Accueil | Créer un blog | Blog Beauté | Blog Séries 247

Andy Vérol, ne vous aime jamais

Le moindre de vos dons m'aidera à arrêter - Les écrits d'une petite frappe de la littérature

Présentation



 


Blog à vocation satyrique - Tous les textes sur ce site appartiennent exclusivement à l'auteur aux termes des articles L 111-1 et L112-1 du code de la Prop. intellectuelle.


Une biographie d'Andy Vérol: Manu Chao, le clandestino, juin 2009, Editions Pylône.Infos ici: http://pylone.wordpress.com/ 


Une biographie d'Andy Vérol: Noir Désir, le vent les portera, juin 2009, Editions Pylône.Infos ici: http://pylone.wordpress.com/


Nouvelle d'Andy Vérol dans le livre collectif, Le Livre Noir de Ta Mère, Ed. de Ta Mère - 2009. Infos ici: http://detamere.blogspot.com/


Premier roman d'Andy Verol, Les Derniers Cowboys français. Collection Pylône - 2008. Infos ici: http://pylone.wordpress.com/

Une biographie d'Andy Vérol: Un noir désir, Bertrand Cantat, 2008, aux éditions Scali. Périmé.


Me cracher à la gueule, m'adorer, m'éclairer, m'obscurcir, me soumettre une opinion, un texte: hirsute.hirsute@orange.fr


Les publicités Google affichées sur ce blog sont le fait de l'hébergeur. Je considère ces pubs comme une intrusion abusive sur cet espace...


Avertissement: Le contenu de ce site risque de heurter la sensibilité de certains lecteurs, particulièrement les mineurs.

Compteur

Depuis le 22-09-2006 :
10683800 visiteurs
Depuis le début du mois :
67877 visiteurs
Billets :
4423 billets

A lire et à écouter

...

Rechercher

Opération Autodafé 35: texte non publié... par trou du cul | 14 septembre 2011

Bon là je ne mets pas en ligne le texte de ce mec qui imite Mon roman en cours d'écriture depuis des mois: Mon Usine, la suite... J'avoue que la tentative mais aussi le culot de m'envoyer ça pour l'Opération Autodafé me met limite hors de moi. Donc sachez-le, je n'approuve pas ce que fait ce mec, cette façon de coller à mon cul tant par l'histoire, le style, la méthode et même... peut-être que je me trompe, mais c'est vraiment du Vérol sans justesse, du Vérol copié décollé, du Vérol light mal compris, bref, c'est un peu comme si moi, j'essayais de faire du Burroughs ou du Artaud en naze... Andy Vérol.............. L'Opération Autodafé ne laisse la place à aucun imposteur, petit fils à papa qui essaie de jouer le challenger. L'Opération est consacrée aux talents, pas aux imitateurs, et les pseudo-Vérol avec leurs "tous droits réservés", vont se faire enculer... Les prochains textes seront ceux d'auteurs authentiques. Les autres, qu'ils aillent faire les lèche-boules ailleurs.   AV

Publié par hirsute à 22:09:43 dans OPERATION AUTODAFE | Commentaires (1) |

Opération Autodafé 34: AMOURS PERILLEUSES par Serge Kruger | 14 septembre 2011

Serge KRUGER fait partie des branchés parisiens depuis plus de 50 ans, c'est à dire depuis la bande de la patinoire des Champs-Elysées qui remonte à 1956 ! Autour de 1958, la bande du "Français", un café des Champs, se compose, entre autres des frères Merlin, Philippe Debarge (un grand nom de la branchitude qu'on retrouvera dans divers milieux), Alain Castille, Didier Malherbe (futur Gong), Olivier Dewavrin (futur créateur de "Surcouf"), Christophe Cauchoix (futur organisateur des concerts KCP), "tous légèrement déjantés, décolorés, fumeurs de joints". Plus tard ils rencontreront d'autres potes, comme Antoine Machat, Marc Zermati, Jean-Jacques de Castelbajac, Jean-Pierre Kalfon, Jean-Marie Poiré, Michael Memmi. Puis, dans les années 60, ses membres ont essaimé vers l'Ouest, pour donner entre autres la bande du Troca et celle du Scossa que j'ai connues à l'époque des Minets qui se retrouvaient sur les Champs. Lire la suite de leurs aventures ici: http://paris70.free.fr/skruger.htm

 

Place au deuxième texte de Serge Kruger publié dans le cadre de l'Opération Autodafé:

 

 

AMOURS PERILLEUSES 2eme partie: ADOPTE PAR MES NOUVEAUX COPAINS n0 20

Rue d'Aboukir: La femme de ménage est passée: c'est une pro: tout est nickel, tout brille, c'est beau, rangé; dring voilà la bande qui déboule: Sofia, avec ses 17 ans, est en pleine forme, yeux qui pétillent, grand sourire inamovible, gestes vitesse 3, ses copines emportées par son élan bougent en la suivant comme des pions de babyfoot, synchrones: chaud devant, ça va délirer; après m'avoir taxé d'un billet de 30euros, attaque du chinois rue Montorgueil, et retour
triomphant: la tornade se met en marche, en 5 minutes exactement tout est totalement sens dessus dessous: meubles déplaces, les mèches de cheveux volent, les cotons aussi, papiers gras éparpillés, coussins par terre, une sorte de neige des objets les plus courants (et généralement immuables) jonchent rapidement le sol , les étagères, mon lit est
défait, c'est un boxon total, vêtements partout, un salon de coiffure ici, la bouffe la, une cabine d'essayage et
d'échange de tenues, musique à fond, démo des derniers pas de danse, rigolades et baisers, un ouragan!: mais qu'est ce
que t'es bien gaulée dis je à son amie métisse black et rebeu, qui me dit merci sans se cacher.

 

«C'est prêt à table» :
«ah j'ai cours à 3h: ...mais il est 3h!» Ben y m'attendront, bon ben faut y aller, allez on y va, «déjà?»:

 

Re-départ de
toute l'équipe ( jsui bon pour la vaisselle), la porte se claque, re-sonne: viens me chercher à 7h, je passerai chez toi
(ça c'est un bon pour un câlin) et après fo que je fasse a manger a mon ptit frere, reporte claquée.... un silence de
plomb, retombe sur mon appart; totalement dévasté, une dernière mèche de cheveux vacille d'une étagère, un courant d'air,
elle tombe, au ralenti: c'est mort, tout est fini: rien n'a plus de sens, ni la sono, ni la déco, ni le moindre objet
n'a aucune utilité, ni même moi qui me sent vidé de mes entrailles, tout est pétrifié, inutile, figé, et le silence
siffle insolemment... il n'y a plus RIEN.

A 7h je suis devant son cours de danse, les mecs sortent, Sofia n'est évidemment plus la mais chez une copine , il faut
aller la chercher c'est a St Denis, ou Gennevilliers: les immeubles sont entourés de groupes, sortes de goulues
cagoulées, ça rigole pas: elle finit par descendre, on part je passe pas ce soir, je viendrai demain matin, je rentre
chez ma mère; à 2h du mat elle m'appelle je suis porte de la Villette tu viens me chercher viens vite ya des mecs qui
tournent , je dors chez toi: j'ai le cœur qui explose, le parking en courant, je brule des feux, à 140 à l'heure rue de
Flandres une queue de poisson, léger choc, le mec me fait signe que c'est bon, je continue, et voit la Sofia en mini et
talons aiguilles, à moitié nue la au coin de la rue: ouè c'était l'anniversaire d'une copine; son téléphone sonne elle a
l'air gênée «je suis avec mon copain, non je t'ai dit je t'appelle demain:» un texto suit qu'elle me montre vite fait:
«je serais ta mère j'aurais honte»...

Un jour elle déboule a la maison avec Lolipop, celle avec qui je me consolerai, plus tard: elle a un cœur en or, et
pleure parfois quand Sofia doit partir et qu'elle voit notre souffrance de nous séparer (et en plus elle est vraiment
tellement jolie) Sans m'en prévenir, elle a amené son mec; c'est pas dans nos accords mais il est la, et avec un de ses potes en plus, et la belle rebeu; ce caïd et dandy, black de 18 balais, est très arrogant; il me toise pas un mot,
bagouses à chaque doigt, casquette enfoncée totale sur un coté: seul un œil apparaît! putain il assure, manque pas d'air, avec son mètre quatre-vingt dix, et le voilà qui trouve mes lunettes mp3: elles lui vont mieux qu'à moi, il ne les
quitte pas; Sofia voit le mur blindé du malaise nous entourer, on va au mieux grave se faire chier: elle prend des
chaises , assied tout le monde, toi là, là, et là, et leur dit, bon on va s'expliquer: elle retire son jean's, vire son pull, se retrouve en mini short et débardeur, ses cuisses nues brillent un peu, elle met la musique fort, commence à danser on la regarde tous, elle assure; bon elle lève une chaise en fer au dessus de la tête des 2 keums, bloqués devant moi: tout en effet nous sépare, la race, l'âge ( 3, 4 générations), le milieu social, la mentalité, et en plus ils sont tous là à la draguer.. Elle leur dit: regardez moi, je suis votre princesse, y en a un qui discute? (elle agite la chaise au dessus de leur tête,) ils commencent à sourire, font non non en hochant; bon je vais continuer à danser pour
vous, mais avant : lui la regardez le bien (elle me désigne): moi je suis votre reine, ok? et lui c'est serge, et c'est
mon roi: et elle se met sur mes genoux et m'embrasse sur la bouche; elle reste sur mes genoux, ses bras autour de mon
cou «ya quelqu'un qui a une question?» Silence. Regard déjà changé des mecs qui me toisent, se détendent doucement;

Apres ça, ils m'appellent serge, pour un truc ou comme ça normalement, et y a plus la moindre distance malgré mes 60 ans, je sens que cette fille a réussi ce prodige, historique: faire tomber TOUTES les barrières, des générations, des classes, des races! Je suis simplement, maintenant, serge, le mec à Sofia, et c'est possible, suffit que ce soit clair,
que le mec soit "correct", naturel, respectueux et évidemment, respectable! Comme l'atmosphère est devenue cool, elle re-danse pour nous, et on est tous la a se marrer; puis on décide d'aller se balader; «y en a un qu'aimerait bien rester
pour faire un câlin a sa copine tu veux bien?»: ok fais comme chez toi; le mec est touché, mais bien sur ne dit rien,
fallait surtout pas, évidemment, l'élégance est discrète et la noblesse naturelle...on se barre zoner dans le quartier, Sofia danse partout, sur les bancs, les poteaux, voire sur un capot de bagnole, la elle exagère, tourne autour de moi,
me grimpe dessus, m'embrasse devant les gens qui nous sourient, qui nous trouvent beaux, et quand on revient ya les 2
enlacés: ouè pour le câlin ça sera une autre fois, faut pas exagérer, mais merci c'était sympa: et pfffuit tout le monde
s'en va; je cherche mes lunettes: elles ont disparu! J'appelle So elle me dit cherche bien t'es malade ou quoi; et je les retrouve sous un coussin: j'écoute voir, le mec les a chargées: 50 titres de musiques de lascars, crunk, reggaeton, hip-hop , rap français, un régal...un cadeau de prince.

Jusque la, ça va...
Quand un jour ses copains lui ont demandé ce que je pouvais bien être pour elle, avec mes 65 ans, elle leur a répondu:
Serge c'est mon père, mon amant et mon bébé...

 

 

Serge Kruger

 

Publié par hirsute à 11:19:53 dans OPERATION AUTODAFE | Commentaires (0) |

Opération Autodafé 33: SK, PRINCE dU DODO par Serge Kruger | 13 septembre 2011

©Serge Kruger et Ganglof

 

Voici le lancement de l'Opération Autodafé, deuxième phase. J'ai lancé un appel à textes libres, pas mièvres auprès des internenéteurs et ça donne ça... Diffusion de ces créations non-stop, les jours à venir...

Serge KRUGER fait partie des branchés parisiens depuis plus de 50 ans, c'est à dire depuis la bande de la patinoire des Champs-Elysées qui remonte à 1956 ! Autour de 1958, la bande du "Français", un café des Champs, se compose, entre autres des frères Merlin, Philippe Debarge (un grand nom de la branchitude qu'on retrouvera dans divers milieux), Alain Castille, Didier Malherbe (futur Gong), Olivier Dewavrin (futur créateur de "Surcouf"), Christophe Cauchoix (futur organisateur des concerts KCP), "tous légèrement déjantés, décolorés, fumeurs de joints". Plus tard ils rencontreront d'autres potes, comme Antoine Machat, Marc Zermati, Jean-Jacques de Castelbajac, Jean-Pierre Kalfon, Jean-Marie Poiré, Michael Memmi. Puis, dans les années 60, ses membres ont essaimé vers l'Ouest, pour donner entre autres la bande du Troca et celle du Scossa que j'ai connues à l'époque des Minets qui se retrouvaient sur les Champs. Lire la suite de leurs aventures ici: http://paris70.free.fr/skruger.htm

 

Place au premier texte de Serge Kruger publié dans le cadre de l'Opération Autodafé number two sivouplé:

 

en fait de tombeur, je tombe surtout de sommeil, parfois, et aux moments les plus inopinés (?): voici quelque histoire
vécue qui ne va pas me remonter dans le palmarès des hommes, (des vrais...)
ainsi à une époque modérément lointaine ( 1988 après JC), j'ai réussi à me retrouver légèrement accepté par une petite
bande nouvelle à Paris, et du meilleur cru; sortant avec la très douce et funky frangine viet américaine d'un gentil
garçon du meme age, donc de 18 ans, elle me dit de la retrouver régulièrement dans ce café, entre les halles et le
Palais Royal, ou se donnaient rendez-vous ses meilleurs amis du moment: et pas les moindres, comme par exemple ce jeune
mec trop brillant et réservé a la fois, avec sa Triumph Bonneville de 64, celle que j'avais toujours revé avoir, un
certain futur acteur célèbre , le grand Vincent fils de JPC.. Et d'autre jeunes surdoués du meme niveau, qui se la
jouaient élite discrète, plutot tendance, entre le hip hop de bonnes manières et le tag de bonne façon: ils génèreront
un peu plus tard le meilleur graffiteur de Paris, qui expose maintenant à NY si j'ai bien compris, s'occupant aussi de
galeries d'art. Gilles lui, avait couvert les murs de Paris de son surnom, repris par les kids qui l'imitaient :
"Boxer"... Et les NTM en étaient, vous me suivez; ainsi qu'un grand beau gosse "qui ne sortait qu'avec de très jolies
noires" (dixit les parents), comme la sublime mannequin Baby; et régnait donc dans cette équipe son ex, une beauté
particulièrement éblouissante, une jeune africaine couleur charbon, aux traits divins et le reste à l'avenant: tous
étaient un peu amoureux d'elle, elle habitait au dessus de ce café, et nous montions souvent la voir; oui par ce que eux
aussi, sans doute beaucoup moins con que celui qui pense la en me lisant "mais en 88 ce Kruger avait déja 46 ans!
Qu'est ce qu'il foutait encore avec ces mecs de 20ans (et leurs copines de 18 hein?)"; j'ai précédemment répondu, je le
répète encore: j'étais le petit ami de la sœur etc., et elle était tellement respectée et pour de si bonnes raisons que
le fait qu'elle me respecte et m'aime était un passeport totalement indiscutable; donc c'était réglé, j'étais Serge et
le reste ils s'en foutaient (n'est ce pas Tamara?) Frontières de générations: wallou, de race ou de pognon idem: de
vrais aristopotes, sans façons! Et avec Didier le fameux rappeur, cordial et énergisant, son meilleur ami, le grand
Gilles, qui outre les tags la nuit, élevait des pitt-bulls et m'en offrira un, cadeau d'honneur et d’amitié: ma tite
Bouille ma bien aimée; pour raccourcir le préambule, les frangins de Bouille finiront tous leur vie prématurément, l'un
descendu par un flic à bout portant, deux autres chez Didier s'étant entre dévorés; et moi j'ai pris des apparts avec
terrasses pour que Bouille aille pisser sans etre obligé de me lever; et c'est ainsi que j'ai fini par prendre, pour ma
petite protégée, cette énorme maison , presqu'un chateau sur une ile; elle y est morte dans son sommeil , à 14 ans,
comme une ange de pittbull en peluche: semblant dormir, juste son petit bout de langue rose qui dépassait sans plus
bouger, elle nous avait quitté et j'ai tellement pleuré qu'Isabelle, qui s'occupait de la maison avec Michel, son beau
mari, se relayait pour rester dans la pièce à coté, m'entendant hurler de chialement, et faisant irruption des qu'elle
ne m'entendait plus, craignant sans doute qu'un excès d'émotion m'entraine à un irréparable geste. Curieusement et sans
aucun cynisme (c'est le cas de le dire), quand j'ai appris la fin du grand Gilles, qui me l'avait donc offerte, j'ai
quand meme moins pleuré, et pourtant apprendre qu'un ami d'à peine 30 ans a été retrouvé dans la Seine, enchainé et
noyé, c'est vraiment lugubre, ça ne peut pas s'oublier non plus..Il avait pris sans doute des chemins trop obscurs, aux
réels dangers (RIP Gilles mon ami).
Quelle belle petite équipe de mecs et de filles brillants et cools, comme j'aimais etre discrètement des leurs, avec
quelle élégance ils ont tous réussi, avec quelle délicatesse ils ont tous évité de devenir ces bouffons auto satisfaits
qu'épargne rarement cette situation de succès ...
Apres ces détours, j'en arrive enfin au sujet de cet article: ce fut en fait la plus courte, oui vraiment la plus brève
et insensée de mes histoires d'amour, la voici (je vous prie de bien vouloir immédiatement l'oublier, après l'avoir lue,
et je ne plaisante pas):
En fait je suis comme beaucoup d'entre nous, très timide; et renfermant ainsi une grande partie de ma vraie
personnalité, disons de celle que j'aurais pu avoir si je l'eus eue (argffh) je m'écrase généralement, n'en pensant pas
moins toutefois... Et parfois ça éclate, parceque je me sens bien avec quelqu'un, ou la forme tout simplement. J'avais
donc bien repéré cette beauté sublimissime et si noire, qu'on appelera, le nom est proche, la belle Fania... elle
voulait etre actrice, et je la voyais répéter inlassablement son role favori: la Princesse de Clèves! Et ça ne marchait
pas, personne ne l'engageait : c'était délicat de lui expliquer que meme avec une perruque blonde, et tout son talent,
elle passerait difficilement un tel role de composition, enfin bon, quelle merveille, on voulait pas la contrarier...Et
on bavardait gentiment , moi sur mes réserves, parceque quand une beauté atteint ce point de perfection, je sens que ma
vie est en danger, instinct de conservation oblige, j'ai un coeur d'artichaut alors aventureux d'accord, et meme
téméraire, mais pas suicidaire... A cette époque frontière, habitué à me coucher vers 7 ou 8h du matin après ma mission
d'animateur de nuit bien accomplie, la conscience tranquille, et en plus calmé la plupart du temps par une amante
bienveillante m'escortant aux portes de Morphée, c'était de bonheur et de plaisir que je m'endormais.... mais là se
pointaient les années fatales, celles des Très Gros Ennuis; et chassé de mon espace d'expression par toutes ces
circonstances ignobles (vente du Tango; échec en cours de l'ouverture du Canal), je n'ai plus d'activité réelle, et
commence à prendre des pilules du sommeil, sans lesquelles je m'épuise dans le vide d'une nuit qui n'ayant pas commencé,
n'en finit jamais: j'avais trouvé une merveille pharmaceutique qui s'appelait Halcion; oui un peu comme hallucination,
d'ailleurs; et quand j'avalais cette pastille, je devenais très calme, de bonne humeur, tout mes soucis et angoisses
semblaient tout à coup bien dérisoires: il était évident que c'était pas ça l'important, et avec un sourire et un moral
au top, je m'endormais en un glissement de soie, heureux... C'est à peu près dans cet état que mon téléphone, soudain,
sonne: c'était Fania, la sublime, en personne, qui ne dormait pas non plus... Et les confidences s'enchainent, et les
effets bénéfiques commençant, je deviens très détendu, donc plus timide du tout, et meme très audacieux, osant enfin
confier à cette beauté tout l'effet que la combinaison de ses cisellement érotiques exceptionnellement performants liés
à son esprit délicieux, pouvaient produire sur mon ame cachée, et mon corps de moins en moins discret, je lui faisais
assez bien comprendre, je crois: bref plus aucune envie de dormir, et Fania, subjuguée par ma brillante humeur, ma
pèche et détermination, et sans doute aussi en état de solitude érotique et bluezy, me dit enfin ce mot jamais meme
espéré (sauf dans mes reves indécents): "viens"... !
Traverser Paris, quelques instants; monter dans son appartement, un bond; elle est la sur son lit, elle m'attend... je
m'allonge près d'elle, j'entraperçois son étonnement fugace (elle ne savait pas, notez le bien, c'est la toute
l'histoire, que j'avais pris ce somnifère) et à cet instant précis cette saloperie de cachet se déclenche à fond: au
simple contact du matelas, je m'endors comme une buche, immédiatement!
De toute sa vie de femme fatale Fania n'avait sans doute jamais imaginé dans ses pires moments de doute quelqu'un à qui
elle ferait aussi peu d'effet (ou si dévastateur)!
Et c'est secoué comme un pruneau que je vois à travers les rideaux qu'il fait deja jour, et Fania qui hurle" faut s'en
aller j'ai cours!!" et moi je me souviens avoir laissé ma voiture sur un passage de bus, on se précipite alors hagards
tous les deux, dehors! (ah quelle nuit… non mais quelle aventure!)
Inutile de dire qu'elle ne m'a plus jamais appelé....je ne parle pas de son expression quand on s'est recroisés,
porteurs en commun de cet inavouable secret...ah ah : un amour très abstrait, en fait, parfait!





Serge Kruger

 

Publié par hirsute à 21:52:47 dans OPERATION AUTODAFE | Commentaires (1) |

Opération Autodafé 32: RÉCIDIVE DE RÉGIS CLINQUART | 13 septembre 2011

Voici le lancement de l'Opération Autodafé, deuxième phase. J'ai lancé un appel à textes libres, pas mièvres auprès des internenéteurs et ça donne ça... Diffusion de ces créations non-stop, les jours à venir...

Récidive... Troisième parution de Régis Clinquart dans La Spirale, après Le Jour où les métèques ont finalement botté le cul de l'Amérique et Contre-Chant. Une nouvelle estivale et lumineuse, comme notre enragé littéraire préféré en a le secret. (Introduction faite dans La Spirale)

Habitué de la revue Bordel, Régis Clinquart a publié Moins qu'une pute suivi de Romance aux éditions Flammarion au printemps 2004, précédé d'Apologie de la viande en août 1999 aux éditions du Rocher. Nous attendons tous avec impatience la parution de son prochain roman, dont il y a fort à parier qu'il secouera le landernau de l'édition parisienne.

RÉCIDIVE

Un expresso. Un vrai expresso. Et un croissant. Et une tartine ? Oui. Fraise, abricot, les deux, confiture. Et un pain au chocolat. Et un chocolat chaud, aussi, avec le lait à part. Et un œuf dur. Pas d’orange. Pas d’orange, non.

Ici mieux qu’en face, c’était le nom du bar situé jadis devant la prison de Fresnes, que notre époque plus sage en dépit de ses prétentions a rebaptisé d’une enseigne moins grinçante. Ce sont les premiers mots que lisaient en en sortant les condamnés ayant purgé leur peine, et l’histoire ne dit pas s’ils leur tiraient une larme ou un sourire. Peut-être bien les deux.

On pourrait croire qu’à peine sortis de l’enfer carcéral, les anciens détenus n’ont qu’une hâte : prendre leurs jambes à leur cou et mettre entre elle et eux le plus de distance possible. Les détenus, à l’intérieur, le croient aussi, prêtent foi à cette légende parée des atours du bon sens. En fait il n’en est rien. La liberté, ainsi recouvrée d’un coup, fait peur. Elle est énorme, intimidante, embarrassante, elle est une inconnue qui ne vous attend pas, bien au contraire. A plus d’un titre elle semble insaisissable. On croyait n’en être séparé que d’un mur et d’un écheveau de barbelés, mais quelques pas dehors suffisent à comprendre que l’extérieur n’est pas la liberté, qu’il va encore falloir l’y chercher, et que ça n’ira pas de soi, que cela va prendre du temps, demander des efforts, et que cette quête peut même échouer. Et c’est ainsi que la majorité des anciens taulards, qui ne sont anciens que de quelques minutes, comme un soldat en deux coups de tampon et quelques signatures augustes à l’armistice devient soudain un ancien combattant, se retrouvent à prendre leur premier café « libre » dans le bistrot d’en face, avec vue imprenable sur la prison qu’ils viennent juste de quitter.

Et moi, moi j’avais presque oublié le goût du vrai café. Cette royale amertume qui donnerait presque envie de tousser. L’arôme violent qui t’emplit la bouche et semble fouetter le sang, connecter des neurones. Le baiser moelleux de la crème. C’est bon. Je pourrais rester là des heures, à boire café après café. D’ailleurs je n’ai nulle part où aller. Personne n’est venu m’attendre. Un monstre, voilà comme ils me voient. Même ma mère. Ma mère surtout, en fait. Elle a dit que je lui faisais honte. Que si elle avait pu prévoir, elle se serait fait avorter.

Pourtant les coups, pourtant les longues heures passées enfermé dans le cagibi, les médecins l’ont dit à l’audience, cela n’a pas contribué à faire de moi un adulte très équilibré.

Je me souviens m’être dit, à l’énoncé du verdict : « Au fond, tout recommence comme avant. » Quinze ans. Douze effectifs. Les journaux ont dit que je ne ressentais rien, que je n’étais pas capable d’émotions. Ils se trompaient. Je m’étais déféqué dessus, et je ne voulais pas que ça se sache. Je me concentrais pour qu’ils ne devinent rien. Je m’étais chié dessus comme le petit Yoann ce jour-là.

« Mange ta merde. » C’est ce que m’ordonnait ma mère quand j’avais fait au lit. « Ce ne sont pas les enfants qui font caca partout. C’est les porcs, qui font caca partout ! Mange ta merde puisque tu n’es qu’un porc. » Et je mangeais. On me privait de nourriture tant que je n’avais pas mangé ma propre merde.

Le croissant imbibé pendouille, tout flasque dans le bol. Un bout s’est détaché, on dirait une vieille bite, ou plutôt une bite de zombie. Genre lèpre.

Deux heures que je suis là. Si j’avale encore une bouchée, j’explose. Je paye et je me lance comme on émerge d’un sas. Pour un peu je m’étonne de ne pas entendre le cliquetis du verrou qu’on tire derrière moi.

*



RER B je cherche en vain la fente dans la machine contrôlant l’ouverture du tourniquet. Une très jeune fille, peut-être une lycéenne, la fesse haute et l’air pimbèche, me passe devant en soupirant et effleure l’appareil avec son sac à main, déclenchant par magie un mécanisme qui lui libère l’accès. Je reste interloqué, mon ticket à la main, quand un rasta m’indique une machine voisine, pourvue celle-ci d’un composteur classique dans lequel j’introduis mon titre de transport.

Les panneaux indiquent Orly d’un côté et Roissy-Charles-de-Gaulle de l’autre. Et de m’imaginer braqueur déterrant mon butin pour m’envoler aux Bahamas ou aux Seychelles…

Mais non, bien sûr, quelle plaisanterie sinistre, je n’ai pour tout magot à déterrer qu’un noir opprobre, et encore quand je dis « déterrer »… il y aurait beau qu’on ne me le jette pas à la face. Ce n’était pourtant qu’un accident de parcours, une sortie de route, un dérapage incontrôlé. Ce n’était jamais arrivé avant, je n’aurais jamais pensé m’en prendre à un gamin, alors le désirer… Je ne sais pas ce qui m’a pris. Littéralement. Je me vois le faire, précisément, mais c’est comme si ce n’était pas moi, comme s’il n’y avait là rien de réel, comme si c’était un rêve dans lequel je ne serais même pas engagé. Au fond même si je sais que c’est bien moi qui ai matériellement commis les faits, je reste persuadé que je n’étais pas moi-même, que cette part de moi qui a fait cela n’est pas moi. Les experts ont conclu que mon discernement n’avait pas été altéré pendant l’acte : qu’est-ce qu’ils en savent ?

*



Les voyageurs oscillent dans le secouement de la rame qui file vers Paris. Je réalise n’avoir pas vu depuis douze ans tant d’innocents d’un coup – du moins, supposés tels. En quoi se distinguent-ils de nous, les parias, les réprouvés ? Je me le demande. Combien là parmi eux, combien qui pourraient basculer tout à trac, passer à l’acte sans prévenir, en une poignée de secondes détruire leur avenir, et finir derrière les barreaux ? Combien et, plus important, lesquels ? Est-ce que c’est détectable ? Est-ce que j’étais prédestiné à ça, et est-ce qu’on aurait pu me prévenir, m’empêcher de faire ce que j’ai fait ? Tellement de questions sans réponses, qui semblent dans le wagon ne tarauder que moi.

Se « réinsérer »… Ma « réinsertion » programmée… Je me figure la petite dame de Pôle Emploi censée me dégotter un boulot, elle aura certainement cette gueule bien acariâtre qu’ont en centrale les juges d’application des peines. Alors voilà j’ai travaillé huit ans comme auxi préposé à la distribution des repas, je suis comme qui dirait diplômé de Fleury-Mérogis, puis j’ai suivi un troisième cycle à Fresnes, vous croyez que je pourrais bosser dans une cantine scolaire ? Vous verrez tout est dans le dossier, condamnation pour viol sur mineur, séquestration, torture et actes de barbarie, mais maintenant ça va mieux, je gère là, oui, vous imaginez bien, j’ai pris conscience de mes erreurs, j’ai fait un vrai putain de travail sur moi, je me sens grave affûté pour la réinsertion. Vous avez des enfants ? Quel âge ? Quatre et sept ans ? Ah oui, c’est jeune…

Ca va rouler, c’est sûr. Paraît que dans mon bled maintenant, les bac + 5 aussi pointent au chômage, alors avec mon diplôme de Fleury tu penses, ce sera du tout cuit…

Je vais pointer ouais ouais, pointer c’est bien ma came, tu parles, pour un pointeur : pointer à la cantine, pointer chez le JLD, pointer au chômdu, pointer pointer pointer, je suis un pointeur né, pointeur comme d’autres sont doués pour le calcul mental.

Une meuf me dévisage, je paranote à mort. Est-il possible qu’elle m’ait reconnu ? Non, ça ne paraît pas possible. Dix ans après le procès… Et lui ? Quel âge peut-il avoir, maintenant ? Cinq et douze : dix-sept ans. Dix-sept ans. C’est un jeune homme.

Est-il heureux ?

Pourquoi pas ? Pourquoi ne le serait-il pas ? Il est heureux parfois, malheureux à d’autres moments. Comme nous tous. Plus souvent malheureux que d’autres, peut-être. Rien à faire. Rien à faire pour réparer cela. Je le voudrais mais non, rien à faire. Il doit apprendre à vivre avec. Il doit comprendre qu’il n’y est pour rien. Ce n’est pas sa faute.
A-t-il une petite amie ? Oui, il doit avoir une petite amie. Je l’imagine douce, maternelle, compréhensive. Elle lui fait du bien. Ils font l’amour. Elle le trouve timide. Elle trouve que c’est touchant. Il ne lui a rien dit. Il essaye de ne plus y penser. Parfois elle dort, la nuit, tout près de lui, il sent la chaleur de son corps, il s’assure qu’elle dort vraiment, et alors il pleure, muet de douleur écrasée, il pleure en cachette. Il s’abandonne.

Les nuits pleurées jusqu’au lever du jour. Ces cataractes silencieuses, qui vous garrottent la gorge et vous drainent la poitrine, vous essorent encore et encore. Jusqu’à ce que l’épuisement vous délivre, enfin. Je connais cela.
Les années ont passé. Douze ans. Douze ans avec la préventive, et je ne pleure plus la nuit. Tout passe. Est-ce qu’il pleure encore, lui ? Ses années ont-elles été aussi terribles, aussi dures que les miennes ?

Que reste-t-il du petit garçon qu’il a été ? C’est un homme maintenant. Est-ce que je le reconnaîtrais dans la rue ?

*



Montesson n’est plus ce qu’elle était. Des maisons clones ont poussé là où s’étendaient quand j’y habitais des champs de salades à perte de vue. Les bourgeois à deux véhicules, marmots et jardinets ont remplacé les batavias. Cette vie qui a coulé dans mon dos me déprime soudain avec une stridence atroce. Pourtant dieu sait que je m’y étais emmerdé ferme, ado. Et voilà qu’y revenir me remue les tripes avec la tendresse insidieuse d’un paradis perdu. Les gens se plaignent de leur petite vie merdique, ils ne s’en plaignent pas comme ils le croient parce qu’elle est effectivement merdique, mais parce qu’ils sont, sans le savoir, des privilégiés. On devrait leur organiser à tous un petit séjour à l’ombre, quelques années, ça suffirait. En sortant de là ils regarderaient leur vie d’avant avec un peu plus d’indulgence.

*



Le type en uniforme en bas de l’immeuble de Marie me barre la route les bras croisés sur la poitrine, me demande ce que je fais là. C’est un gros, c’est un noir, c’est un suspicieux : qu’ils soient gardiens de prison, videurs de boîte de nuit ou concierge dans une HLM, les matons ont toujours, partout, le même profil. Et toujours cet air mélangé du molosse prêt à mordre et du roquet qui crève de trouille.

« Qu’est-ce que je fais là, Monsieur ? Je viens voir une amie. Une vieille amie… Son nom ? Marie. Marie comment ? Marie Sagone », je lui réponds, et disant cela, j’évite de justesse de dire que je viens voir Marie-Salope. Marie-Salope qui fut ma femme dans une autre vie, et qui est maintenant celle d’un autre. Marie qui fut mon grand amour, et l’est toujours, en quelque sorte, puisque je n’en ai pas connu d’autre.

Le type reste méfiant. Il me propose de l’appeler pour moi à l’interphone, alors je lui dis que ce n’est pas grave, que je repasserai plus tard, et il me regarde m’éloigner avec le sentiment bouffi du devoir accompli, le sentiment d’avoir purgé les lieux d’un parasite.

Je contourne le bâtiment à la recherche d’une seconde entrée, accablé par l’épisode, par cette gueule d’éternel coupable qui doit bien être la mienne pour qu’on la détecte si facilement. « Qu’est-ce qui me prouve que vous ne vous les êtes pas faites vous-même ? » Voilà ce que m’a demandé le directeur lorsque je lui ai montré, en présence de l’infirmier de service, les brûlures de cigarettes sur mes testicules, sur le pubis et, baveuses, noires et rouges violacées, en demi-lunes boursouflées, les trois marques purulentes sur mon gland. Et les traces de liens, à mes poignets, qui avaient gravé dans ma chair de profondes rigoles, au point qu’un os s’était cassé : est-ce que j’avais pu me les faire seul ?

Le directeur m’avait toisé avec cet air de mépris vertigineux qu’avait déjà, lors du procès, l’avocat général, et qui fait de vous une araignée, une blatte, une vomissure. Il avait dit, froid comme la glace : « Il fallait y penser avant, Vernard. Le gosse, Vernard, le gosse non plus il avait rien demandé. Et puis il a croisé votre chemin. »

Un lourd silence avait suivi, et le directeur avait conclu, sous l’œil approbateur de l’infirmier : « Regagnez vite votre cellule, Vernard, et que je n’entende plus parler de vous. Si j’étais vous je me ferais tout petit. Tout petit. Et j’éviterais de provoquer les gars, vous comprenez ? »

*



Je me souviens très bien de la première fois que nous avons fait l’amour. C’était tellement étrange, tellement intimidant. J’avais honte de ce sexe incongru qui me poussait, s’élevait à angle droit comme un pont suspendu tandis que je me déshabillais, et me faisait ressembler, croyais-je, à un acteur de film porno ; et honte aussi de ma propre honte, me rendant compte qu’elle n’avait pas lieu d’être, ce qui d’ailleurs ne la soulageait en rien.
Je mis un bon quart d’heure, une demi-heure peut-être sous les draps, dans le noir absolu, avant d’oser seulement poser ma main entre ses cuisses, et fus surpris de l’abondance de sa mouille, de la substance glaireuse où pataugeaient soudain mes doigts. J’en fus décontenancé, comme s’il s’était agi là d’une souillure, d’une sorte d’injure ou de vulgarité qui me dégoûta infiniment. J’en perdis sur-le-champ mon érection, et lorsqu’au petit matin, le lendemain, je retrouvai enfin mes moyens, notre union ne dura qu’un instant, le temps de quelques va-et-vient le corps tendu comme un poing, et le sexe au contraire semi-flaccide. Je jouis en elle comme on avoue un crime, un forfait humiliant, à petits traits malingres, un peu comme on se mouche, râlant un « ah » très rauque dont je voulais qu’elle croie qu’il était l’expression de mon plaisir.

Nous décidâmes tacitement, sans réellement nous concerter, que notre couple ne reposerait pas sur le sexe. En fin de compte ça m’allait bien, je n’étais pas très à l’aise avec ça, je me sentais trop jeune pour avoir un enfant et le fait même de me masturber, dont on m’avait toujours appris que c’était un péché, pour un plaisir si bref au fond, m’avait les rares fois où je m’y étais adonné, plongé dans un abîme de culpabilité d’une profondeur telle que cela me semblait trop cher payé.

J’étais comme un de ces grands gosses boutonneux chargés dans les gares importantes du plan Vigipirate, lestés comme moi de ma bite d’une arme de guerre totalement inutile, qui ne leur servirait jamais à rien jusqu’à ce qu’un d’entre eux pète les plombs, ouvre le feu sur un passant et ce serait un bain de sang.

Mon passant, moi, mon terroriste imaginaire, ce serait le petit Yoann. C’était le dernier des enfants de nos voisins, un môme comme on rêve d’en avoir, intelligent, curieux, sensible, super éveillé pour son âge. Et surtout qui me faisait confiance. Une confiance totale, une confiance que personne d’autre, je crois, n’avait jamais su m’accorder, et surtout pas ma mère, et encore moins Marie. Le genre de confiance qu’on peut prendre, sur un malentendu, dans un moment de faiblesse, pour une invite.

*



Je sais ce que je vais faire. Je vais passer par le parking. J’attends qu’une voiture s’amène, elle ouvre la porte automatique, s’engouffre et tourne tout de suite à droite, c’est configuré comme ça, et moi je me glisse dans le renfoncement derrière elle, sans me faire voir, avant que la porte ne se referme. Ensuite j’attends que le conducteur sorte du parking par l’intérieur, et je n’ai plus qu’à m’extraire de ma cachette pour aller prendre les ascenseurs.

Oh je n’espère pas la voir, ça non. Je n’oserai jamais cogner à sa porte. Je veux juste savoir où elle habite. Je resterai sur le palier de l’appartement 824 et je sentirai sa présence, juste là, tout près, derrière la cloison de papier mâché, pas moins bruyante mais combien moins épaisse que les murs d’une cellule. Si ça se trouve elle sera en train de préparer le dîner. La bonne odeur débordera jusqu’au couloir et je reconnaîtrai le plat. Les souvenirs me tomberont dessus comme ces petits caïds des cités taillés comme des armoires vous tombent dessus en groupe à l’improviste à la promenade, vous entraînent dans un coin et vous shootent dans le ventre, la gueule, les couilles en vous crachant dessus après s’être raclé la gorge pour que le mollard soit consistant, jusqu’à ce qu’ils en aient marre, ou s’inquiètent de ce que vous pourriez y passer, ce qui voudrait dire ouverture d’une enquête, et qui dit enquête dit risque de voir rétrécir la peau de chagrin des remises de peine. Oui ce sera ça, peut-être. Des souvenirs qui font du bien et qui vous font du mal. Des souvenirs qui vous hurlent au visage tout ce que vous avez perdu.

*



J’attends depuis vingt minutes derrière un massif de bruyère qui borde l’entrée, quand arrive une Simca grise qui se présente devant le parking. Une Simca comme on n’en faisait déjà plus depuis belle lurette à l’époque de mon incarcération, l’époque où le temps pour moi s’est arrêté pour céder la place à ce long cauchemar.
Elle tourne comme prévu sur la droite et je me faufile dans la foulée sous l’œil borgne d’une caméra de surveillance, à laquelle je souris l’air dégagé, comme si j’habitais là, à laquelle je souris comme j’ai souri toutes ces années aux caméras de Fleury puis de Fresnes, dans l’espoir illusoire de m’attirer les bonnes grâces – ou du moins d’éloigner de moi les foudres – de mes gardiens.

La porte se rabat dans mon dos dans un grincement de tôle froissée, et j’entends la voiture qui se gare, deux portières qui claquent, le clapotis de pas s’éloignant et les bribes non identifiables d’une conversation, dont l’un des deux protagonistes parle d’une voix fluette et volubile, une voix comme je n’en ai pas entendue depuis une éternité.

J’attends.

J’attends encore, tendant l’oreille.

Quelque chose cloche.

La conversation a cessé mais des bruits sourds, irréguliers, résonnent sous la chape jaune pisse du parking. Des bruits comme des claquements, des coups, parfois spongieux, parfois traînant avec un bruit de frottement continu, un tap tap tap sautillant puis tout d’un coup, un grand blam ! parfois suivi de petites répliques. Des bruits que déforment les échos répercutés par le béton, mais qui signalent, sans doute possible, une présence humaine.
Je hasarde un œil hors de ma cachette, piqué au vif et titillé, craignant pourtant de me faire repérer. Tout d’abord je ne vois rien. Et puis je vois. Et ce que je vois manque me faire éclater de rire. L’histoire de l’éléphant qu’effraie une petite souris. Là devant moi, à une dizaine de mètres, un jeune garçon joue au ballon, tout simplement. Il court derrière la balle de cuir et, maladroitement, tape dedans de toutes ses forces avec ses petits pieds. Le ballon frappe le mur et lui revient, rebondissant sur le revêtement de sol tandis qu’il court derrière pour se positionner de nouveau. L’enfant est seul. Le père ou la mère a dû remonter dans les étages, regagner ses pénates tandis que fait ses gammes, dans les sous-sols, leur petit Zidane. Je sors de mon coin rassuré, et m’approche du bambin qui, de surprise, laisse courir son ballon.

Je lui fais un signe de la main et me dirige vers les ascenseurs quand un pressentiment m’assaille. Se pourrait-il que… Se pourrait-il que ce soit le fils de Marie ?

Je m’arrête et dévisage le gosse qu’auréole de vert sale le panneau sortie derrière lui. Ce ne sont pas les traits de Marie. Non. C’est autre chose.

Je sens une violence sourde monter en moi et s’épaissir. Et si calme, si calme… Circulairement tournant avec une lenteur oppressante. Je la sens qui se concentre, qui s’accumule là dans ma queue, là dans mes couilles, comme le chasseur méthodiquement recharge son arme, le regard rivé sur l’ombre de sa proie, poussant les cartouches dans le canon, redressant le fusil avec un clac qui témoigne du verrouillage, puis qui épaule, puis qui n’est plus que l’œil d’où une balle va jaillir pour tuer.

Le gosse est là avec ses yeux tout étonnés, ses joues pâles et ses lèvres vermillon, il ressemble en tous points à l’autre, le petit Yoann ses cris d’orfraie qui me mettaient le cœur en vrac. Personne alentour, j’avance vers l’enfant qui recule, dos au mur, j’appuie sur la barre transversale de la porte coupe-feu, le saisis à la gorge et le pousse tête la première dans le sombre réduit de la cage d’escalier.



Régis Clinquart


Publié par hirsute à 16:09:27 dans OPERATION AUTODAFE | Commentaires (0) |

Opération Autodafé 31: Voici venu le temps ou je ne nous souhaite plus rien par L'Empoisonneur | 12 septembre 2011

Voici le lancement de l'Opération Autodafé, deuxième phase. J'ai lancé un appel à textes libres, pas mièvres auprès des internenéteurs et ça donne ça... Diffusion de ces créations non-stop, les jours à venir...

 

Voici venu le temps ou je ne nous souhaite plus rien !

Le temps de voir que l’univers mystifié croule sous les pulsions célestes et mathématiques.Juste le temps de regarder le désastre qui s’offre a nous .Nous, barbares civilisés qui ne vérifions plus rien, assis sur notre désillusion, nous laissons faire . En attendant la mort, après avoir ingurgité frénétiquement la moelle de toute espèces vivantes, nous nous goinfrons de gourmandises chimiques . Des tonnes de cadavres hantent a jamais l’obscurité de nos placards. et bien, le voilà donc le temps des assassins possible… ceux qui bouffent de l'intérieur ! Les pulsions mécanisées et divinisées façonnent notre raison commune et matérialiste. Et lorsque s'affronte l’humanité au creux de la matière profonde et mélancolique de notre vivarium oxygéné, nous, raclure parfumé, spectre illustre, hôte microscopique, nous crachons frénétiquement dans nos artères de peur de ne pas réussir a redémarrer ! Et notre salive infectée, en fonçant vers nos organes-machines, obéissant aussi aux lois cosmiques, nourrit irrémédiablement le mensonge universel ! Nous sommes amarrés, le cerveau déplanté et l’esprit encrassé par le sang malade injecté. Nos regards de morts vivants ne savent pas reconnaître l’indéterminisme possible et l’enfermement volontaire fait le reste; une pantomime synchronisée avec comme sonorité rassurante, les lamentations de nos dieux séniles et les pulsions de notre sexe, sorte de girouette instinctive, pointant dans la bonne direction. L'occidental pauvre naît libre, puis, choisit de se soumettre aux lois stratégiques en vigueur et il décide alors de transformer ses interrogations en croyances figées. Par la technique et l’éducation intensive, la conscience disparaîtra, nous n’aurons plus la puissance d’anéantissement qui nous permettrais de nous affranchir de tout être fabriqué, de nous arracher au poids des choses, et ainsi devenir libre. Non, seule compte notre ascension virtuelle et gadgétisée, la construction d’un soi identifié et reconnu, comme un objet inutile et beau, comme un électron bien ordonné et instrumentalisé . Et ailleurs, dans l’abandon de continent-fourmilières, les misérables courent de descendance en descendance, essayant d’échapper a la fatalité, leurs pieds buttant sur les milliards de carcasses accumulées dans le goulet. Pas de longue vie pour les miséreux, pas de choix, rien d’autre que la débâcle cannibale !

La barbarie n’est, pour la nature, qu’un moyen parmi tant d’autre, dégraissant et nécessaire. Elle a toujours servi l’univers arrogant qui, depuis toujours, dévore ses peaux morte avec méthode et indifférence.

L'empoisonneur


( de So et Thierry )

Publié par hirsute à 21:00:22 dans OPERATION AUTODAFE | Commentaires (0) |

<< |1 | 2 | ... 31 | 32 | 33 | 34 | 35 | 36 | 37 | ... 884 | 885 | >>

e-Torpedo

e-torpedo.net

Vidéo de Gorzar sur un texte "vérolé"

Medias

    Exposition - Art! Anthropophagie! Aujourd'hui!

    Album

    Archives

    Février

    DiLuMaMeJeVeSa
       1234
    567891011
    12131415161718
    19202122232425
    26272829   

    ...


    mesure audience

    • RSS
    • RSS
    • Podcast
    • atom 03