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Une biographie d'Andy Vérol: Manu Chao, le clandestino, juin 2009, Editions Pylône.Infos ici: http://pylone.wordpress.com/
Une biographie d'Andy Vérol: Noir Désir, le vent les portera, juin 2009, Editions Pylône.Infos ici: http://pylone.wordpress.com/
Nouvelle d'Andy Vérol dans le livre collectif, Le Livre Noir de Ta Mère, Ed. de Ta Mère - 2009. Infos ici: http://detamere.blogspot.com/
Premier roman d'Andy Verol, Les Derniers Cowboys français. Collection Pylône - 2008. Infos ici: http://pylone.wordpress.com/
Une biographie d'Andy Vérol: Un noir désir, Bertrand Cantat, 2008, aux éditions Scali. Périmé.
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28/09/2010 : J'entre dans un gouffre. J'y suis mal. Il n'y a plus que des corn flakes à bouffer. Je déteste ça. A la télé, il y a des clips, ils y a des émissions de société où des crétins viennent raconter leurs trahisons. L'intellect en zonzon, la ruine. Sous la couette, il y a encore l'odeur de sa sueur. Mehdi est parti hier. On s'est engueulés ce soir. Il me disait que la vie était merdique, que tout était pourri. J'étais mal, les mains muettes sur les genoux, les orgasmes derrière et les rides sillons creusées dans le front. La colère me submerge parfois. J'ai bu pour l'amplifier. Mehdi m'a dit au téléphone : «Tu es parfait, mais tu es horrible avec moi. Tu es puant, infect. Tu ne supportes pas la souffrance des autres ». J'étais hors de moi, j'ai balancé une bouteille de pinard par terre et j'ai trainé à poil dans l'appart'. Apparemment mes rires hystéros ont gonflé le voisin : « Ferme ta gueule sale connard ». Bavures relationnelles. J'ai la fâcheuse impression d'être habité par une merde. Fumante. Rampant molle et odorante dans la totalité de mon corps. Ça fait quelques semaines que nous nous sommes retrouvés. Tout allait bien. Je marchais sans chaussettes, mes belles pompes qu'il m'a offertes aux pieds. Il aime le shopping. Je hais ça. J'ai fait l'effort, j'ai ri, je lui ai dit toute l'admiration que j'avais pour lui. Ma queue pue la fiente de son cul encore. Les corps encastrés, les râles de plaisir, le sperme pour finir. Abruti par mes cieux sombres, je rebois depuis peu, en grosse quantité. Nous n'avons rien d'autre à foutre que nous lamenter, se croire plus malheureux que toute l'Humanité. Cette phrase aussi est conne. Gonzalo m'a fait des rimes, Mehdi n'a pas aimé : « Vas avec lui puisqu'il te plait ». Pas compris cette phrase. L'autre, c'est le cheveu sur la soupe de ce qu'on pense profondément. Cette phrase là est tout aussi conne. Qui jouit dans un trou, récolte les divines névroses de l'autre. On dose, on surdose, on overdose... Cette phrase connasse a jailli là. Tu as des gens écrasés par des immeubles, d'autres qui ne bouffent rien, certains qui s'entretuent, qui croupissent dans des favelas, des bidonvilles, des gens qui se tuent à trier des déchets pour un dollar par jour, mais nous, on se tape dessus parce qu'on « n'est pas bien », qu'on ne sait pas où on va, qu'on flippe d'un entretien d'embauche, d'une facture de téléphone ou de choper un cancer ou finir seul. C'est beau un Occidental qui vit, ça fonctionne comme une Ferrari, une fusée bourrée de technologies de pointe avec des pilotes de merde...
Andy Vérol
Publié par hirsute à 14:27:48 dans Andy Verol | Commentaires (2) | Permaliens
J'ai l'tendu qui ronfle, la rampe qui salute, les han qui font hue, la glauque qui racle la gorge, les petits doigts qui font mouille, les enfers qui cherchent la crasse et le non qui fait oui, le oui qui fait peut-être... le fantôme qui jouit dans l'os d'la jambe, les rimes riches, les râles reluisants, les soirées disco, les partouzes baises bite en berne, la frontière suisse-france trop lointaine, les spots dans la gueule, les kystes qui se soulèvent, ahhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh les kystes dans les guiboles, les bras, les douleurs, les heures les jours d'attente, le monde qui tourne comme une sorbetière, les gens qui votent, qui se vautrent, qui se contentent de manger l'volant sur l'autoroute du soleil, les baillements, les factures, les nuits romantiques a Argelès, les lèvres gercées par des pelles inexpertes, les vents, les gougouttes a tata dans les doigts, la hue, les fuck la société, les risettes aux collègues, les pisser a côté d'la cuvette, les nuits films de cul VHS des années quatre-vingt dix, les branlettes sur les prods Rawkus, les mecs qui piquent les cacahuètes dans l'placard du studio, la moquette grise et leurs regards de connards sortis de zonzon , la bête, la chose, les chieurs, la peur, les voitures qui passent dans la rue vis-a-vis, viande, vie de vulves absentes, a la télé on regarde le magnétoscope, rime, reins défaillants, a l'ombre, les couchers de soleil en plein jour, éclipse de verge, gens violents, changement d'appartement, a la télé la misère, dans les manifs mise sur pied du complot des méchants chef contre les gentils "je subis", la violence, la flicaille, la carte d'électeur, le sélecteur de chaine, la télécommande, les amendes... ses doigts fuck, la rampe qui salute, les han qui font hue, la glauque qui racle la gorge... les petits doigts qu'on mouille...
Andy Vérol
Publié par hirsute à 22:41:46 dans Andy Verol | Commentaires (1) | Permaliens
Dédain. Dunes s'étendent devant nous. Au fond sur la ligne d'horizon tirée, droite, comme une corde à linge, cet immeuble étrange frappé d'orange, canardé de carreaux, semble simplement posé, là. Polo me sourit. Il y a une fiente d'espoir dans le creux de son iris. Polo poubelle, Polo criminel, Polo humaniste, comique, gredin, gros con, compagnon de cette fuite infinie qui nous mène nulle part. « On va voir ce que c'est ?
- On n'a plus vraiment le choix. On a traversé les montagnes, on a chié sans se laver le cul depuis trois semaines, on a les ongles immenses, les poils, les cheveux partout. Polo, on est mort si l'on y va pas.
- J'ai l'impression d'être dans un rêve...
- Moi aussi.
- J'ai l'impression qu'on n'a jamais vécu tous ces cauchemars... »
Le ciel est noir/nuit/orage derrière nous. Les crêtes et les pointes des montagnes tranchent la voûte céleste. Le ciel est orange/vert/bonheur, devant nous. Le chemin étroit, plein de pierres d'éboulis, descend en zigzague, à travers les buissons de ronces, jusqu'au bas de la montagne... d'où nait une surface plane gigantesque... blanche, cramant les yeux avec les reflets. Un peu comme s'il n'y avait plus de sol, mais une étendue de vapeur réfléchissante... Et tout au bout, cet immeuble en miroir, uppercut des yeux nous contraignant à baisser les paupières.
« Tu crois qu'on va mettre combien de temps pour rejoindre ce paradis-là ?
- J'en sais rien Polo... J'ai l'impression que c'est tout proche, près de nous, et pourtant j'ai la sensation que c'est à l'autre bout du monde... On n'a plus de bouffe, plus d'eau... Nos fringues sont déchiquetées... J'ai comme l'impression que tout ça, devant, c'est la version « paysage » de Léonel...
C'est beau comme un rêve de citoyen mièvre du début de ce siècle. Nous sommes tellement démontés, accablés, zombifiés...
Extrait du roman fleuve en cours d'écriture: Mon Usine, la suite...
Andy Vérol
Publié par hirsute à 17:11:36 dans Andy Verol | Commentaires (3) | Permaliens
« Doom, elle fait la pierre qui tombe... Avec ma voix sensuelle... Je suis ta petite sirène, mon chant t'attire, tu vas faire « doom » avec moi... »
Elle se peint les ongles de pieds en rouge. Ses doigts fins pincent délicatement le pinceau. Sa gestuelle est précise. Du haut de ses seize ans, elle sait y faire. Experte du maquillage, reine des caresses, princesse de l'amour presque non tarifé, offerte aux plus affamés. Sa mère entre dans sa chambre. Une grosse femme aux grosses veines dans le cou.
« Tu vas pas à l'école aujourd'hui ?
Ca fait doom. L'autre sort de la salle de bain. Vigile trentenaire. Boîte de nouilles, night-club-voiturier. Il s'allonge à côté d'elle. Ses muscles en imposent, laissent entendre qu'il a une pratique irréprochable du coup de reins sauvage. Sa peau noire brille un peu sous la lumière. L'eau de douche stagne encore sur ses pores. C'est pull bleu sous le cul et queue molle sur la couette, qu'il passe sa main sur le dos blanc-lisse de la marmot sensuelle. Elle en frissonne un peu, les sens neufs de femme naissante en éveil.
« Je vais aller bosser ma biche.
Elle aimerait encore, mais le temps passe, et le vernis ne sera jamais sec à temps. Elle tousse comme un vieux fumeur. Sa chambre est en vrac. Chaussures, sacs, fringues s'étalent un peu partout. Ça sent les eaux de toilette premiers prix, la vieille chaussette et l'acide corporel de son amant la, celui-là, la version cette nuit-là, l'amant gentil après, méchant pendant. Elle a mal au sexe, brûlures et courbatures au niveau des cuisses, le bas du dos. L'amant lime trop, se soucie peu de son plaisir. Son plaisir est là, l'abandon aux coïts voraces. Ça ne remplacera pas papa, ca ne changera pas la vie, Ça ne la rendra pas plus jolie qu'elle n'est déjà. Jouir, une fois sur dix, regarder l'homme s'échiner sur elle de la même manière qu'elle admire un nouveau paysage.
Stagiaire payée au lance-pierre, elle bossera dans la boutique Etam du centre commercial. Sa patronne, une blondasse à la lisière de la beauferie frontiste, lui gueulera encore dessus, toute la journée : « Tu ne travailles pas bien ! Les clients ont besoin de vraies conseillères ! Pas de petites connes qui ne connaissent que les looks Manga et l'esthétique de chaudasse ! Nos clientes ont passé ce cap, elles n'ont plus la chatte en feu comme toi ! Elles ont des gosses, du respect pour leur corps, et elles ont bon goût... »
Elle acquiescera, ne sourira pas pour ne pas en rajouter. Elle ravalera la révolte qui se terre dans son ventre. Elle fait souvent des crises de nerf à la maison. La haine la submerge. Connaissant son potentiel sexuel extraordinaire, elle n'en mesure pas encore toute la portée. Elle casse tout en gueulant : « Doom, elle fait la pierre quand elle tombe. »
Sa mère est une ancienne pute, qui travaille maintenant à la mairie. Elle exècre les rapports sexuels et se tient à bonne distance des mâles, malgré de beaux restes. Elle est la seule à pouvoir soulager la fureur de sa fille. La prend dans ses bras, fort, et la réconforte : « Tu n'es qu'une abeille encore. Les abeilles meurent si elles piquent. Avec l'âge, tu deviendras une guêpe, comme ta conne de patronne. A chaque piqûre, tu feras mal, mais tu en ressortiras renforcée. J'ai pas hâte que tu deviennes comme toutes ces mégères.
On n'éduque pas ses gosses avec des mensonges. « On peut élever comme des porcs ». Elle conçoit l'éducation comme ça. Inutile de raconter qu'il est beau de se faire engrosser par un homme avec qui on croupira à vie. « A un moment, très vite, il deviendra très con, égoïste. Il mimera parfois l'amour et tu le croiras. Mais dans ton dos, il ira caler sa bite dans une pute... »
Se détendre l'une contre l'autre, le goulot de la sensibilité plaqué contre la cyprine mentale maternelle. Natacha n'a d'yeux que pour l'esprit mammaire, la rassurante graisse de sa génitrice. Six heures du matin, les draps mélangés sentent leurs câlins, la lassitude des tissus de leurs culottes, leurs seins pressés les uns contre les autres.
« Tu crois pas que ca existe un mec bien, romantique, pas un chiasseux de macho ?
Il prit cet air un peu déçu, un peu con que les marmots pleins d'hormones ont lorsqu'on leur annonce que la mort existe... La vexation coincée dans la gorge, une boule de papier compacte, les dernières heures d'innocence avant la galère. Elle prit le chemin de la salle de bain pour laver son sexe. Sam en a décidé ainsi : « Ce soir on taffe. »
La radio gueule, les papiers-peints sont à changer, les draps aussi. Dehors la pénombre banlieue inonde la place entre les immeubles. Une femme gueule sur ses gosses, à l'étage du dessus. Un mec donne des coups de pieds dans le mur en hurlant : « Les racailles putain ! J'les bute moi les racailles ! ».
Sam n'entre qu'à vingt-trois heures. Il sent la bière et la cigarette. Son regard est noir, nickel, est noir son regard, les mots égarés dans une ivresse épongée par quelques hamburgers goût carton. Type tue le temps. Trempe la trique, crame les sens. Baisse le futal et fait mine de vouloir la frapper : « T'as encore rien glandé aujourd'hui, hum ». Il branche le matériel après lui avoir balancé une paire de bas : « Tu f'ras lolita ». Elle les enfile, traversée de frissons de trouille et d'excitation. « Ce soir, on chope le bon, le taré, celui qui paie ». Il installe la webcam, tape les codes d'accès. « Tu veux quoi mec ? ». C'est lui qui t'chate. Elle fait la gueule dans un coin du lit, faisant mine de lire un Voici. « On te fait tout mec, avec ma lolo, on te fait sortir le jus en cinq minutes, mais faudra que tu paies ».
L'autre répond, direct :
« J'veux un nègre qui baise une gamine.
Il faut être chaud pour ce genre de scénario. Il tend un joint à Natacha : « ca te donnera de l'entrain. J'aime bien c'qu'il veut le beauf, alors on va lui donner le max. »
Elle écarte les cuisses largement. Prête. Avec l'index et le majeur, s'étale la crème lubrifiante : « Putain j'ai pas envie de ca, c'est dégueulasse.
L'image d'un homme de cinquante ans apparaît sur l'écran de l'ordinateur. Il a le visage rouge, un torse étroit couvert de poils poivre et sel. Suant, pas saillant, sinistre. Sa grosse langue passe sur ses lèvres pincées. Regard lubrique, branque à la con, homme « honnête », citoyen conscient, donneur de leçons.
Sam sort sa queue de son CK, attrape brutalement Natacha par la nuque et porte sa bouche sur son gland... La suite sent le sexe, la queue semi-molle du vioque secouée frénétiquement, l'amant rustre simulant l'esclave assoiffé de baise... Elle se débat, en rajoute, mime la douleur, repousse la brute et chuchote : « Je tuerai tous ces vieux porcs... ». Gifles, coups, elle le motive, son corps larve frêle défoncée... Elle pense : « ma tête fait doom sur la tête de lit, mon nez va faire doom, péter mon nez... » Casser ses nerfs, le vieux ne vient pas, ne jouit pas, fait durer le plaisir. « L'en veut pour son fric han ! Oui mon fric, vas-y le nègre ! La petite salope ! »
On frappe à la porte... Natacha remarque le vieux qui sursaute comme si l'on entrait chez lui.
« C'est maman, laisse-moi entrer ! Je sais c'que vous faites ! »
En catastrophe, Sam sort son vit du cul de Natacha... « Quoi belle maman ? »
Cette nouvelle est naze, mal écrite, genre trop écrivain qui veut faire le buzz avec des trucs de cul, un sous Bukowski avec le style en moins. L'écriture, c'est ça, cher lecteur, travailler sans fin, pondre dix textes pour un seul qui fonctionne à peu près, passer ses nuits, ses jours à façonner des mondes, des histoires, des discours, des personnages... Donner du sens, du rythme, chercher les incidences de telle ou telle phrase, fomenter un complot contre le lecteur, l'entrainer sur des chemins qu'il n'oserait pas emprunter. Ecrire sans pudeur, sans limites, ne se fixer aucune barrière. Jusque-là, rien d'extraordinaire... Les questions trop souvent posées sont : « Mais où trouves-tu l'inspiration ? ». On ne la trouve pas l'inspiration, parce qu'on ne la cherche pas... Un morceau de musique peut provoquer un roman, un rêve, ou même le vide que l'on ressent, la colère, les déceptions. Le tout est de travailler, ne pas penser au mot absurde sans cesse employé, « le talent ». L'essentiel est de chier les conventions dans lesquelles nous sommes tous prisonniers. « Si je dis ça, ben c'est pas bien, si je raconte ça, ben ça va choquer »... Il faut vivre avec ses valeurs, mais il faut écrire contre ses valeurs, contre ses convictions, son éducation, ses peurs, sa religion, son idéologie, son « politiquement correct ». Chercher à raconter ses espoirs est vain. L'écriture n'est pas le beau en ce sens qu'on n'y déverse pas les mièvreries contemporaines sur ce qui est doux au regard, et laid pour l'esprit. Les thèmes sont toujours les mêmes : la mort, l'amour, la haine, la vie, la trahison, la violence, la déchéance, le pouvoir, l'argent, etc. Lorsque je lis tous ces mails de lecteurs acariâtres qui m'envoient des « tu cherches à choquer », je me demande qui, d'eux ou de moi, est le plus con.
Je prends le risque, depuis des années, de diffuser tous mes écrits, les dix textes dont un seul est valable. La plupart des écrivains procède autrement, privilégiant la parution de ce qu'ils font de « meilleur », camouflant de façon éhontée tous les rushs pourris sur lesquels ils ont passés quatre-vingt dix pourcents de leur pitoyable temps. J'ai fait donc le choix de mettre tout en ligne, quitte à me discréditer auprès des « professionnels de la profession », qui jugent non pas de l'ensemble du boulot, mais de ce qui est bon, ce qu'ils considèrent comme bon. Mais je me contrefous de ceux-là, je n'ai rien à leur rendre, je peux aussi les vomir car leur jugement ne vaut pas plus que le mien, que celui de Malik m'ordonnant dans une forêt de pins, de lui caresser la bite, que celui de Samantha, pauvre lycéenne militante, arborant un tee-shirt moulant Le Che, et trouvant ca « dégueulasse que les hommes soient mieux payés que les femmes », que Patrice, militant du FN, célibataire, voyant les immigrés comme des envahisseurs plus puissants et dangereux que la Wehrmacht du Adolf H., que Julie, ne comprenant pas la violence et se demandant pourquoi les Hommes sont tous aussi méchants, que Kamel, professeur des collèges, enseignant le français, avançant qu'en matière d'écriture, tout a déjà été écrit par le passé, que Jean-Luc, capitaine de police, estimant que les flics sont en insécurité dans certains quartiers et murmurant qu'une bonne charge de tank dans ces zones ne ferait pas de mal, que Ludivine, mère de famille, trouvant qu'on vit de plus en plus en insécurité, qu'elle n'aimerait pas voir les événements de banlieue se dérouler dans son village, ...
Au regard de tout ca, il va sans dire que je ne diffuse pas mes textes, tous, y compris les plus affreux, pour me faire « aimer », devenir l'écrivain adulé de tous, ou pire, rentrer au Panthéon de ceux qui sont enseignés à l'école de la République. La diffusion a été facilitée par Internet. Auparavant, ma bande de Hirsutes (ex-pseudo collectif que j'ai animé des années en arrière, et qui a fait chier un paquet de monde avec ses écrits) et moi, créions des fanzines papier, à diffusion pénible, cartons sous le bras, allant de boutique en boutique pour les mettre en dépôt vente. On pensait déjà que l'écriture était une arme, et non un loisir, qu'elle était le meilleur moyen, à long terme de kick boxer les hallucinantes certitudes d'une Humanité bercée par le court terme.
On peut s'attaquer a tout pourvu que cela éveille un peu l'esprit du lecteur. Aujourd'hui, nous vivons l'ère de l'enfant aimé, du « faire des enfants pour les dorloter ». Certains appellent ca « l'enfant-roi », d'autres diront « se sacrifier pour ses gosses ». Mais cette manière de pensée est venue d'un fonctionnement de l'Etat qui s'était mis « en tête » d'éduquer, les enfants, les formater pour en faire de bons républicains, des démocrates bons teints. L'argent, le confort, sont venus se « foutre » par-dessus, et il est devenu honteux pour les nobles bourges de se marier avec des fillettes de huit ans, pour des bouseux, de mettre leurs marmots au travail des champs. On peut dire : « tant mieux ! ». Certes, après des siècles de vie a la dure, d'utilisation de la progéniture pour mettre du beurre dans les épinards ou pour réunir deux royaumes avec un mariage forcé, cette manière d'appréhender l'enfant a provoqué des calamités humaines tout aussi navrantes que celles qui se sont éteintes a force de lutte. Au nom des enfants, on est en passe de faire du « sentiment d'insécurité », la première source de radicalisation des esprits, une sorte de néofascisme fabriqué par des gens « honnêtes », loin des froufrous provocateurs des chemises brunes. Au nom des enfants, de leur bien-être, et de la nécessité qu'ils ne sortent pas des clous, on bâtit un monde hygiéniste, paranoïaque, écolo-hyper-consumériste... Les enfants s'appellent « les générations futures », et en cinquante ans, on est passé du « pas de pédophiles » a « ils sont partout ». On surprotège les petits au point d'adhérer aux pires discours, et particulièrement celui servi par tous les bords politiques : lutter contre l'insécurité. L'amour, et particulièrement les rapports intimes sont discutés dans les assemblées, des lois décident de ce qui est bon, mauvais, affirment certaines pratiques comme malsaines. Soit. Le citoyen d'aujourd'hui, ressemble tellement au citoyen allemand des années trente, ou du citoyen franchouille du dix-neuvième siècle. L'aumône est devenue la solidarité, la discipline est devenue l'éducation, les boucs émissaires ont changé de noms, les méchants ont une nouvelle tronche.
Ecrire donc, et faire de cet état de fait, un chant de bataille littéraire, où des personnages, des théories, un style, un rythme déglingueraient ces certitudes, cet « inconscient » collectif étouffant qui galvaude le mot liberté, en n'en faisant qu'un terme générique servi a toutes les sauces. Les extrêmes, la radicalité sont les méchancetés de chaque époque. Avant la Révolution française, la démocratie était un concept démoniaque qui mènerait aux ténèbres. Aujourd'hui, préconiser la destruction de ce monde faussement libre par le sang, est considéré comme une idée diabolique, affreuse, dangereuse... On lutte contre l'écriture que l'on nomme « choquante » parce qu'elle met au jour l'abrutissement « moutonnier » des masses. On lutte contre la littérature non-formatée par des éditeurs vénaux servant la soupe aux citoyens de la République, généralement des brebis galeuses, suivistes, serviles, tout autant que les péquenots des années vingt, que les bouseux de quatorze courant, la fleur au fusil, vers un massacre décidé par des élites crevardes.
Mes armes sont l'écriture, quand d'autres usent de la communication, de kalachnikov, de bombes, de drones, d'ogives nucléaires ou d'un petit pouvoir de chef de rayon en supermarché... Les écrivains comme Levi, Musso sont des répliques navrantes des faiseurs de soupes des décennies, des siècles précédents. La Bible, le Coran sont des livres imbuvables mais symptomatiques des pratiques humaines. Tout y est : les contractions, les horreurs, les mensonges, les manipulations, les gentils, les méchants, les repentis et les insoumis. En ce sens, ils restent contemporains, éternels, et le resteront. Alors a quoi bon être Vérol, écrivain éphémère, emporté dans les années a venir par la mort, comme tout a chacun ? Seulement pour écrire, laisser jaillir un monde, le mien, avec ses contradictions, ses médiocrités, son immaturité et ses prétentions. Laisser jaillir sans se soucier de la portée, des incidences, et ne surtout pas souhaiter développer une œuvre posthume souhaitée par nombre d'écrivant. Mon rôle est de produire, et de laisser aller, sans me fixer de limites, en vivant-crevant-renaissant-re-crevant-gerbant jusqu'à la fin de mon temps. Des milliers d'autres écrivent de cette manière. Et c'est ce qu'il faut faire. Diffuser ce qu'on écrit de pire, et le soumettre a la vindicte, c'est remettre son ego a sa place, s'en prendre une, deux, trois, cent bonnes dans la gueule, tester son niveau de résistance, de convictions, de capacité à produire sa chiotte envers et contre les menaces, les critiques, les coups de poing, les bannissements, les humiliations. La pratique de l'écriture telle que je la conçois, est aussi intense que la pratique d'un sport de haut niveau ou d'un stage commando. Risquer sa vie, pas seulement dans sa chair - se prendre une lame ou une bastos - mais se perdre psychiquement au point d'en devenir fou... Artaud en était la, je ne me compare pas a lui. Cioran en était la, je ne lui arrive pas a la cheville. Céline en était la, je suis écrasé sous la plante de ses pieds. Ils ne sont pas des influences, mais des moteurs, des points d'ancrage pour continuer.
Ecrire, c'est se perdre dans les méandres de son cerveau potentiellement ou effectivement malade, c'est aussi se retrouver, marquer des repères, retracer les lignes qu'on a dessinées pour nous depuis la naissance. Et sinon tu veux de la confiture sur ta tartine ? J'ai que des Kro a te proposer, j'ai terminé le Pastis, hier soir, oh putain la gueule de bois !
Andy Vérol
Publié par hirsute à 16:08:02 dans Andy Verol | Commentaires (2) | Permaliens
Les Aiguilles, Hautes-Alpes, 21 septembre 2010, (Dans une heure, je suis en partance pour remettre le monde à l' endroit, j'emmerde la concordance des temps),
Pas évident de faire le choix d'entrer dans son enveloppe de vivant-mort dans un lieu aussi beau qu'ici. Les montagnes sont immenses, aussi imposantes qu'une ligne de basse flanquée dans les oreilles pour des siècles acouphènes... Le désert s'étale plus bas, la rocaille. J'ai couru comme un damné sur ce chemin de rando boueux, dénué de présence humaine. Je n'avais pas l'impression que le monde m'appartenait, mais bien que j'étais sa pute. J'avais donné ma vie pour la société humaine, au point de me trancher deux doigts, et me broyer les couilles avec une masse. Coup sec, coup chiadé dans l'sexe, précis, violent. Si je n'avais pas eu ces appareils génitaux pendants, hyper actifs, j'aurais évité de vivre, reclus dans une bedaine purement utilitaire : manger, chier, croire en dieu, adorer le JT, flipper de la mort... Je ne parlerai plus de l'amour puisqu'il est conditionné par l'autre, par des règles, des lois, des contraintes et des obligations. Il ne sert qu'à se priver de liberté, il est le faciès attirant de la vie... Aimer, être aimé, avoir les moyens de le vivre dans les conditions fixées par avance.
En m'asseyant sur le rocher, j'ai téléphoné. J'ai senti sa voix distante et gênée. « Puisqu'il faut que tous les paramètres soient réunis pour que notre relation se vive pleinement, que ces paramètres ne sont pas tous présents, j'en déduis que nous devons arrêter, n'est-ce pas ? »
Je voyais une relation passionnelle comme l'ultime moyen de déguerpir de la vie, tout en laissant le droit aux organes internes de vivre, de servir les mouvements doux d'un corps convié a vieillir et a disparaître. J'avais eu a choisir : courir la mort et me suicider, ou vivre l'osmose rare avec un être que je ne classerais pas dans la mare piteuse dans laquelle j'avais jeté l'humain.
La cicatrisation avait été douloureuse. Le cerveau sécrète de l'endorphine et shoote l'esprit. Il essaie de faire du bien : « Ne souffres pas, je m'occupe du reste ».
Même si ma libido avait été réduite à zéro, je ne m'étais pas résolu à aimer dieu, pour compenser le désir perdu. Finalement, j'avais la confirmation qu'il fallait bander ou mouiller pour produire de la foi, tout comme générer de l'amour, du désir, de l'amitié, de la reconnaissance pour ses parents... ses enfants, ses proches. Comme l'envie physique de pénétrer l'autre était vautrée dans les oubliettes, je n'avais plus une sainte horreur des Hommes. J'étais devenu un non-être. Tout était insipide, inexistant, y compris la douleur.
Je détestais la montagne. Je la savais belle, mais je ne la voyais pas belle. Lorsque j'eus raccroché, j'ai ressenti ce que je ressentais toujours quand je vivais une relation gigantesque : j'entrais dans l'autre, et soudain, je vivais ses émotions, ses pensées. Je devenais cet autre, de façon floue, lointaine, mais omniprésente.
Dans quelques jours, j'allais rentrer chez moi, reprendre mon poste dans la sorte de guérite de la gare de Lyon. Les voitures défileraient toute la journée. Certains abrutis, des citoyens zombies, viendraient se plaindre, demander de l'aide « parce que je comprends pas, la barrière ne se soulève pas. »
J'aurai envie de certaines de ces clientes paniquées, sans pouvoir ressentir l'envie de les baiser. La seule frustration profonde, après ma castration.
Elle était apparue tel un fantôme : « prends moi dans tes bras, arrache moi le cœur, sauve moi, met moi en vrac jusqu'à la mort... Tu seras un jour mon chien, un autre, je serai ta chienne. »
J'ai pris de nouveau le portable : « Excuse-moi, je suis tendu, je me suis explosé les couilles depuis la dernière fois où on s'est vus.
- Mais pourquoi tu as fait ca ?
- Pour notre bien.
- Tu es taré !!!!
- Je suis taré de toi, j'ai obéi aux injonctions, j'ai coupé court aux flots de sang sexuel... J'ai réglé ce problème...
- A quoi ca te sert merde ?!
- Pour te prouver mon amour, te montrer que je n'en avais pas qu'a ton cul, a ta féminité et tout le fourbi qui va avec cette chiotte.
- Je t'ai jamais demandé de faire ca !
- D'une certaine manière si.
- Mais quand ?
- Tu m'as dit, le jour où tu me quittais, que tu ne savais pas si je t'aimerais pour l'éternité, que tant que tu serais belle et jeune, je te voudrais, mais qu'ensuite...
- Il fallait juste me dire que tu m'aimerais toujours !
- Je te l'ai dit quinze fois... Tu étais ma rose pleine de pics, ma louve sensuelle, je ne voulais pas te perdre... Comprends-moi, tu me demandais sans cesse si je t'aimais, tu réclamais des preuves de mon amour. J'ai tout quitté pour toi, mon taf, ma vie d'avant, mes cadavres intérieurs et mes amis de carton... et tu as fini par me quitter... parce que j'étais trop envahissant, trop sexuel, trop présent...
- Je t'aimais, mais j'avais aussi envie d'avoir de l'espace pour moi !
- Tu m'aimais, tu ne m'aimes plus.
- On en a parlé Léonel, on en a parlé cent fois... Je n'ai pas perdu ta présence dans mon cœur, mais le temps a passé.
- Il a passé pour toi... pour moi, il s'est arrêté... »
Le temps pour voir, le temps pour croupir dans l'indécision, le temps pour fabriquer des liens avec la salive épaisse de l'angoisse... La montagne semble plier sur moi, mettre de grands bras massifs autour de ma bidoche... Viandard des sentiments, écrivain de lose, shit foireux par le cul, la cantine des mouches... La fraîcheur est apaisante, sa voix a disparu du téléphone.
J'ai raccroché.
Je donnerais dix ans de ma vie pour qu'on me rende mes couilles... Plus de douleurs, plus de libido, pas une seconde pour construire des châteaux de sang pour épater les femmes fumistes qui fistèrent ma vie a répétition. « Casse la glace noire »... Le morceau chie dans mon crâne, sa mélodie funèbre. On a le droit de diviniser la merde, les chiottes publiques, l'encens de mauvaise qualité, et mes pieds pleins d'ampoules puent, posés sur les baskets... Quel était son prénom ? Quel état psychique l'a autorisée à défoncer ma vie. Des caves d'oiseaux fiottes, des pédés s'enculent, des couples se séparent, des « Darfour » rêvent de petits fours... « Casse la glace noire »... Mes yeux sont congestionnés. Je ne sais plus son prénom, me rappelle simplement son regard de louve envoûtante... « Un ange est un sadique, mon corps est drôle, mes graines de couilles jetées dans un sac a l'hosto... »
Je rappelle : « Désolé d'avoir raccroché »
Elle pleure.
« Je n'aurais pas du ?
- Non taré ! Tu n'aurais jamais du !
- Tu n'aurais pas du minimiser tes actes avec moi. J'ai fait ce qu'il fallait faire. Je ne me rappelle plus ton visage, je ne sais même plus ce qu'on a pu vivre de si beau pour que je crève a ce point... Tu as dansé la salsa, tortillage de cul avec moi... Tu m'as demandé d'agir. J'ai agi, j'ai détruit pour toi. Prends-moi dans tes bras, meures avec moi, j'aurais voulu être le premier, pas le suivant, puis le précédent d'un autre. J'aurais voulu être ton père, ton frère, pour te garder pour moi, t'éduquer autrement, t'inculquer un amour insécable pour moi, que tu me prennes a jamais...
- Arrête, mais qu'est-ce que tu as fait ?!
- J'ai tué l'homme que tu n'aimais plus... »
J'entends les cris d'enfants que je n'aurai jamais. Ces petites choses molles et dégueulasses. La paillasse sur lequel l'amour se décrotte la boue. La nuit commence à s'installer. Le froid ne me fait pas mal, il m'engourdit. Tout le monde se fout de ma gueule maintenant. « Tu étais dans l'hôtel, allongée sur le lit basique, matelas ferme, tu me souriais, les cuisses ouvertes. J'allais te baiser pour la première fois. Tes côtes sortaient un peu. Je venais de pisser. Nos corps s'unirent dans une furie sans précédent ».
Les marmots fantômes braillent, leurs têtes dégoulinantes de terreur... Me lève, les bras au ciel, exalté, empalé sur le merdique de la vie ! Dans l'obscurité, je sais ta bouche édentée s'ouvrir, m'offrir une langue immense, épaisse, que je suce comme une queue ! Je peux faire ca ! Je la pompe ! Je l'excite ! Je la mords violemment et te défonce le crâne a coups de boule... Ton corps de pute, pend dans l'vide un instant, la jupe soulevée par le vent de la chute ! C'est bien plus beau qu'une clope volée a onze ans ! Tu me dis : « Détruis-moi ! »
Ma main sert mon entre-jambes. J'ai la gaule des fantômes ! Une bite invisible qui bande comme celles des connards des films porno, pourris-moi pas, touche-la où j'te coups d'tête encore connasse... Je veux encore la sueur, l'orgasme, l'essoufflement, les mains, les seins, la chatte, les cheveux tirés ! Je veux te destroy... Mes petits câlins de boue pour ta bouille sexy/dessinée que je ne me rappelle qu'avec les doigts. La bouillie de ton âme dans la paume de ma main.
« Eh toi ! Faut pas rester la hein ? »
Il a un visage vert, un sourire bleu, la carrure d'un gorille, la voix d'un JR Ewing (aucune autre comparaison ne me vient à l'esprit). Je ne sais s'il s'agit d'un homme, d'un loup-garou, d'un dahu, d'un E.T. ou d'un tank taillé dans la viande d'un porc géant. La nuit est étoilée, la montagne en face trace ses courbes sinueuses sur le ciel un poil clair comme un plasma allumé sur un canal sans chaine de télévision.
« T'as une tête de marmotte, t'es une chose, tu me fais peur... »
Il ne regarde pas vers moi, reluque au-dessus de moi, me dépasse - fumet de sueurs âcres anciennes et d'eau de vie artisanale - avant de s'arrêter quelques mètres plus haut.
« Ah merde ! Qu'est-ce que tu as foutu ?!!! »
Il se penche, sa tête de rongeur martien est rempli de terreur, de stupeur... il transpire abondamment comme le sexe crachant son stupre écœurant.
Je l'appelle sans le phone, je laisse mes mots, ma voix engourdie, lasse, sur sa messagerie :
« Un jour, on s'était promis de tomber ensemble, de ne jamais mourir avant l'autre. Tu te rappelles comme nous nous évanouissions l'un dans l'autre, nous avions l'impression d'être passés dans nos au-delàs, juste en deçà des sources de stress que la société vidait en nous. Non, tu ne te rappelles pas, juste un peu peut-être, confusément, ton cœur happé par le chibre et les douceurs d'un autre. Tu m'as éradiqué de ta mémoire, faisant de notre histoire, un simple souvenir, aussi puissant que celui de cette purée infecte bouffée a l'école primaire. Tout se dissout avec le temps pour le vainqueur. Tu as dépassé le manque, tu l'as ligoté et balancé. On devait tomber tous les deux... Je glisse seul vers le bas ».
La main ferme de l'incongru saisit mon épaule. La douleur n'est pas plus vive qu'un coup d'élastique dans le corps d'une mouche.
« T'as vu ce que t'as fait ? »
Sa colère et son ton menaçant me font sourire, je crois. La distorsion joyeuse de sa voix, du vent qui glisse dans les épines des sapins, la toile pétrole de son manteau de ski, la crête des montagnes, sur les mottes d'herbe séchées, dans les enjoliveurs usés de sa poubelle.
« Lâche-moi l'épaule tout d'suite ou je te fais goûter mon hardcore. »
La pression de ses doigts se fait moins forte. Je vais lui faire la leçon, droit dans les yeux :
« Avant que tu m'amènes chez les flics, bouffon, je vais te dire mon monde, les fleuves de sang, les têtes de marmotte comme toi qui jouent aux baltringues... mon monde a vécu l'amour, le plus grand qu'aucun être n'a jamais rencontré. Tellement grand, sale crevard, que j'en ai crevé mes couilles, que j'en ai niqué les doigts qui fouillaient sa chatte ! Mon monde s'en branle des lois, du Dieu, de son enfer, ses fientes de Commandements ! Mon monde met du temps à envahir le tien, tête de grosses dents, t'es rien ! J'suis dangereux, pas toi ! Je suis criminel quand tu n'es que violent, petite chose qui tacle sur les terrains de foot, bastonne dans les bars, tape le cul de sa moche en levrette ! TU NE ME TOUCHES PAS ! Dans mon monde, la loi, c'est moi ! Et moi je te réduis en gelée de lymphe, en pâté de cartilages humains ! »
Il est à genoux devant moi, la masse, les traits tirés par la douleur, les mains larges plaquées dans le gravier. Suis debout devant lui, ma main bourrine écrasant sa gorge.
« Mon monde est en paix, pas une pute d'homme comme toi qui vient y gueuler « mais qu'est-c't'as fait ? ». T'as fait quoi toi dans ce monde ?! T'as trimé comme une merde, t'as baisé comme un ours, t'as voté comme une brèle ! T'as aimé la poésie de merde, les émissions de variété, t'as dragué comme un plouc dans des bars, des boîtes ! T'as joué au gros dur et t'as enseigné les principes, les convictions, les règles a tes cons de gosses ! T'en a fait des vrais hommes, des vraies femmes ! T'en a fait des chiens de société, des grognasses serviles ! »
Sa salive épaisse sort de sa bouche entre-ouverte. « Tu crois que je parle au vent ?! Aux pierres ? Aux arbres ? A Dieu ? A ta ruine de mère ? »
Je lâche prise. Il s'effondre un peu plus sur le sol. Je vois ses grosses cuisses. Il doit être berger.
« Il y a ceux qui courbent l'échine. Il y a ceux qui la tranchent et la bouffent. Les fous, les paumés, les insoumis, les barbares et les abandonnés. Des doigts dans la gorge pour dégueuler ».
Il y a le cadavre de la poufiasse un peu plus loin. Je l'appelle :
« J'ai vengé mon amour propre, j'ai niqué ton amour sale...
- Tu m'fais peur Léonel ! T'as pété les plombs !
- J'ai remis de l'ordre dans l'univers. On ne lèse pas sans conséquences ! Tu aurais du être reconnaissante, tu aurais du me féliciter quand je me refusais à te démonter la gueule, quand tu me prenais de haut avec des phrases faciles : « Tu me colles tôt ! Tu m'étouffes ! J'en peux plus ! », gnagnagna... Tu me cassais tellement les couilles parfois que je sniffais tes serviettes pleines de règles pour calmer ma rage ! Je te disais rien de tout c'que j'faisais pour sauver mon âme, calmer ma rage, ma haine !
- T'es dingue, je te déteste !
- C'est beau comme une décharge publique c'que tu viens de dire. T'as toujours été une conne, tu rêvais du mec idéal, t'en voulais un pour toi, fraîchement déballé du paquet cadeau... T'en voulais un tout beau, un parfait, un qui irait au rythme de tes putains de névroses de cinglée, tes images stéréotypées de la vie !
- Arrête ou je raccroche ! Calme-toi ! Qu'est-ce que tu fais la ?
- J'arrête pas. J'ai un gros con qui parvient à peine à respirer parce que je lui ai serré la gorge comme la corde de pendu ! J'ai une poufiasse en morceau prête à se faire engloutir par les vautours... J'ai ma bite invisible en l'air, triomphante ! J'ai la haine de toi, j'ai la haine de ce que t'as fait de moi ! »
Je raccroche. M'assois de nouveau sur le rocher, et tente de reprendre ma respiration. Saccades teigneuses dans la cage thoracique. Ma carcasse est vivante, MA CARCASSE EST VIVANTE !
Le gros avance à quatre pattes, agonisant, vers la portière passager de sa bagnole. J'avance lentement vers lui, tranquille, serein, et lui assène un coup sec de pointu du pied dans le sternum. Il s'écroule lourdement, le souffle coupé. Lui fais les poches, tire son portefeuille, et son laguiole. Déplie la lame et dans un ultime accès de fureur, le poignarde à plusieurs reprises dans le dos, le cul, sur ses grosses cuisses de molosse, sa nuque, sa gueule... Un enfant qui envoie l'eau d'une fontaine vers le ciel en riant !
« VIVE LE SANG GROS CON ! »
Je sautille autour de son corps, danse-rituelle pseudo-indienne, à-coups d'cou, poings frappant l'air, pogo divin, bousculade ludique et violente avec les fantômes qui m'accompagnent !
Mes paluches dégoulinent ! « J'ai d'la confiture de mûre ! J'ai d'la confiture qui s'coule l'par terre ! ». Je ris, je suis libre, je « bis » son numéro :
« T'es contente ?! T'es heureuse avec ton nouveau derche ! Hein ?! T'as ce que la nature t'ordonne de faire dans le ventre ! Tu vas faire la poussette ! Le bavoir, les areuh areuh ! Tu vas l'éduquer, tu vas en faire un connard ! Un citoyen ! T'en voulais pas d'moi hein !? Tu m'aimais trop moi ! Tu m'aimais hein ?! Mais j'entrais pas dans tes cases ! J'ai pas d'gosse ! J'ai plus d'couilles ! J'ai plus les doigts pour le clito ! Mais j'ai mon monde ! J'ai l'univers ! J'ai le droit de vie et de mort sur tes putasses de congénères humains ! J'suis la hache qui défonce les membres ! J'suis Dieu ! Je marche sur le monde, le tien ! Je détruis tout sur mon passage ! Cette poufiasse était une abrutie avec qui j'étais à l'école !
- De qui tu parles ?!
- Une ruineuse qui te ressemble ! Physiquement ! Psychiquement ! Mon premier amour ! Celle qui a été mon premier amour ! Elle était comme toi, elle m'aimait trop, mais je l'envahissais, je lui perturbais la cervelle, je la laissais pas respirer ! On baisait bien pourtant, je lui tenais la main a l'hosto quand elle avait été opérée !
- Tu parles de cette Natacha ?
- Ouais.
- Mais c'était une amourette d'ado !
- NON ! Ce sont des promesses non tenues ! Comme toi !
- Tu lui as fait quoi ?!
- T'occupes, bientôt ce sera à ton tour... Les vraies histoires finissent toujours dans les pages Faits divers des presses-torchons ! Sa p'tite famille, ses marmots, son Jules jouisseur m'en voudront jusqu'à leurs morts ! »
Je raccroche. J'essuie mes doigts sur un pli de son pantalon qui n'est pas souillé. Sa voiture fera l'affaire. Je passerai dans mon chalet-squat, récupérer mes fringues, ma trousse de toilette, mes disques et mes bouquins. Je déboulerai, roulerai à fond jusqu'en bas de la montagne, en espérant pour elle, que je perde le contrôle et m'écrase dans le fond d'un ravin. On n'aime pas les cadavres, mais on peut en produire. On court l'amour pour qu'il finisse par nous anéantir. On jouit dedans, on rêve que ca ne s'arrête jamais...
Andy Vérol
Publié par hirsute à 12:07:53 dans Andy Verol | Commentaires (6) | Permaliens
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