêter - Les écrits d'une petite frappe de la littérature

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Une biographie d'Andy Vérol: Manu Chao, le clandestino, juin 2009, Editions Pylône.Infos ici: http://pylone.wordpress.com/ 


Une biographie d'Andy Vérol: Noir Désir, le vent les portera, juin 2009, Editions Pylône.Infos ici: http://pylone.wordpress.com/


Nouvelle d'Andy Vérol dans le livre collectif, Le Livre Noir de Ta Mère, Ed. de Ta Mère - 2009. Infos ici: http://detamere.blogspot.com/


Premier roman d'Andy Verol, Les Derniers Cowboys français. Collection Pylône - 2008. Infos ici: http://pylone.wordpress.com/

Une biographie d'Andy Vérol: Un noir désir, Bertrand Cantat, 2008, aux éditions Scali. Périmé.


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Opération Autodafé 40: comme ceux qui sentent les culottes sales par T. ZEUS | 15 septembre 2011

Opération Autodafé, deuxième phase. J'ai lancé un appel à textes libres, pas mièvres auprès des internenéteurs et ça donne ça... Diffusion de ces créations non-stop, les jours à venir...

Texte de T. ZEUS:


Une porte claquée, des portes claquées. (Elle met bout à bout des nouilles d’oxygène qu’elle place au sol pour faire joli. Elle vit seule au premier étage d’une maison, depuis son divorce. Elle n’hésite pas entre l’un ou l’autre mais entre le mouvement, la stagnation). Sur le sol brille les bruyants pas des consommateurs, mettez du beurre dans vos épinards nan les livres vont, viennent, la caissière a souri, attention bénef’. Une sensation de mal être. J’attends derrière la vitre toujours aussi sale. Il y a le guichet, les pompes à essence vides et inopérantes, la boutique aussi approvisionnée qu’un magasin d’Etat en Pologne en 1986 et des feuilles de journaux qui volent en rond dans la poussière le sable la terre du désert. Une baraque est plus loin, à la télé, on endort, à la radio, on distrait. Le clic-clic d’une corde qui tape sur le plexi déformé de la porte du garage. Daddy est parti avec le pick-up depuis deux heures. Mon jean est taché au genou, un Caporal,  tout neuf, acheté à la Coop’ de Renwez, une ruineuse boutique tenue par des gauchos renationalisés par la crise accablante. Depuis des mois, une odeur de duvet dégueulasse pique les narines. On ne peut plus, on ne peut pas tirer des tuyaux pour faire venir l’eau. Large. Tous les deux jours j’utilise une bouteille d’eau de source pour me laver le visage les mains les aisselles les pieds et les couilles. Autant dire que ça mousse, que ça part pas, que ça ripe flasque sur la bedaine à jeune gars. Des guirlandes de pensées obscures sur cette étendue de landes disparues. Crik, crik, j’arme le chien du fusil, une Kango approche, grise métallisée. C’est soit Richard, soit personne, et pitié là je tire, tue, découpe, et fais le nerveux des yeux en regardant le sable. Les doigts crispés, puis extirper la crotte de nez, péter, se vautrer sur le canapé en attendant papa qui reviendra dru comme l’orage, imbibé de Bourbon, bon, bière aussi, et barrage de crack si nécessaire. On hurlera le foot, la foule et les sifflets d’arbitre. On attendra impatiemment la fin de la pub, comme la fin du discours du Messie qui passionne mais finit toujours par emmerder. Tenir la main d’une fille, plus loin. L’homme sort de sa Kango. Je ne connais pas, ni ses cuisses, ses pec’, encore moins sa gueule de boxer des années 30. Daddy doit le connaître, sûr, c’est un type avec qui il a fait les quatre cents coups et des coliques de baston plutôt que draguer des filles. Vraiment, venez, la vieille voyez, Daddy n’aime pas Dieu, mais prêche quand même.

L’homme approche, les pattes arquées, mordillant un cigarillo premier prix sans doute acheté avec le Morpion quotidien.

 

« Bonjour jeune homme

-          Ouais ?

-          Vous vendez des trucs ici ?

-          Ouais un peu.

-          Vous vendez quoi ?

-          Pas d’l’essence déjà ?

-          Ben quoi alors ?

-          Ben des pièces de bagnoles… Derrière la station, on a une casse sur la dune.

-          Ah ok.

-          Vous avez besoin de quoi ?

-          De rien, je suis curieux »

 

Je la sens son haleine de sale race, elle pue ce café et ce tabac brun, les élastiques invisibles d’alcool et le poil saligaud.

 

« Vous voulez vous rincer les mains et la bouche monsieur ?

-          Ouais, avec ce vent tempétueux et ce sable, c’est infernal… »

 

Je me lève, la crampe au cul, torse nu, les bras tachés d’un peu de cambouis et de plâtre… J’ouvre la porte il me suit, je le conduis dans le réduit, le lavabo, le filet d’eau et le savon crado. Se penche. Porte la paume de sa main sous la flotte puis la propulse sur son visage mal rasé… Je

Pose

Le

Canon

Du fusil

Sur sa nuque…

Il se fige. Il pige, tremble très doucement. Sûrement il repense à son fils, ce con de mon âge, sans doute, un brave garçon, avec la coiffure des beaux quartiers et la rébellion du rebelle pourri gâté. « Maintenant tu sors et tu re-vas dans ta poubelle, et tu te tires et tu reviens plus ». Il voulait sûrement me la mettre ou faire le courrier comme ceux qui sentent les culottes sales. Sûrement. Le vent vient violemment bourrer mes yeux, je ne vois plus rien, ses gestes giclent soudain comme du sperme, si bien que je suis contraint de vider de la poudre dans son crâne via la nuque. C’est papa, ma daddy, qui va criser… En attendant, je vais m’amuser et le mettre en scène… Un humain n’est pas réel. Je suis le seul et l’arbre là-bas, retourne-toi, et regarde, si t’as pas peur de moi…

 

Total Z.

Publié par hirsute à 16:28:17 dans OPERATION AUTODAFE | Commentaires (0) |

Opération Autodafé 39: le con, par Bob Lampion | 15 septembre 2011

Opération Autodafé, deuxième phase. J'ai lancé un appel à textes libres, pas mièvres auprès des internenéteurs et ça donne ça... Diffusion de ces créations non-stop, les jours à venir...

Texte de Bob Lampion

LE CON
 
JEAN-EDMOND
 
Monsieur !
 
AUGUSTE-EMILE
 
- Hé bien ?
 
JEAN-EDMOND
 
- Vous êtes...
 
AUGUSTE-EMILE
 
- Plaît-il mon jeune ami ?
 
JEAN-EDMOND
 
Vous êtes... enfin c’est vous...
 
AUGUSTE-EMILE
 
- Parlez, je vous en prie.
 
JEAN-EDMOND
 
Hé bien voilà, Monsieur !... tout d’abord, je m’présente :
Baronnet Jean-Edmond de la Jaquette Flottante.
 
AUGUSTE-EMILE
 
Doux Jésus, une tante...
 
JEAN-EDMOND
 
- Monsieur, je n’en suis pas !
 
AUGUSTE-EMILE
 
Moi non plus Baronnet ! Qu’attendez-vous de moi ?
 
JEAN-EDMOND
 
Etes-vous bien, Monsieur, le frère de la baronne ?
 
AUGUSTE-EMILE
 
Précisez mon ami, j’en connais des baronnes !
 
JEAN-EDMOND
 
La baronne Décoiffée !
 
AUGUSTE-EMILE
 
- Mon Dieu, la motte en feu !
 
JEAN-EDMOND
 
Ah, vous la connaissez ? Répondez-moi, Monsieur,
Est-ce bien votre sœur ?
 
AUGUSTE-EMILE
 
- La chose n’est pas prouvée
Mais hélas, j’en ai peur.
 
JEAN-EDMOND
 
- Je vous ai retrouvé !
 
AUGUSTE-EMILE
 
Ne nous emballons pas, jeune homme, s’il vous plaît !
Je connais la baronne Décoiffée c’est un fait...
 
JEAN-EDMOND
 
Oui, vous la connaissez, vous connaissez ma meuf !
 
AUGUSTE-EMILE
 
Mais de là à prouver, Monsieur, que votre meuf
Soit ma sœur, il n’y a...
 
JEAN-EDMOND
 
- Qu’un pas, je le franchi !
Vous êtes Auguste-Emile, le baron Dégarni !
 
AUGUSTE-EMILE
 
Comment connaissez-vous, jeune homme, mon matricule ?
 
JEAN-EDMOND
 
J’ai moi-même, Monsieur, un nom à particule.
 
AUGUSTE-EMILE
 
Quel en est le rapport ?
 
JEAN-EDMOND
 
- Nous sommes deux merdeux !
Nous sommes du même monde !
 
AUGUSTE-EMILE
 
- Ha oui, c’est très curieux !
 
JEAN-EDMOND
 
Ne te gosse pas gros tas, car nous devons nous battre.
 
AUGUSTE-EMILE
 
Je trouve, mon ami, la plaisanterie saumâtre.
 
JEAN-EDMOND
 
Je ne puis provoquer votre sœur en duel,
Aussi c’est envers vous que mon épée m’appelle !
 
AUGUSTE-EMILE
 
Allez-vous m’expliquer le motif du courroux ?
 
JEAN-EDMOND
 
D’abord, très cher Baron, mettez vous à genoux !
 
AUGUSTE-EMILE
 
Je ne suis pas croyant et...
 
JEAN-EDMOND
 
- À genoux vieille canaille !
 
AUGUSTE-EMILE
 
Modérez, mon ami ! Que je vous étripaille
Passe encore... je veux bien vous crever
Si ça vous fait plaisir, mais me faire insulter
Par un petit baron de la Jaquette Flottante,
Ça non ! Je vais vous faire avaler vos bacchantes !
 
JEAN-EDMOND
 
Calmons cet entretien et voyons d’arrêter.
Votre sœur, Monsieur, c’est enfuie l’an passé...
 
AUGUSTE-EMILE
 
Avec un empaffé, je l’ai entendu dire...
 
JEAN-EDMOND
 
L’empaffé c’était moi !
 
AUGUSTE-EMILE
 
- Je n’vous l’envoie pas dire !
 
JEAN-EDMOND
 
Ta sœur est une catin qui cent fois m’a trompé !
Vous avez devant vous un homme déshonoré !
 
AUGUSTE-EMILE
 
Allons allons, mon beauf... il vous faut ressaisir.
Si ma sœur est volage...
 
JEAN-EDMOND
 
 -C’est le moins qu’on puisse dire !
 
AUGUSTE-EMILE
 
Il faut lui pardonner, allons, soyez clément,
C’est le rôle des femmes, d’avoir des amants,
Vous êtes cocu ? Parfait, c’est dans l’ordre des choses,
Laissez là donc baiser avant sa ménopause.
 
JEAN-EDMOND
 
Vous êtes un coup tordu, un pédé, un vaurien,
Envoyez-moi, Monsieur, dès demain vos témoins.
Je vais vous massacrer, vous réduire en bouillie,
Vous éclater la gueule, je vous le garanti...
Tu vas appeler ta mère, je vais te faire les yeux,
Je vais te casser les dents une par une pauvre nœud !
 
AUGUSTE-EMILE
 
Soit ! En tant qu’offensé, j’ai dont le choix des armes,
Je vous propose aussi d’éviter le vacarme,
Pas besoin de témoins, battons nous sur le champ !
 
JEAN-EDMOND
 
Vous me comblez, Monsieur, j’en espérais pas tant !
 
AUGUSTE-EMILE
 
Voici donc mon arme.
 
JEAN-EDMOND
 
- Qu’est-ce que cette chose ?
 
AUGUSTE-EMILE
 
- Une pilule!
 
JEAN-EDMOND
 
- Une pilule ?
 
AUGUSTE-EMILE
 
- Oui, je vous la propose,
Tenez la comme ceci...
 
JEAN-EDMOND
 
- On dirait un bonbon !
 
AUGUSTE-EMILE
 
Oui oui oui on dirait, mettez le dans la bouche.
 
JEAN-EDMOND
 
Pour dire la vérité cela me semble louche.
 
AUGUSTE-EMILE
 
Allez, avalez-la, avalez le bonbon.
 
(Jean-Edmond avale le bonbon sans comprendre, puis il s’écroule raide mort.)
 
Et voilà, c’est fini, il est mort, le con !
 
(Auguste s’en va. Après un temps Jean-Edmond se relève.)
 
JEAN-EDMOND
 
Eh oui, je me relève car je ne suis pas mort.
On m’a pris pour un con, hé bien on a eu tort.
De cette farce-là, je n’s’rais pas le dindon
Il m’a cru assez con pour bouffer le bonbon.
Mais j’avais bien compris que c’était du poison
Ah ah non mais sans blague, je ne suis pas si con.
Non je ne serai pas le dindon de la farce.
Je ne vais pas crever à cause d’une garce.
Oublions la baronne et son vase maudit
Cueillons dès aujourd’hui les roses de la vie.
 
Bob Lampion

Publié par hirsute à 15:21:48 dans OPERATION AUTODAFE | Commentaires (0) |

Opération Autodafé 38: Polo mise un kyste et une verrue par Léonel Houssam | 15 septembre 2011

Opération Autodafé, deuxième phase. J'ai lancé un appel à textes libres, pas mièvres auprès des internenéteurs et ça donne ça... Diffusion de ces créations non-stop, les jours à venir...

Texte de Léonel Houssam: 

 

Ils ne vendent pas les surlendemains, c’est à peine s’ils achètent des échantillons d’aujourd’hui… Vivre, dit l’autre, c’est manger un morceau de pneu, tranquille pénard, allongé sur la cagette posée dans la boue la bine à la main aussi, je ne répéterai pas, un collègue dit en riant « ah ouais ça me rappelle Camping 2, à un moment y’a le mec qui… », Ta gueule, on ne rit pas, les mains dans l’eau sale, la sueur belle sur le dos dénudé d’Amanda, la calcul, la croupisse, la Raymonde à vieux con… Comme l’Amazone défile, ses eaux noires, ses pieds plats plongeant imberbes dans ses miasmes. Libre, halluciné, habillé des carcasses de boutons, de furoncles, de plaques rouges et rose irritantes… « Je mise un psoriasis et deux abcès… Et toi Polo ? ». Il pleure depuis une heure, n’a pas supporté la mort du Pape. « C’était le dernier, le tout dernier avant l’Apocalypse ». Tout le monde copie tout le monde. « Y’aura un Pape islamiste bientôt et des Lepénistes internationalistes ». Nous flottons, la fist, la mort, la ruine, hein ? La fume, les morts, les odeurs de puanteurs, la ramasse, la fils à papa qui conduit le Mercédès à Daronne. A rime morte, un coup d’éponge, à revanche terne, un hachoir à merde. Nous abattons nos cartes ; « C’ETAIT MIEUX QUAND ON AVAIT DES CONNEXIONS ! ». Boîte intérim, un poiscaille saute dessus la surface, fait le branleur, tortille avant de se faire démonter par un bec d’une sorte de buse… Bang. « On n’y arrivera jamais, on n’ira jamais dans la fosse à merde. Pourquoi t’as accepté de venir ici hein ? Pourquoi t’es pas restée à Marseille, signe-là ils disaient t’es embauché t’es payé t’es riche humilié viré »… j’avais signé, la route de Spartacus ne mène que la crucifixion, signe en bas, le sésame ducon, c’est pas un contrat de travail, c’est un contrat de baise à vie, voilà la vie, vulve et vit, ventre verge, flamme folle sans la frousse… Ils flippaient du chomedu, puis au chomedu, ils flippaient de retravailler, se faire agresser, tomber malade, chuter SDF, divorce, dépression, les belles baskets roupettes neuves et la bouffe grasse pour compenser. On commençait la clope pour pallier le stress… On devenait dépendant, aux jeux, l’alcool, fric, connexions, trajets en bagnoles, bouffe de merde… Vivre façon accélérée… Même un soldat dans les tranchées dormait comme un bébé, même la jambe arrachée, il souriait, courrier envoyé, face déchiquetée… On n’avait peur de trois merdeux blacks braillant dans la rue, on se mangeait de trouille, tiens, quand le policier se penchant au-dessus de la vitre baissée, blessés dans notre orgueil, la parlote lessivée par l’affolement. La flic n’était pas si laide avec ses yeux décorés de Rimmel… Larcin, excès de vitesse, pipe en pleine air avé Rire et chansons à fond ! Polo mise un kyste et une verrue… La partie est bien engagée…

 

Léonel Houssam
 

Publié par hirsute à 12:41:21 dans OPERATION AUTODAFE | Commentaires (0) |

Opération Autodafé 37: La liste d'Hadès par Mathieu Diebler | 15 septembre 2011

©Photo de Kate Polin

 

Opération Autodafé, deuxième phase. J'ai lancé un appel à textes libres, pas mièvres auprès des internenéteurs et ça donne ça... Diffusion de ces créations non-stop, les jours à venir...

Texte de Mathieu Diebler:

La liste d'Hadès

 

Extrait de « Deux balles pour un soupir », roman en cours d'écriture.

Mathieu Diebler

     

Je le vois hésitant, marchant sur des œufs maintenant, paumé. Peut-être couche-t-il encore avec Doris Lewis ?

-        Qu'allez-vous faire de Doris ? - dans le mille !

-        Je ne sais pas encore, mais elle va disparaître et mourir très vite.

-        Ou...Oui. Mais... Mais je ne reverrais plus jamais Doris ?

-        En photo, vous continuerez à la voir en photo. Le sacrifice sera d'autant plus important aux yeux de Sapir que Doris est votre maîtresse, on ne pouvait rêver meilleur scénario je finis, un brin cynique mais jubilant, encore.

Je réfléchis un instant, ma jubilation se tasse, j'ai envie de came bordel, je me mets à redevenir faible et du coup j'éprouve un peu de pitié pour cet homme faiblard aussi, je lui demande :

-        Après tout, vous êtes le client. Avez-vous une préférence, pour la disparition de Doris Lewis ?

-        Oui, je voudrais qu'elle ne souffre pas ni ne comprenne quoi que ce soit, je veux que tout aille vite et que, entre le moment où elle sera dans la ligne de mire du tueur et celui où elle mourra, il ne s'écoule que quelques secondes.

-        C'est noté. Et Dorfmann ?

-        Oh lui... Vous avez carte blanche. il dit, en souriant, déjà habitué, en carnassier du monde des affaires et de la banque, à la mise à mort d'un homme que, c'est manifeste, il n'estime que bien peu.

-        C'est d'accord pour le calendrier de versements ? Faites une ballade jeudi matin à onze heures dans le jardin du Château d'Alfamie, je vous y attendrai sur un banc, à quelques dizaines de mètres de la fontaine, le buste tourné vers celle-ci. Amenez une serviette contenant tous les documents, je vous l'échangerai contre une serviette contenant le dossier Sapir et la preuve de la disparition de Lewis.

-        D'accord. il dit en frissonnant un peu ou bien c'est mon envie de poudre qui me taraude.

Il semble réfléchir, il a les larmes aux yeux, mais il finit par lâcher :

-        Vous êtes un chic type, Max, et rusé avec ça. Au fond, c'est d'un type comme vous dont j'aurais besoin comme bras droit.

-        Oui mais je préfère travailler à mon compte. En revanche, n'hésitez pas à venir me consulter pour tout problème de ce genre, et si possible, avant qu'il ne devienne un monstre enfantant le meurtre, je n'aime pas ça plus que vous, je dis, mentant comme un arracheur de dent, vendant mes services comme un visiteur de porte à porte fourre des encyclopédies en clamant qu'on y comprend le monde mieux qu'en lisant la Bible.

Il me regarde dans les yeux, je l'imite, nous échangeons un long regard puis je prends la main qu'il me tend, la serre, dis Au revoir, à jeudi, puis je tourne les talons et quitte l'auberge sans avoir mangé mon Carrot-Cake, je n'ai pas envie d'alourdir encore mon estomac qui vient d'encaisser la nouvelle d'un lest supplémentaire de trois millions de livres, autant de choses auxquelles je pensais avant le début de ma révolution et qui se révèlent, maintenant, parce tout marche, tout fonctionne.

Je ne commets aucune erreur,.

Les hommes agissent, réagissent, pensent, s' émeuvent et craignent comme je l'avais, plus qu'envisagé, prédit.

Et, même si je n'étais pas tout-à-fait sûr de mon coup, j'étais certain que mes capacités mentales étaient importantes à construire, échafauder un plan qui prend en compte toutes les données et toutes les variables parmi elles afin que le plan de tourne pas en eau de boudin, certain que mon aptitude était d'une puissance rare à observer et percevoir les comportements des hommes révélant leur être profond, leurs sentiments, leur caractère, certain enfin que mon sang-froid qui ne m'avait jamais fait défaut malgré les horreurs vues et parfois commises, certain que ce sang-froid était inscrit dans mes gènes et que, lorsqu'il le faudrait, j'exécuterais n'importe quel geste qui serait la continuité d'un bras armé dont l'index de la main appuie sans faille sur la détente, sans fermer les yeux, regardant l'autre lâcher son dernier soupir avec un sentiment de puissance dont la sagesse m'a enseignée qu'il faut tout de suite le tempérer par le fait même de la vie que nous sommes vivants jusqu'à notre mort qui est brutale, et que, si elle est brutale pour mes victimes, elle le sera peut-être tout autant pour moi-même bien que rien ne soit pas certain.

En tous cas, moi, je vois davantage ma mort comme survenant dans une sorte de somnolence heureuse, mes plus beaux souvenirs et aussi les plus sanglants – il faudra se souvenir de tout, me dis-je toujours en pensant à la Faucheuse, bien que je n'y pense pas très souvent –, mes plus beaux souvenirs défilant sur l'écran mental de mon cinématographe intime à quatre-vingts dix neuf ans, sur un vieux bateau de contrebandier en bois exotique qui aurait fait du cabotage de trafiquant de came dans les années trente à cinquante et qui continuerait à me promener d'île en île avec quelques grammes d'héroïne de Chine dans les veines, dans les Caraïbes, à l'ombre du soleil assassin, poussant le soupir que tant d'autres, avant moi, auront poussé à cause d'un de mes actes définitifs et sur lesquels la mémoire ne peut mettre de voile si léger soit-il.

Mais en attendant ma disparition de la surface de cette terre de plus en plus dégueulasse, sans morale autre que le pognon, sans rêve autre que d'écraser le voisin avec ledit pognon, ce sont des noms d'autres qui s'inscrivent sur la liste noire qu'Hadès tient à jour, des nouveaux noms sur ma propre liste d'or : dans l'ordre de leur décès, l'Inspecteur Principal C. J. Hammer, l'expert-comptable Maître Elie Dorfmann, la responsable des opérations bancaires et fiscales Doris Lewis, la mère de famille Linda Esterhazy née Diverse, le bon à rien François Esterhazy père de Aurélien, Vladimir et Eugenius Esterhazy, bons à rien eux-aussi et vivant des dividendes perçus par leur père qui les leur redistribue tandis qu'il vit, lui, des loyers qu'il encaisse, une douzaine. A cette liste, s'ajouteront plus tard les états-civils de celles, ceux qui se mettront sur la route qui me mènera à chacune des proies dont le nom est déjà inscrit sur mon calendrier du bonheur.   

Et je me dis alors que tuer, comme l'avait dit Reuben, tuer en vrai m'a rendu à la vie, car l'argent m'a rendu le sourire, mais seul tuer et envisager de tuer, préparer un meurtre m'a rendu le bonheur.

Merde, c'est si bon.


Mathieu Diebler

Publié par hirsute à 12:24:33 dans OPERATION AUTODAFE | Commentaires (1) |

Opération Autodafé 36: Ode à moi-même par Sarah Fisthole | 15 septembre 2011

©Photo de Kate Polin

Opération Autodafé, deuxième phase. J'ai lancé un appel à textes libres, pas mièvres auprès des internenéteurs et ça donne ça... Diffusion de ces créations non-stop, les jours à venir...

Texte de Sarah Fisthole:

Ode à moi-même.

 

Tu m’irrites.

Tu m’irrites, tu m’énerves.

J’ai envie de te mettre des tartes, de te tirer les cheveux, de te cracher à la gueule.

Tu m’énerves, tu m’irrites, tu me gonfles.

J’ai envie de te prendre en bagnole, c’est con j’ai pas le permis, mais bon.

Admettons.

Admettons, je te prends en bagnole, je fais un bout de chemin dans la campagne. Genre la campagne glauque, la Brie genre, tu vois tout plat avec le tartignole de Disneyland de merde au beau milieu des champs tartignolement plats qui schlinguent le colza.

Allons, soyons pas trop vache, il ferait un peu beau, genre.

Genre le soleil qui perle dans le colza avec le vent qui caresse doucement les petites fleurs qui puent.

Et puis genre on passe des petits villages avec tes têtes de cons qui vivent dedans des maisons préfabriqué en Amérique des mes couilles.

Genre Mickey chez les bouseux tu vois. Mais c’est pas vraiment des bouseux parce qu’ils vivent près de Paris hein.

Bande de cons, allez tous vous étouffer avec vos crédits à la con et rêver à devenir un cadavre ambulant habillé comme une pute, ouais là, un mannequin, c’est ça qu’on dit pour les squelettes habillés en pute, on dit mannequin classe de défilés mes couilles. Ou alors un athlète de merde là qui baisent avec des têtes de mort à gros nichons.

Bref, attends je reviens sur ta gueule, je fais des digressions. Ouais ta gueule.

Alors ouais, je te prends dans ma bagnole, on file tout au fond d’un fourré, un bordel dans le genre, avec un talus, un chemin de terre, une forêt, un truc glauque ou on peut faire brûler des pneus ou des gens, ou brûler des gens dans des pneus, ça dépend de l’humeur ou si tu as vraiment eu des problèmes dans ton enfance parce que tu as pas eu assez d’amour et que ta maman te donnais de la pâté pour chat à manger au goûter quand t’étais un petit être fragile sans défense, même si tu brûlais déjà les petits chats quand tu avais 3 ans. M’enfin à la télé ils disent que c’est pas ta faute, tu es une victime.

Ouais alors là, là.

Là ouais je vais te dire ce que je vais te faire espèce de conne.

Toi là avec ta tronche d’artiste en souffrance que personne ne comprend.

Et que t’as trop souffert, que l’art il est là pour dire que la vie elle est trop méchante, que les gens ils sont trop méchants, que des méchants  monsieur ils ont fait mal à ta chatte et ton petit cœur, que tu as pas des sous parce que les gens ils veulent pas te donner des sous, que la faim dans le monde elle est trop méchante, que le capitalisme c’est une grosse tête de mort avec le chapeau de Lincoln et qu’ils fourrent des billets dans le cul des têtes de morts qui disent qu’il veulent s’occuper du peuple

Etcetera.

.

.

.

 

Ouais là.

Là.

Là.

Là.

Ouais en fait je suis fatiguée.

Je te laisse là au milieu de nulle part, tu m’emmerdes.

Débrouilles toi pour rentrer.

Salut.


Sarah Fisthole

Publié par hirsute à 09:12:56 dans OPERATION AUTODAFE | Commentaires (1) |

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