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Andy Vérol, ne vous aime jamais

Le moindre de vos dons m'aidera à arrêter - Les écrits d'une petite frappe de la littérature

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Une biographie d'Andy Vérol: Manu Chao, le clandestino, juin 2009, Editions Pylône.Infos ici: http://pylone.wordpress.com/ 


Une biographie d'Andy Vérol: Noir Désir, le vent les portera, juin 2009, Editions Pylône.Infos ici: http://pylone.wordpress.com/


Nouvelle d'Andy Vérol dans le livre collectif, Le Livre Noir de Ta Mère, Ed. de Ta Mère - 2009. Infos ici: http://detamere.blogspot.com/


Premier roman d'Andy Verol, Les Derniers Cowboys français. Collection Pylône - 2008. Infos ici: http://pylone.wordpress.com/

Une biographie d'Andy Vérol: Un noir désir, Bertrand Cantat, 2008, aux éditions Scali. Périmé.


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Y'avait du bon dans l'exploitation des enfants | 14 juillet 2011

Publié par hirsute à 14:44:06 dans Infos cul-ture | Commentaires (0) |

Appel à textes - Opération Autodafé du 14 au 18 juillet 2011 | 14 juillet 2011

Un appel à textes de Vérol pour une opération de publications express sur ce site (http://andy-verol.blogg.org ) et sur les autres supports vérolés. ça m'est venu ces derniers temps, en échangeant de façon musclée sur le thème "95% des gens qui écrivent des trucs sur le net vident le terme Littérature de sa substance". Bien sûr j'ai eu surtout droit à "t'es qui toi pour parler comme ça avec tes grosses merdes"... Soit. J'appelle donc les petits warriors virtualisés de l'écriture et leur demande (toi, ton voisin, ton facteur, ton pompier ou ton pilote de ligne) de m'envoyer des textes libres, sans thème préalable. La seule contrainte: pas plus de 3000 signes (Une page format A4), tu le signes sous le nom que tu veux, tu me files une adresse de site si tu en as un et tu peux ajouter une "mini-bio" de deux lignes maxi histoire de te faire connaitre... Le titre de l'opération: Autodafé, car internet amènera à la destruction progressive des formats papiers (et c'est déjà presque le cas pour la poésie, les nouvelles et les pamphlets courts). Aucune mièvrerie ne sera tolérée sauf si ça fait vraiment drôle dans l'pénis et la vagine...

 

Tu veux griller définitivement ta carrière d'écrivain? Publie chez Vérol, du 14 juillet au 18 juillet 2011!

Adresser sa tambouille ici: hirsute.hirsute@orange.fr

Andy Vérol

Publié par hirsute à 12:36:57 dans Andy Verol | Commentaires (1) |

Andy Vérol a dit... (Ecrit par BKz) | 13 juillet 2011

Ne me demandez pas ce qui lui a pris d'écrire ce texte, mais BKz, un scribouillard croisé à Paris dans quelques soirées Flufluuuu, a lâché ce texte avec du Vérol inside:

 

 

Complètement ivre, je scrutais un plan de Paris pour montrer au type assis à côté de moi où je venais de trouver mon studio (il s'agissait d'un homo qui voulait que je le suive chez lui, histoire de voir son quartier, beaucoup mieux que le miens...), et puis elle est arrivée, et je pense qu'elle était ivre aussi.

Elle m'a touché, elle a pris ma main pour regarder ma bague, le contact chaud de ses doigts sur les miens, un contact qui trainait et prenait son temps.

Ce genre de rencontre arrive fréquemment la nuit à Paris, mais je fus surpris de la voir approcher de moi, une semaine plus tard, dans le même bar.

D'habitude, les femmes font semblant de ne pas me reconnaître lorsqu'elles me revoient à jeun.

On s'est un peu parlé, ce fut moi qui lui pris la main cette fois, et puis je l'ai embrassé, ça n'a pas trainé.

Elle me proposa ensuite de venir boire un verre chez elle, nous sommes sortis du bar, et moi, j'avais pas mal picolé, alors comme je savais que nous ferions l'amour, je lui ai dit que j'avais besoin de manger un peu, d'avoir le ventre plein.

 

Andy Vérol dirait déjà plein de trucs, parce que c'est sa spécialité de dire des trucs. J'sais pas trop quoi, là. Oui, peut-être « Bah moi je suis pas dans l'egotrip, je scanne le monde, je suis témoin de mon temps, je ne parle jamais de l'homme que je suis. Et puis... Ça n'intéresse personne ces conneries de soulot et de petite putes bourgeoises de merde ! »

 

L'idée n'était pas d'aller s'enterrer dans un restau, j'avais peur qu'une discussion dans le détail lui fasse découvrir un truc rédhibitoire sur moi. Je produisais cet effet parfois, lorsque je me mettais à trop raconter ma vie. Et puis j'avais envie d'être chez elle, alors je lui dis « On va au Mc Do, y en a un à côté d'ici ! ».

Elle m'a regardé d'un drôle d'air, comme si je lui proposait un truc vraiment original, et c'était le cas, je ne le réalisais que trop tard. Elle avait de l'argent, pas mal, beaucoup par rapport à moi, elle faisait partie des personnes que j'aime désigner comme « ce que la société a à offrir de mieux ».

Elle ne devait pas mettre souvent les pieds au Mc Do...

 

J'essaye d'imaginer ce que dirait Andy Verol sur ce passage, mais je ne trouve pas. Ah ouais, il dirait peut-être « Arrêtes de parler de moi merde ! D'imaginer ce que je dirais ! ».

C'est vrai que je parle beaucoup de lui, mais c'est parce que je pense beaucoup à lui aussi. La première fois que je le vis, je profitais de son inattention alcoolique pour lui voler sa casquette. C'était un acte prémédité depuis longtemps. J'étais parti dans un délire de prendre un trophée, cela faisait un moment que je lisais ses billets d'humeurs sur différents réseaux. Depuis ce jour, je pense à lui tout les soirs, lorsque je suis seul chez moi. Je me branle dans sa casquette. Non pas que cela corresponde à une bizarre pulsion fétichiste de ma part, c'est seulement un truc que je lui avais répondu lorsqu'il m'avait demandé par mail de la lui rendre, je lui avais écris « Tu rêves mec ! Pour ton information, je vais me branler et jaculer dedans tous les jours ! ». Depuis, je mettais régulièrement ma menace a exécution, parce que pour moi, les mots sont toujours importants.

 

Arrivés à la caisse, j'ai commandé ce que je commande toujours au Mc Do, un cheese. Comme ça l’intéressait, j'lui ai expliqué que c'était le seul truc que je mangeais, rapport au fait que ce sandwich était le seul qui ne contenait pas de sauce mayonnaise dégueulasse. J'lui ai demandé ce qu'elle voulait, et elle m'a dit « un 280, avec des frites et du coca ». Le 280 était le seul sandwich qu'elle pouvait manger quand elle venait (rarement), m'expliqua t-elle. Il s'agissait du plus luxueux, fabriqué avec du vrai pain, et du vrai steack. Comme elle n'avait pas l'air de vouloir sortir la monnaie, j'ai tendu un billet de dix euros à la caissière, qui me l'échangea contre de la ferraille rouge de clodos. Je vis s'envoler l'argent pour mon paquet de clope du lendemain. Elle le savais, cette fille. J'avais fais un effort pour aller dans ce bar de riches, mais je ne portait aucun des accessoires qu'il fallait, et mes chaussures ressemblaient à ce qu'elles étaient, de similis pompes habillées achetées trente euros vers Barbes.

Je savais qu'elle savait, aussi je ne pu m'empêcher de pester.

Les femmes riches étaient les plus pingres ! Enfin, sorti des miséreuses, toujours près de leurs sous. A bien y réfléchir, c'était bien toutes les femmes, toutes vénales. Mais ça ne me dérangeait pas plus que ça, parce que d'autres devaient lâcher bien plus cher qu'un Mc Do à dix euros pour la coucher, et parce qu'il était hors de question que je ne me conduise pas comme un Homme ce soir, je savais qu'elle savait ça aussi.

 

Andy Vérol serait sûrement vénère. Il dirait que je ne suis pas un vrai pauvre, que je garde tout les réflexes du bourgeois, que d'autres n'ont même pas dix euros pour s'acheter des clopes ou inviter une fille au Mc Do, il me parlerait sûrement des ouvriers chinois, où de je ne sais de quels autres trous du culs d'esclaves ! Ou alors il dirait que je suis un parasite social buvant ses allocs. J'sais pas trop ce qu'il dirait, mais ce dont je suis sûr, c'est que j'en aurait rien à foutre !

 

Nous nous sommes assis et avons mangé nos sandwich, j'étais affamé, je ne me souvenais plus trop de quand remontait mon dernier repas. J'ai englouti le truc, et j'avais de la sauce qui me coulait sur le menton. Je l'ai regardé un peu gêné de mes manières, mais elle fit semblant de ne rien remarquer.

Elle me raconta son boulot, et j'imagine que c'était dans le but de m'impressionner. Toutes les stars du rock dont elle s'était occupée... Je me suis dit qu'elle me parlait de ces choses pour être attirante à mes yeux. De ce que je pouvais en juger, son corps scientifiquement sous-alimenté correspondait à celui d'une fille de vingt cinq ans, son visage à une femme de trente cinq, mais quelques rides trahissaient une poignée d'années de plus que moi, un âge où les femmes commencent à avoir peur, en particulier lorsqu'elles souhaitent plaire à un type plus jeune. Je savais, elle savais que je savais, mais non, ce qu'elle ne savait pas, c'est que je n'en avait rien à foutre de son métier, ni de Mick Jagger, ni de son âge, elle me plaisait c'était tout, mais je crois que ça elle ne le sut jamais vraiment.

En sortant nous nous sommes embrassés, nos bouches étaient huileuses et sentaient le Mc Do.

 

« BKZ, ton histoire est ridicule et pathétique. De la romance de TF1. Mais c'est ce que demande la masse ! La majorité bêlante et abrutie ! Je vais te dire, tout ce dont tu parles est régis par des molécules, de la biochimie, des trucs secrétés par tes glandes de connard ! Ou bien, encore plus vulgaire, t'es attiré par ses yeux qui brillent, tu t'aimes toi même. T'es impressionné par ce qu'elle est, ou parce qu'elle est plus âgée, ou qu'une femme qui a socialement réussi t'aimes, parce que toi tu n'es pas important ! Qu'est-ce t'en penses, Hue Hoe ! »

« J'en pense ferme ta gueule. »

 

Nous sommes arrivés chez elle, pendant qu'elle conduisait, j'avais caressé ses cuisses et même égaré un doigt dans son ventre brulant. Elle a garé sa voiture dans le parking sous-terrain, et puis nous nous sommes embrassés dans l’ascenseur. J'avais jamais vu d'appartement comme le siens ! Enfin si, dans les magazines ou dans les films, mais je ne pensais pas que de vraies personnes pouvait habiter dans ce genre d'endroit. Impressionné, je me suis recroquevillé dans le canapé pendant qu'elle allait prendre une bouteille dans la cuisine. Je bandais fort.

Elle me fit visiter, et je n'ai pu m'empêcher de hurler mon excitation arrivé dans la salle de bains géniale ! Elle m'a dit « Tu veux prendre un bain ? », et moi je lui ai répondu « Ouais putain ! Ouais ! ». Encore une fois j'ai compris trop tard où elle voulait en venir, lorsqu'elle se mit à gratter à la porte. J'lui ai gueulé « J'ai fermé j'suis pudique ! J'aime pas être avec quelqu'un dans une salle de bains tu comprends ? ». Je fus gêné, peur de lui paraître encore bizarre.

Bref je me suis dépêché, j'ai foutu de l'eau partout, une véritable inondation, ce qui me mit mal à l'aise lorsque je dus lui dire, « Excuse moi je suis un véritable hippopotame, dans les bains j'adore faire gicler l'eau partout ! » Elle m'attira contre elle sur le lit dans un « c'est pas grave...», et puis nous avons baisé.

J'ai pensé encore à Vérol ce soir là, au moment fatidique, pour me ralentir...

 

Ça a duré trois mois, après... Nous étions trop pathétiques chacun dans notre style. Mais je l'ai aimé, malgré le mal qu'elle me fit à la fin en pensant pouvoir soulager sa peine, et je suis sûr qu'elle m'aima, j'espère qu'elle se souviendra un peu de moi comme je me souviens d'elle, dans les bons moments comme cette première nuit, malgré le mal que je rendis au sien à la fin, toujours à la puissance dix, comme à mon habitude.

 

Je sais pas comment conclurai Vérol, ni quelles saloperies il trouverait à dire. Mais quoiqu'il dise ce ne serait que du bluff, de la posture. Parce que si je me trouvai face à lui, je lui demanderai de m'expliquer ses mots que je ne comprends pas, et au bout d'un moment, il me raconterai une histoire, en spécifiant bien qu'il ne s'agit pas de lui, il me raconterait une histoire parlant d'un homme et d'une femme qui se sont aimé, un truc qui résonnerai intime, aussi triste et pathétique que ce que j'écris.

Parce qu'au final nous en sommes tous là, écrivains ou pas, nous avons tous besoins des mêmes choses, et ce n'est pas d'art, ni de pensées ou d'idéologies.

Nous avons besoin d'un toit, et puis de quelqu'un a aimer.

 

Ça s'arrête ici.

BKz

Publié par hirsute à 19:35:44 dans BKz | Commentaires (0) |

OFFICIELLEMENT, l'ESPERANCE DE VIE augmentait en Europe | 13 juillet 2011

Le cimetière était clandestin mais les autorités fermaient les yeux. Nous pouvions mettre là tous nos détritus, ménagers ou humains, pour le plus grand plaisir des charognards. Nous nous étions « tiers-mondisés » façon XXIème siècle.

L’Afrique et d’autres continents du sud avaient fourni le nord en matières premières puis ils prirent du grade, et ils reçurent les usines  et les déchets générés par ceux qui s’étaient bâfrés de leurs matières premières. Ces usines déchiquetèrent les liens sociaux et obligèrent des paysans au salariat pour béqueter. Ces déchets s’entassèrent avec ceux que ces pays - en urbanisation anarchique – produisaient. Bien sûr, l’utopie d’un monde global où tout le monde aurait profité de la croissance « saine », « nécessaire » et « bénéfique » du capitalisme sans frontières ni taxes, avait permis d’appeler le Tiers-Monde autrement. De pays sous-développés, certains acquirent le titre ronflant de pays émergents. Bien sûr, cette vaste connerie avait été créée de toutes pièces comme on écrit une fable idiote pour les enfants… L’espoir amplifié et la connexion généralisée des classes moyennes anciennes ou émergeantes faisaient vendre et permettaient de mettre les armées, les banques centrales et les infrastructures des états au service des Entreprises-Monde. Une planète entière se transformait en usine géante et en supermarché terrestre… Peu importait qu’en réalité, la famine et la mort par suicide, homicide et maladies « neuves » (cancers, intoxications non-officielles aux fongicides, pesticides, mercure, plomb, farines animales, conservateurs, colorants, …) augmentait de façon exponentielle…

OFFICIELLEMENT, l’ESPERANCE DE VIE augmentait en Europe… Alors tout allait si bien…

La devise des pontes était bien sûr de dire qu’il valait mieux sauver et faire vivre correctement 20 – 30% des êtres humains plutôt que pas du tout… La fuite en avant par l’absurde…

Tout ça était connu de tous. Certains affirmaient que ça irait mieux, que l’Homme se sortait toujours d’affaire. D’autres zyeutaient tout ça en noir, façon Apocalypse revue et corrigée par les nouvelles religions chrétiennes et par les franges grandissantes d’utopistes énervés plutôt d’extrême-gauche, façon moderne, avec modem, portable, cagoule fabriquée en Chine, Livret A pour les plus riches, et revenus minimums légaux versés par le Grand Ennemi, « l’état capitaliste »… Je me rappelle tout ça, tout ça vola en éclats, je me rappelle tout ça, c’est tout ça qui vola en éclats… Le mot « crise » servait à niquer tout ce qui n’était pas marchand, pas rentable (en apparence), c'est-à-dire tout ce qui touchait ceux qui prenaient le système comme des coups de trique permanents… Les riches étaient des cannibales, les classes moyennes étaient constituées de lâches, de névrosés et de petits égos… Les classes pauvres étaient faites d’envieux, d’acariâtres, de frustrés et de paumés…

Que des gens biens, les Etres Humains…

La véritable globalisation fut l’extension de la Grande Poubelle…

Les chefs restèrent un instant devant le talus dégueulasse du moribond sur lequel Kevin, le plus jeune de l’immeuble (15 ans tout au plus), avait déposé une croix ridicule faite de deux lattes de sommier de lit, sur laquelle était simplement écrit : Daniel Garches, Mort Ici. Mon cul était en feu, … nos boyaux gargouillaient d’intox et de faim… Finalement, notre petite armée de désœuvrés pathétiques faisait triste mine sous ce cagnard musclé… Cela puait, entre matières organiques en décomposition, tas de merde imprégnée de pisse et de sang, rejetés par seaux, et hydrocarbures divers, nous étions secoués par des haut-le-cœur à peine contrôlés. Aucun des boss n’osa bouger le premier. L’aumônier frottait ses mains moites sur sa soutane cousue main tout en restant droit comme un I. Nous toussions, raclions de gène nos gorges asséchées. Putain qu’on s’en battait de ce traître…

Aux fenêtres et balcons sans vitres ni barrières de l’immeuble, tous les bonhommes regardaient la scène. Nous sentions sur nos nuques, leurs regards moqueurs, leurs mépris, leur dégoût… J’étais encore un peu le con que j’avais été. Opportuniste, j’orbitais autour des chefs pour m’assurer tranquillité, sécurité et quelques miettes de privilèges…

C’est un flic, un gradé, qui s’approcha et nous demanda de nous disperser. Pour une fois, un uniforme nous soulageait d’un poids et nous libérait d’une besogne honteuse… Notre groupe figé se disloqua soudain sous les huées des plus nerveux, restés dans le bâtiment plutôt que s’afficher à cette mascarade funeste…

J’entrai le dernier dans le hall d’entrée.  Un homme brun aux yeux presque jaunes, au corps miniature, me balança : « T’as pas honte d’aller aux obsèques d’un mec qui avait assez de maille pour sentir l’eau d’toilette ? ». Je le jaugeai une seconde et me jetai sur lui, les deux poings en avant. Le poids léger s’étala de tout son long sur le carrelage… « J’ai honte de rien, mec… Parle-moi encore toi et tu finiras dans les ordures comme ce connard »… il se releva péniblement et pressa de l’index sur la narine qui saignait… Ses lèvres s’entrouvrirent, pour me balancer une vacherie, mais il se ravisa, ramassa une petite sacoche et disparut dans la petite foule de glandeurs qui zonaient toute la journée dans le hall…

 

Extrait de Mon Usine, la suite… Roman en cours d’écriture

 

Andy Vérol

Publié par hirsute à 11:27:07 dans Andy Verol | Commentaires (0) |

La rumba des faux-culs | 12 juillet 2011

Des vies sacrifiées, d’autres, pas.

 

Nous entendions les râles à travers cette porte à la peinture écaillée bleue, depuis des jours, des semaines. Daniel, qui avait agonisé dans cette pièce, n’avait pas été conduit à l’hôpital, par vengeance. « C’est un de ces salauds prêts à tout pour le fric », affirma Kamel, un fidèle du « quartier général ». « Connerie, ces faux-culs veulent juste garder la main sur l’immeuble », balança Bertrand, chuchotant, campé, stature roc, juste derrière moi. « Il faisait ce que tout le monde veut ici : gagner la tune. J’t’en parlerai plus tard ». Exceptionnellement, les flics nous avaient autorisés à sortir sur le terrain vague qui chutait devant notre bâtiment. Plongé dans la lumière du soleil, il n’était qu’un amas de monticules et de crevasses dessinés dans les gravats, les blocs de béton, les cadavres de pneus et les déchets métalliques rouillés sur sa partie la plus élevée. Deux fossoyeurs « volontaires » avaient débarrassé un espace d’une quinzaine de mètres carré entre deux talus de déchets ménagers infestés de mouches et de rats (quelques corbeaux, moineaux et mouettes tortillaient, becs à pic dans les sacs et cartons éventrés).

Nous étions peu à assister aux obsèques du scélérat. Les boss de l’immeuble étaient bien sûr présents, comme dans les plus grandes mafias, où les assassins venaient jouer la rumba des faux-culs, crevant une larme en public, tout en déglutissant leur plaisir de voir disparaître le parasite. Quelques sans-grades, tels que Brahim, Bertrand, Camille, Jojo et moi, et puis les badauds, des Marseillais purs souches qui venaient se régaler de la mort d’un de ceux qui leur polluait la vie. Il s’agissait du vingt-deuxième type en transit, enterré ici. La plupart d’entre eux était inhumé un peu plus bas, là où la pente se faisait plus douce et moins polluée par nos rejets quotidiens. Généralement ceux-là avaient été estimés et méritaient des sépultures décorées et visibles aux yeux de tous les passants. Quelques autres avaient été jetés aux ordures - à l’instar de Daniel - parce qu’ils n’avaient pas tout à fait respecté les règles. Bertrand n’avait pas à m’expliquer la raison pour laquelle le renégat était ainsi balancé dans la pourriture. Je l’avais croisé assez peu depuis mon arrivée. L’homme était déjà extrêmement maigre, rongé par un cancer qu’il ne traitait qu’à coup d’aspirine, de défonces à l’alcool et au shit. Il ne mesurait pas moins d’un mètre quatre-vingt dix et affichait un visage dur, une mâchoire de molosse, une barbe auburn disparate et des yeux minuscules, tous ronds, tout bleus, qui faisaient penser à des trous de balles… Comme la plupart des résidents, il ne se changeait que très rarement. Son jean délavé était troué sous une fesse et déchiré aux genoux. Ses poches étaient pleines de pièces, de mouchoirs, de stylos et des ruines de papiers d’identité… Son tee-shirt était d’un blanc crade d’où jaillissaient des bras maigres veineux aux muscles entremêlés comme des tuyaux sous pression… Ses godasses, des espadrilles dépouillées, semblaient résister à l’éclatement depuis des années. Les extrémités de celles-ci avaient la forme de ses orteils… Et puis les poils aux chevilles, au torse, sur la nuque…

Nous ne le voyions que rarement. Jamais il ne participait à la vie de la « communauté », prenant soin de rester calfeutré toute la journée dans un ancien bureau aux vitres éclatées et au balcon de béton nu sans balustrade. J’étais entré, un matin, afin de prendre son sac de draps. Il payait cher pour que son linge soit nettoyé par notre blanchisserie installée au premier étage. « Tiens les draps et les chaussettes sont dans l’sac là, le vert avec marqué Auchan dessus». Il sirotait un café en fumant un joint, vautré dans un fauteuil de cuir bleu. La radio murmurait un tube des années 80 dont le refrain tourna en boucle dans ma tête pour le restant de la journée.

« Tu fous quoi là ? Pourquoi tu m’mates ?

-          Rien rien… L’a l’air bon ton matos.

-          Ouais, c’est d’l’afghan… ça vaut la peau d’la bite.

-          Tu m’étonnes.

-          Y’a que celui-là qui m’soulage.

-          Soulage de quoi ?

-          Qu’est’ça peut t’foutre ? »

J’attrapai son sac et déguerpis sans broncher.

Daniel. Tout le monde disait qu’il était tellement malade qu’il pouvait clamser du jour au lendemain. Ce matin-là, il m’avait paru paisible, serein… En fait, il vivait un court répit dans sa souffrance. Peut-être même était-il de ceux qui résistaient plus que de raison à la douleur. Peu m’importait. J’avais le cul irrité par des diarrhées persistantes, et la besogne consistant à amener le linge de ceux qui étaient solvables, me cassait les nerfs au plus au point… En sortant de chez lui, Ludo, un black en chaise roulante, me balança : « Tu sors de chez l’traitre…

-          Qui ça ? Le Daniel ?

-          Ouais.

-          Pourquoi c’est un traitre ?

-          Il bosse pour la Mairie… Ce connard fait l’hameçon des citoyens honnêtes… »

Je le suivis, afin de m’éloigner plus loin dans le couloir. Ce Ludo n’avait rien à faire ici. Son état physique ne lui donnerait pas de boulot…

« Je suis là parce qu’ici, y’a une ambiance terrible… Et puis j’suis le roi pour faire disparaître un tas de trucs.

-          Ok. Et le Daniel ?

-          Tu sais pas ?

-          Non.

-          Il joue l’hameçon. C’est le mot qu’on utilise quand les autorités veulent dresser les bons français obéissant contre ceux qui luttent pour la survie. Ecoute vieux, j’ai les nerfs avec ça. Ces bâtards provoquent des fausses manifs spontanées, des « mouvements citoyens et démocratiques contre l’insécurité », comme ils disent… Ils font ça un peu partout dans la ville, mais il paraît qu’ils le font partout dans le pays. Avec quelques biffetons et la garantie d’une protection, ils ordonnent à des mecs comme cette enflure de Daniel, de se regrouper dans un endroit, devant un squat, un bidonville ou sur n’importe quelle place, pour demander plus de sécurité. T’as des vrais trous du cul de citoyens là-dedans, qui viennent gratos, ceux-là qui font les caniches devant ceux qui dirigent, la majorité silencieuse, qu’ils disent… Mais t’as la majorité qui est payée pour foutre le dawa et demander un renforcement des contrôles, des arrestations… Les mecs, on leur donne du fric, de la bouffe, et des fringues des fois.

-          Ouais, je connais la technique… ça existe depuis la nuit des temps.

-          Je sais. Mais les mecs, on leur demande de faire l’contraire pour d’autres fausses manifs. Ils vont au rassemblement et ils commencent à faire chier les faux bons citoyens. Des journalistes sont là, et ils les fichent comme casseurs dans les journaux. Après tu vois quoi…

-          Je vois. Nous, ça  change quoi quand il fait ça.

-          T’as encore jamais vu ça, mais la Mairie organise ça aussi devant chez nous. L’année passée, ils sont venus à cinq cents et ils ont cherché la merde. « Dehors les envahisseurs ! » qu’ils hurlaient… Daniel était avec eux. On l’a repéré du toit… Cet enculé.

-          Ah ouais… Pourquoi on l’a pas foutu dehors cette merde ?

-          Il est protégé.

-          Par qui ?

-          Y’a des taupes de la Mairie dans notre direction, mec. Sache-le… »

 

Je balançai le sac sur les autres sacs qui remplissaient mon chariot à linge. Je saluai Ludo et traversai le couloir sombre pour continuer ma collecte…

 

Les chefs étaient en ligne devant la boite dans laquelle gisait le corps de Daniel. Les sans-grades étions groupés derrière, silencieux, frappés par un soleil blanc voilé mais brûlant. José, l’aumônier bénévole de notre monde, bafouilla quelques mièvreries religieuses, avant que les fossoyeurs ne balancent le bougre dans un trou puis le recouvre de gravats, d’ordures et de blocs de boue séchée. Nous scrutions les nuques des chefs. Ils se jaugeaient, cherchant à repérer celui qui vendait ses couilles à la Mairie… Quelques marseillais crièrent : « Dehors ! Foutez l’camp de Marseille ! »…

 

Extrait de Mon Usine, la suite… Roman en cours d’écriture.

 

Andy Vérol

Publié par hirsute à 12:31:46 dans noDino | Commentaires (8) |

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