Sortie du premier roman d'Andy Verol,le 02 avril 2008: "Les derniers cowboys français". Infos ici: http://pylone.wordpress.com/
Me cracher à la gueule, m'adorer, m'éclairer, m'obscurcir, me soumettre une opinion, un texte: hirsute.hirsute@orange.fr
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Sans doute le meilleur roman de Franca Maï, L'Amour Carnassier. Infos ici: http://www.francamai.net/
Ce côté New York avec les homeless près des bidons avec le feu dedans... Et les taxis qui perçaient les tas de neige soupe grise... Et tout le reste...
Les samedis, on se retrouvait souvent au Cosec, la salle de sport, pour disputer des matchs de hand ball ou de volley... Le truc, c'est que j'étais frêle, que mes gardes du corps Hutch et Papy si t'as pas compris à force étaient des vrais sportifs et qu'ils s'engageaient intégralement dans les matchs. Alors j'étais laissé à moi-même. A ruminer de peur de me faire briser la nuque ou le tibia à coups de smatches rageurs envoyés par ces crétins haineux qu'étaient les gosses de ritals et de polacks. Moi j'étais un peu l'intello au milieu de ces débiles totalement accaparés par l'idée de victoire... par tous les moyens.
C'est ainsi qu'un samedi d'hiver, je fus pulvérisé à la gueule par un ballon d'volley envoyé délibérément par un gros porc qu'on appelait Kojac, du fait de la tonsure anti-poux que lui imposait sa grosse salope de mère...
Je ne sentis quasiment rien durant le choc, justement hanté par l'idée de me manger un poteau ou un mur. J'esquivais avant de suer de douleur. Bonheur. Malheur. La torpeur de ce con d'arbitre adulte, un vieux chômeur dont je ne me rappelle ni le nom, ni la gueule. « Ça va petit ? » Tu m'étonnes ça allait pas. A cette époque-là, si j'avais eu la masse et la gueule que j'ai récoltées à force de bitures et de coups de tête, je n'aurais fait qu'une bouchée de ce gros porc de rital de merde, de Kojak.
C'était tout de même sans compter sur ma façon maladive de diriger, goûter, humer, manger, engloutir les cauchemars de chaque night. Tu comprends rien, ça se voit à ton œil morne posé sur ces quelques mots. Me prends pas pour un con, je sais ho !
Les nuits, dans ma chambre chez tata, il y avait les fantômes. Les dames en robe de chambre rouge, mais aussi les hommes-carpettes rampant ici sur ma queue sans poil, là sur mon ventre creux les côtes qui sortaient... Le tout avec les cris, les bruits de milliers de bulles qui pètent clac clac han. Tout l'toutim habituel... La réalité. Le réel. Le vrai. Les cris étouffés dans l'oreiller pour pas réveiller l'chat qui attaquait souvent les mollets. Bref.
Je m'en sortis pas si mal au fond. Sonné, mais pas blessé. Du moins physiquement. Bien sûr je n'étais ni sportif, ni costaud, ni bastonneur. J'étais manipulateur. Faussement sage. Faussement timide. En fait, je bouillonnais sans cesse de haine. J'étais avec mes fantômes et leurs douces odeurs de chairs faisandées... Leurs respirations nuit et jour, à côté de moi... On s'en fout. Kojak était dans ma tête. Ce gros chauve avec les petites dents dégueulasses écartées.
Ces moments-là, je les passais enfermé en moi. Je restais cloisonné dans mon corps, hermétique aux mouvements extérieurs. Je cultivais ma haine. Je ruminais. Crachant des mollards merdiques sur les bords de routes les trottoirs des talus divers des carrosseries de voitures. Je ne parlais plus à Papy ni à Hutch. J'étais l'Robert de Niro héros, j'étais celui que je découvrirais plus tard : l'homme seul qui refoule et rumine une haine sans borne... qui ne pouvait déboucher que sur un règlement de compte, régler les comptes, t'imagines pas cette jolie expression qui te glisse dans le ventre comme un parpaing en poudre...
Je t'ai dit que je ne veux pas cultiver le suspens ou le côté thriller à la mord-moi l'os... Je vais droit au but.
C'était comme ça. Après quatre cinq jours de nerfs rongés entiers à l'intérieur, j'agissais tel le Hezbollah se déversant à coups de bombes humaines dans les cafés à bourges et autres lieux de que dalle consuméristes à fond...
Planqué sous le perron qui était planté-là, sur le bord de la côte macadamisée qui joignait l'quartier du milieu au quartier d'en haut, j'ai attendu, après l'école, me privant d'un bon goûter (l'Nutella sur une biscotte hum) d'vant Albator et Casimir, mettant en péril mes devoirs du jour. Et le gros lard eet arrivé. Avec sa démarche de pas avoir l'air d'être plus humain qu'hippopotame... C'est simple, j'abrège. J'ai simplement surgit avec une pierre d'une quinzaine de kilos soulevée par les bras frêles et ma rage en flux continu, et lui ai envoyé en travers d'la gueule.
Basta. Le gros s'est écroulé, plein de sang dégoulinant du front sur les joues... J'avais chaud dans le zizi. J'avais l'anus dilatée de plaisir et des frissons millions micro montagnes qui poussèrent sur tous mes bras, le long de mon échine, sur mes cuisses... Et la sueur. Froide. Et le regard terrifiant de haine, les pupilles dilatées à un tel point que ça en faisait mal à la vue. Viande. Le gros Kojak vautré hurlant sur le pétrole macadam un peu glacé. Je l'avais ma vengeance... J'étais résolu à finir chaque ignoble crétin qui briserait du faible, du freluquet...
Je ne sais plus tellement ce qui s'est passé ensuite. Sans doute ma tante m'a-t-elle engueulé... Sans doute Kojak est revenu à la charge, par la suite... Dans les histoires américaines de souvenir d'enfance, le méchant déboîté par le gentil n'y revient plus... J'crois, enfin j'suis sûr que Kojak m'a mis la misère durant des mois et des mois ensuite...
Il rumine dans sa merde à l'heure qu'il est le Kojak... Il creva d'une leucémie à 14 ans... Je ne ressentis rien quand je l'appris...
Robert de Niro n'est plus un héros...
Andy Vérol
Publié par hirsute à 21:50:39 dans Andy Verol | Commentaires (0) | Permaliens
Avec l'infinité du futur, j'ai un truc à rattraper. J'bois une gorgée. Pour me rassasier. J'ai la raie du cul qui sort du pantalon depuis que j'suis gros. Je parle de moi ok. J'ai inventé un fil à couper les mots moi, à destructurer... J'ai passé un cap qui est celui du décrochage mental. Sérénité. Je sais que tu t'en fous. Presque personne ne passe ici. Quelques centaines chaque jour, un peu moins que sur le site de Kinder ou Total/Fina/Elf. C'est pas présomptueux de faire changer ses pneus en plein campagne, et dire à un vendéen, un breton ou un charentais, qu'on s'en branle bien de l'Erika, la disparition du thon rouge et les pêcheurs dead dans leur chalutier, ou sous le chalutier, ou à côté du chalutier. C'est un peu comme s'il fallait dire systématiquement à un toulousain qu'on adore ses saucisses, les Airbus et son accent de trop... du sud. C'est pareil que dire à un rebeu d'la banlieue de Lille que c'est étrange ce mélange d'larcars et ch'ti (y en a qui ont des auto-collants "ch'ti sur la vitre arrière de leur bagnole"... Je sais pas pourquoi j'ai mis des guillemets. C'est un peu comme demander à un allemand si son grand-père faisait partie de ces fils de pute de criminels de guerre, contre l'Humanité et tout l'tralala...
Je tourne un peu en rond, autour de ma tasse de tisane. Je la bois en grosses gorgés bouillantes inondant mon ventre de repus plaintif... Pas festif... Plaintif... Pas contemplatif... Plaintif.
Andy Vérol
Publié par hirsute à 21:22:58 dans Andy Verol | Commentaires (1) | Permaliens
Réponse d'un lecteur à la chronique sur le concert de Michniak (à relire ici ):
Coucou Verol
j'ai souvent pensé à toi, tu sais
le bulletin ci-dessous me concernant -tu y parles de moi, entre autres- j'ai décidé de faire un geste. j'étais au Glazart lors du vendredi de tes rêves (le 8/02/08) et je portais mon bon manteau à camouflage. j'incarnais le troupeau que tu conchies avec tant de verve, comme toi tu incarnes le modèle parasitaire-socialiste qui conforte les chefs d'entreprise dans leur opinion (ils abandonneraient tout scrupule si ils te lisaient) et participe à décrédibiliser totalement le système social. on se tient les coudes, Verol; sur un certain plan, toi et moi, on est pareils : on incarne.
hasta la vista baby, etc
jonn toad
Ma réponse:
Tu es la première personne à réagir... C'est plutôt très bien. Mais le sens de l'humour et la capacité d'auto-critique n'est jamais de mise dans ce genre de trucs... Ce que je dépeins est hélas une réalité emblématique de ceux qui se prétendent être l'incarnation des idées sociales... Je prends de plus en plus mes distances avec ce "peuple" incarnant la bien-pensance et un simulacre pitoyable de résistance...
Ceci dit, je n'ai aucune haine pour ce type de public. Je le prends pour ce qu'il est: prétentieux, sans modestie et tout aussi aveugle que ceux qu'il prétend critiquer...
Quant à dire que je sers la soupe aux patrons, voyons, ça, c'est exactement ce que je déteste dans la bien-pensance: tout ce qui critique les socialisto-blancs-bien-pensants est fasciste, ou pire encore, un soutien implicite au Capital.
ça me rappelle ce prof qui m'avait traité de Pétiniste parce que je considérais qu'il n'était plus possible d'accepter d'embaucher des profs à l'infini avec des résultats moyens. Comme il était prof d'Histoire, j'ai perçu cette insulte comme une façon de me balayer, s'asseoir sur ma gueule en criant "mon Dieu que je suis l'incarnation du social, je suis la lutte, le combat pour les plus misérables..." ça dégoulinait de haine de me qualifier comme ça. Alors je lui ai simplement dit qu'il puait la merde...
Je ne sais pas si tu as vu Cali à Ruquier. Cali, ça fait un an et demi que je le traque sur son blog... Il a donné raison à tous ce que je disais de lui. Il disait aux deux chroniqueurs agressifs un truc emblématique d'une certaine gauche, comme dirait mon ami Malbrouck, continuant à porter la parodie démocratique à son paroxysme... Il a dit à ces mecs,en substance, "si t'aime l'album, tu le dis, et si t'aime pas, tu fermes ta gueule". Ensuite il a fait le zouave, une pure posture de gaucho-bobo, parlant de résistance, de combat, de lutte avec son regard de pisse, ses cheveux dégueulasses et ses petites phrases à te faire vomir Marx dans sa tombe: "J'ai soutenu Ségolène en 2007. Quand l'autre est passé, on était en deuil, on pleurait". Et tout le tralala sur le nazisme sarkozyen, toutes ces franchouillardises de gauche, de la soupe intellectuelle étalant des clichés, balayant ceux qui n'adhèrent pas à cette mascarade politique en les accusant de n'être que des faschos, ou les "faiseurs d'ultra-libéralisme"...
C'est d'ailleurs pour ça que je ne dis plus jamais que je suis de gauche, parce que ce "peuple" de cons blancs n'a eu de cesse de mépriser, prendre de haut toutes les sortes de souffrances pourvues qu'elle sorte de la parodie démocratique (dixit Malbrouck), du pseudo-métissage,... C'est un ratage idéologique hallucinant... Et pourtant, quand on déteste cette suffisance toute gaucho, on sait qu'on sera taxé d'ignominie, d'égoïsme, blah blah blah...
Je déteste les gens qui s'imaginent être dans le camp des bons, des sauveurs de misère... Ce sont non seulement des prétentieux, mais aussi des inefficaces... Ils se présentent comme ouvert au monde, aux autres cultures, aux idées généreuses, mais ils excluent systématiquement ceux qui n'adhèrent pas à leur suffisance... Cette gauche-là, et elle est majoritaire et puante...
Pour ma part, je suis un héritier direct des situationnistes, entre autres, et du Peuple des connards qui gueulent, et j'y suis bien...
AV
Publié par hirsute à 18:57:44 dans Andy Verol | Commentaires (4) | Permaliens
©Andy Vérol - Remix énième - y a bon ta fionne Malik - 02/2008
Ambiance sonore suck it all: http://www.myspace.com/acidjunkies
T'as l'fion du suffisant. J'ai l'mal l'douleur mais ce soir c'soir j'vais te tenter t'essayer de fond en comble l'Malik avec ma bite qui bande plus, mon alcool puissant, ma gueule d'clébard bidon et mes muscles tendus aux bras. L'rideau d'fumée en boîte j'aime pas les nightclubs j'préfère encore plus tu vois les endroits les en-droits. Où j'peux insulter les flics, déterrer l'corps à pute d'mon père crevé, où j'peux m'sentir libre, mais faut voir, tu crèves...
Et j'écoute d'la musique d'Melbourne. d'mel burnes d'mes boules...
Le désert au loin, d'bout sur mon ... une Jeep Willys MB d'pur cul bien cambré! L'cambré d'son cul à la Jeep... C'est comme aller au 14 juillet avec Polnaref et les gens qui sont contents d'le voir comme au nouvel an ou quand l'équipe d'France gagne au 13 juillet 1998, avec le Zidane qu'a ramené Dati et Amara et tout la populace d'immigrés revanchards à chier qui préfèrent sucer la queue à l'ultra-libéralisme, l'Internationale rien dans la gueule en prétextant République et zombies l'tirailleur sur l'front d'14...
Malik et moi on s'mariait toutes les s'maines, et on les aimait les français qui aimaient les papies et les mamies qui s'ennorgueuillissaient du haut de leurs départements appris par coeur, d'avoir combattu pour la France... Une bande de débiles. Une smala d'glands pestiférant nous chiant aux basques avé leurs soumissions passées aux patrons d'gouvernement d'la République. L'bougnoule, l'négro, l'péquenot, tout ce monde là qui se métissait sur le front et qu'on doit remercier encore aujourd'hui, qui donne le droit aux enfants d'immigrés, les Sarko, les Dati, les Amara, les Estrosi, de nous casser les couilles avec une non-culture pestifère, une façon bien fion béant et béa d'accepter l'Empire et le pire du que dalle... la façon Américaine plutôt que la franchouillarde grosse bedaine...
Avec Malik, on s'mariait, mais on n'aimait pas les vieux, on voulait pas les venger, on voulait rien avoir à leur rembourser... Et pourtant... Malik et ses années de prison, moi et mes années de dépression, lui et son corps décomposé par les incantations pathétiques de ses parents musulmans, et moi ruiné par l'passif de ma famille d'blancs blaireaux, la¨cs judéo-chrétiens...
Et si on f'sait bouffer nos merdes à nos ancêtres, à nos ralalala d'ploucs d'parents grands parents... Si on choisissait enfin de dissoudre la France et nous marier, Verge, Malik et moi et tous les suivants. Han!
Andy Vérol
Publié par hirsute à 22:47:00 dans Andy Verol | Commentaires (0) | Permaliens
Soyons clair ! Toute complaisance, signe des temps, dernier soubresaut d'un microcosme agonisant, on ne saurait se trouver envers les romans de Franca Maï, souvent critiqués, bien souvent ignorés d'une presse « officielle ». Et cela s'expliquerait sûrement par l'absence de complaisance dont ils font montre eux-mêmes. Absence de complaisance envers la société de consommation. Envers une élite de plus en plus méprisante et agressive. Envers un monde perverti par la méchanceté infra-humaine.
Le dernier roman de Franca Maï, L'Amour Carnassier, débute dans un hameau de 15 maisons. Un hameau qui vomit de la vie. Ça y transpire. Ça y parle. Ça y enterre ou ça y crache ses sales secrets. Et c'est d'abord un personnage qui prend la parole. Lou Strella. Presque un personnage de film. Quatorze printemps. Comme nombre de ses personnages féminins, assez jeunes, Lou est une gamine qui pétille d'intelligence. C'est le ton de Franca Maï. Placer au milieu des ploucs, des sans-grade, des aigre-fins, des mal-partis, un personnage central, fin, utile, et plutôt doué pour mettre à jour, contre la bien-pensance, la matrice, et, par là même, redonner à ce monde chaotique, un monceau d'espoir. Espoir utopique. Lou Strella nous rapporte les brins de vie qui s'agitent derrière les murs. Elle guette. Observe. Dévoile. Dans un monde où la pornographie devient l'ambiance générale, où le voyeurisme s'exhibe déculpabilisé, la brèche cachée du mur par laquelle, les yeux de Lou aperçoivent les destinées qui se délient, pourrait nous sembler trop cruellement familier, un brin éculé, trop banalement ordinaire. Non ! Il n'en est rien ! Se qu'observe Lou, bouche cousue, ce sont les différents occupants. « Curieusement, les habitants se fréquentaient à peine comme si le choix de ce trou perdu recelait une vie de s'emmurer et de refuser tout contact avec l'espèce humaine. »
Dans ce magma humain, trop peu humain, l'homme s'effritant dans son incapacité quasi-sociale à rentrer en contact avec ses congénères, un être, plus doux, plus sensible, plus blessé peut-être que tous les autres, cherche une lumière.
Elle commence par observer un couple : Fana et Manuelo. Lumineux, solaire, acharné, vampire, ce couple, à l'image de l'amour moderne, s'aime, se baise, se phagocyte, se vampirise. S'alimente de la chair. Carnassier sera cet amour. A l'instar du titre même du roman. Quelques lecteurs, un peu trop abonnés à de magazines comme Gala, j'imagine, sont allés, curieusement, voir en Franca Maï ce que justement elle n'était pas, oubliant de l'observer telle qu'elle était, la définissant d'ores et déjà comme une « vénus » littéraire, alors qu'elle persiste à se faire « cruella » littéraire, en réaction contre toute la littérature de pacotille qui inonde, comme une diarrhée malsaine, les librairies.
Car la société de consommation, libérale à outrance, dans sa posture carnassière outrée, absorbe la chair, réduit l'homme à la posture animale et absous l'humain, pour transformer chaque corps en une machine de guerre et de lutte de tous contre tous. Bienvenu dans le roman moderne « ultra-violent ».
Cela fait longtemps que la littérature du XXe siècle connaît. Ellroy, Ellis, McCarthy. Les américains, grands critiques de la société libérale, post-humaniste, la connaissent d'ailleurs mieux que personne. Dans un style personnel, Franca Maï n'a de cesse de dénoncer la cruauté d'un monde qui l'environne et qui la révolte. Cri de révolte plus que roman. Long poème sur le thème de l'amour impossible. Ou possible dans sa forme la plus utopique. L'amour du couple lumineux, à l'instar de Tristan et Iseult, ne saura survivre au monde postmoderne, et s'éteindra dans le sang. Comme si l'on ne pouvait s'aimer que par-delà bien et mal. Comme si l'amour, ici, façonné par toute la littérature médiévale et romantique dix-neuvièmiste, n'aurait pu être autre que fondé sur le mode de la passion, cette folie humaine, dans laquelle s'absout toute raison. Les amants aiment aimer. Mais ne s'aiment pas. Les chants du mythe celtique continuent de trouver un écho dans le grand assourdissement individualiste et postmoderne de notre siècle naissant, laissant entrevoir toute la difficulté, aujourd'hui encore, de trouver l'âme sœur, tant l'amour et la mort continuent de se confondre, pour se faire amour mortel. A la mort des amants, les yeux de Lou continuent de balayer les hameaux, et rencontrent Ingrid Ziegerman, vieille dame rescapée des camps de la mort. Une autre histoire de mort. Celle d'une femme que la société veut écarter. Trop âgée ? Trop dérangeante ? Trop... humaine ? Dans les courts récits de Franca Maï qui se juxtaposent comme des pièces à la fois banales et silencieuses, le puzzle nous parle du monde des hommes désunis, éternellement fous et prédateurs, dont l'âme saigne bien souvent. La passion de l'amour signifie un malheur. La foudre antisémite fut ce malheur. Un malheur que l'humanité entière, l'humanité occidentale bien sûr, porte dans sa mémoire. Mémoire de la Shoah dont elle voudrait s'arracher.
La particularité des personnages de Franca Maï réside dans cette curieuse façon de trouver leur épaisseur dans ce que la plume de l'auteur ne décrit pas mais suggère à travers leurs rancœurs, leurs colères, leurs désespoirs, leurs folies, leurs violences, leur sauvagerie, leur désarroi, leurs révoltes.
La suite ici
Publié par hirsute à 15:51:48 dans Infos cul-ture | Commentaires (0) | Permaliens
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