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Une biographie d'Andy Vérol: Manu Chao, le clandestino, juin 2009, Editions Pylône.Infos ici: http://pylone.wordpress.com/
Une biographie d'Andy Vérol: Noir Désir, le vent les portera, juin 2009, Editions Pylône.Infos ici: http://pylone.wordpress.com/
Nouvelle d'Andy Vérol dans le livre collectif, Le Livre Noir de Ta Mère, Ed. de Ta Mère - 2009. Infos ici: http://detamere.blogspot.com/
Premier roman d'Andy Verol, Les Derniers Cowboys français. Collection Pylône - 2008. Infos ici: http://pylone.wordpress.com/
Une biographie d'Andy Vérol: Un noir désir, Bertrand Cantat, 2008, aux éditions Scali. Périmé.
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Et de nouveau, le garçon mettait un pied devant l'autre, chameau des forêts, au pied du Maroc, charriant l'attirail scolaire sur ses épaules courtes et osseuses. A ceci près que chaque matin, il enfouissait dans une poche interne, une nénette en plastoc, une poupée volée à sa cousine, une chaussette chourée à tata, une boîte de comprimés de mémés, des images, des morceaux d'articles de presse (qui noircissaient les doigts plus qu'ils n'informaient)... Ce morceau "des autres" était une protection contre les Têtes Brûlées de Papy Boyington. Les nuits étaient courtes, la couette avait été une protection. Les cris de tata, les grognements de tonton… Il ne déjeunait plus pour éviter les vomissements, les petits soubresauts pénibles d’un estomac noué, défaillant… Le chemin de l’école, les petites saletés sur le sol, l’imperturbable banalité du quotidien d’un écolier… Il croisa pourtant son chemin, un matin de fin d’hiver. Malik déboula à contre-sens, fuyant, à toute vitesse, une dizaine de fanatiques de son âge. L’enfant le vit courir dans sa direction. Son corps était mince, sa foulée était fluide. Il avait des cheveux frisés, épais, une panse creuse, des mains fines et un nez ratatiné comme celui des boxers. Malik s’arrêta devant lui : « Planque-moi toi »… Le garçon prit sa main et l’attira dans la forêt, un peu plus haut. Il riait de plaisir, insultant ses poursuivants. « Il faut se cacher ». « Oui », répondit le gosse. Un buisson fit l’affaire. Malik retint son souffle saturé par sa course. C’est ainsi qu’ils se rencontrèrent. Ce matin-là était glacial, le gel blanchissait les feuilles, le sol, les branches, la crasse du chemin.
Je déteste « volute de fumée », trop usé… « Bourrasque d’âcre », j’apprécie bien plus. A quoi bon cesser de fumer, de boire puisque qu’une pointe empoisonnée de radiations, viendra bientôt me frapper la touche… Et c’est à ce moment-là où l’enfant devint moi. La course dingue dans la forêt nous porta, main dans la main, dans la vulve du réel... Nous passions du ventre (fracassé) à l'air pur d'une réalité démente...
Commencer en parlant d'amours moites, obligatoires. Les débuts, les premières lignes d’une vie. Les années 1980 furent, vraiment, pathétiques. Les années de mon enfance qui ébauchèrent le glaviot idéologique qui formata un Occident en phase de mutation accélérée…
Nous devenions peu à peu, des pousseurs de caddies…
Le cimetière des Allemands était souvent plongé dans la brume, traversé par les feux-follets, une bande de faux-culs sans corps/viande… Comme si leurs silhouettes s’évaporaient sans cesse, traversaient le terreau riche de la forêt qui les couvrait… Des dizaines de cadavres de soldats de la Wehrmacht gisaient là, sous nos pieds, au garde-à-vous, à l’horizontal...
Malik tenait fermement ma main et m'entraînait sur le chemin étroit et sinueux qui serpentait à travers le bois. Il était presque minuit et j’étais épuisé par cette escapade tarée qui dura des heures. Les images pourries de ce dessin animé Walt Disney me submergeaient. Je me marrais dans mon intérieur de gosse, mais j’avais aussi la trouille, accablé par les flashs : des grosses branches d’arbres, telles des bras, allaient tenter de m’attraper et déchiqueter mes vêtements, griffer ma peau, et écorcher mon visage… Je m’imaginais Blanche Neige en secret. Les nains me dégoûtaient et je ne comprenais pas ce qu’elle leur trouvait… Il s’agissait des images cochonnes de toutes ces conneries mièvres pour progénitures qui provoquaient mon attention…
Sur un arbre, Malik me plaqua et m'embrassa goulûment, la langue enfoncée jusqu'à la glotte.
« Comme avec les filles », me murmurait-il, l'œil très noir de rage, de désir et de bonheur. La terre bougeait. Elle tremblait de façon quasiment imperceptible. La terre. Le terreau des bois où l'on était embourbé. Dans la lumière forte et blanche de la pleine lune. La nuit interdite.
Puis nous reprîmes notre course. Nous grimpions sur la colline, un peu plus loin, au-delà de la limite des habitations de la petite ville industrielle... Des petits bruits dans les bois. Des bruits de pas légers. On ne savait quelles bestioles nocturnes infâmes crapahutaient sous nos pompes – des écrase-merdes on répétait, seule occasion de dire haut le mot « merde » devant les adultes – ni quelle saloperie de fantômes infects.
Cette colline s’appelait Le Maroc. Une sorte de dos vert bombé au-dessus de la ville vieillotte et grise/noire. On ne savait trop pourquoi on l’appelait ainsi. Malik me disait que c’était parce que les marocains qui bossaient dans les usines de fonte, s’y réunissaient pour sacrifier des blancs au nom de Allah.
« J'ai très peur Malik. »
Il affirmait que je n’étais qu’un pauvre con raciste, que je ne savais pas que les musulmans ne faisaient pas ce genre de choses. Dans mon for intérieur de gosse blanc élevé au racisme populo, j’avais des doutes… Avant de vivre idylle avé Malik, je pensais comme tata, tonton et mémé: les musulmans ne mangeaient pas de porc parce qu'ils en étaient les descendants...
Je me sentais faible et mes jambes devinrent guimauve. M'effondrai, mon dos glissant sur le tronc râpeux d'un vieux chêne.
« J'ai du sang »
Il m'embrassa.
« Mais arrête d'avoir peur! C'est rien! »
Il se figea. Regarda le sens de la source rouge qui coulait à la commissure de mes lèvres. Le sang ruisselant abondamment de mes gencives fraîchement striées par des lames invisibles, jusqu’à la petite fossette de mon menton.
« Qu'est ce que tu as? » Je crus m'évanouir un instant. Il me gifla frénétiquement.
Tout autour il y avait les tombes. Elles avaient émergé là à cause des bombes, des coups d’fusil, des mitraillettes, des lames, … C’était réel. Des dizaines de tombes tordues sur la terre, comme dans les films d’horreur dont nous nous nourrissions. Certaines de ces tombes étaient déterrées, d'autres simplement de travers, chahutées par des pillards et des racines d’arbres en croissance. Quelques-unes étaient intactes mais couvertes de lierres et de mousses. La liesse des morts brisait le silence.
Nous voyions la guerre et ses massacres sous le prisme des cours d’Histoire. Mais surtout des films hollywoodiens, au fil des années, avaient héroïsé certains acteurs de ce conflit, en avaient effacé d’autres… Les salauds, c’était les allemands. Les gentils, c’était les américains, les français, les anglais. On comprenait les choses comme ça.
A la longue, ce sang dans ma bouche avait pris le goût de l’herbe fraîche.
Malik dit sèchement: « Les Nazis, ils ne meurent jamais.
- Pourquoi tu dis un truc aussi horrible merde ! C’est comme si les nains de Blanche-Neige et les sept nains existaient vraiment.
- Qu’est-ce tu dis toi ! T’es qu’un con, comme tous les blancs. »
Les corps décharnés d'hommes en uniforme, en haillons s’étaient rués sur moi et me baisaient armés de doigts, de petits os pointus déchirants. Et Malik à genoux, admirant. La mort au bout. La mémoire est une machine à déformer. J’avais décroché. Je n’étais plus le gamin, cette chose grotesque sur laquelle le tonnerre des crétins adultes s’abattait… La nuit passa, dans la froid, dans le chaud de son corps, dans le champ des morts, les faces toisées par la lune… Amer. J’écris ça, mes souvenirs kitchs, la vie mauvais roman… Redevint l’autre. L’enfant se leva de terre et dévala le chemin en sens inverse… Malgré le brouillard, la lumière du jour éclata… C’était un matin transpercé par les nerfs, les « j’vais m’faire tuer »… Il avait laissé Malik seul, ronflant sur un tapis de feuilles… «J’vais me faire tuer, y vont me tuer »… Il avait pris soin de se rhabiller, de caler son cartable sur le dos… Sa course éreintante s’interrompit soudainement dans les bras d’un gendarme posté au bord de la route : « Oula petit ! Tu vas où comme ça ! On te cherchait partout ». Le gosse hurla, se débattit comme un diable, les « lâchez-moi ! Lâchez-moi ! »… Le képi le plaquait contre lui. Il sentait ses cuisses puissantes et le tissu désagréable de son uniforme…
Mon Usine, la suite… Premières pages du roman en cours d’assemblage (1 à 2 mois de taf)
Andy Vérol
Publié par hirsute à 15:04:39 dans Andy Verol | Commentaires (0) | Permaliens
Extrait de Mon Usine, la suite...
Andy vérol
Publié par hirsute à 14:20:05 dans Andy Verol | Commentaires (0) | Permaliens
Sa main avait la consistance d'un amas d'allumettes... ça s'approchait... Il fallait le remettre dans le ventre de sa mère... "Ecoute Léonel, quand j'étais un marmot, j'étais un autre...Mais je sais que ce moi faisait un truc pour se sauver des moments de cauchemar qu'il vivait: il démembrait un Big Jim et lui montait les bras à la place des jambes en y ajoutant un peu de son sang dans les articulations... C'est comme ça que je tuais le mal... Tu veux que j'aille te chercher une poupée plastoc?". Peut-être qu'il avait été plusieurs lui aussi, peut-être n'avait-il jamais fait partie des fantômes, des zombies, des jouets à Deus. Je pris son reste de corps et le serrai une ultime fois dans mes bras: "Maintenant, je serai le ventre de ta maman, je te porterai avec moi jusqu'à ce qu'à mon tour, je retourne dans le ventre de la mienne... dans le corps d'un hôte"...
Extrait "Mon usine, la suite"
Andy Vérol
Publié par hirsute à 14:15:44 dans Andy Verol | Commentaires (0) | Permaliens
On l'entend grogner depuis 1981, depuis que la peine de mort a été abolie. On les entend, petites âmes fragiles sujettes à la soumission aux connes nouvelles des JT de 20 heures, aux Unes des journaux torchons... On ne les voit pas, on ne les entend qu'à peine (de mort?) sur des forums internet, dans les couloirs et les soirées sales arrosées à la musique souparde... Les petites âmes fragiles, l'intelligence dans le slip qui relaient sans honte le rétablissement de la peine capitale pour les violeurs d'enfants... On les sent ces "ceux-là" qu'on abreuve de faits divers pour mieux leur vendre le viol économique. Ils craignent ce jour où un vicelard sodomisera leur gosse dans un bois, ils flippent... On ne leur rappelle jamais que plus de 80% des actes pédophiles sont aussi des viols incestueux, bien au chaud, dans la famille. Tonton, le rigolard sympa qui fait marrer tout le monde à Noël est aussi celui qui viole sa nièce, sa fille, son fils depuis ses 2 ans... On ne le jugera quasiment jamais tonton, parce que la petite, le petit, sait qu'il est aimé, qu'il est le plus sympa. Si un jour, on avait le toupet de porter plainte contre lui, son père, sa mère, le/la traiteraient de salope. "Tonton? Mais t'es pas bien dans ta tête! T'es cinglé!"... C'est ça la pédophilie, à plus de 80%. Du pas dit, du jamais porté devant un juge... Bref, ceux qui réclament la peine de mort pour les pédophiles, dont on parle, ces salauds de récidivistes libérés par des juges rouges, selon les dires de Sarko et sa clique de putes à système, sont aussi des gros cons... Des petites âmes, dénuées d'intelligence, des crétins capables de déléguer à l'état, le droit de tuer les "salauds" à leur place... Ces petites âmes vulgaires, ces petites choses friables, crédules et petits bras armés des rois de la chienlit (c'est à dire ceux qui prônent l'ordre depuis des siècles et ne savent que foutre le bordel, le sang et l'humiliation sur toute vie), veulent la peine de mort... Alors qu'on leur donne, qu'ils tuent, qu'ils massacrent, qu'ils exterminent tout ce qu'ils considèrent comme des salauds... En retour, je réclame le même droit, pour les tuer, eux, et les faire disparaître avec leur sempiternelle intelligence de babouins....
Petit méssage à papa anti-pédo qui veut pas qu'un salaud fasse pas de mal à sa fifille:
"Ta fille sera autrement plus détruite par le marketing et le capitalisme qu'un pédophile. Ta fille deviendra une salope écervelée baisée dans tous les coins, ou une esclave de la rétractation mentale... Ta fille a une "chance" sur 64 millions de croiser un pédophile... En revanche, elle a 90% de chance de finir dans un univers de vice dégueulasse... A 11 ans, premier film porno, à 13 ans, première soirée skin en cachette et fellations à gogo imbibée d'alcool. Ta fille risque plus de devenir une chienne à baise (et donc violée par des garçons de son âge) qu'une victime d'un de ces quelques 10 000 pédophiles répertoriés sur une décennie..."
Andy Vérol
Publié par hirsute à 20:21:50 dans Andy Verol | Commentaires (1) | Permaliens
A l'école, on disait qu'il n'y avait qu'une seule véritable pute dans la ville: la mère de Malik... La ville toute en longueur avec son centre historique, maisons de pierre et tristesse de vieilles courbées trainant la patte sur les trottoirs. Le gamin détestait cette ville, autant qu’il haïssait le rituel des Jeux de 20 heures, les papiers peints à grosses fleurs orange aux tiges et aux feuilles marron, les portraits d’arrière-grands pères et grands oncles en uniformes 14-18 sur les murs de toutes les chambres… Il lui semblait vivre dans un monde d’horreurs où les fantômes riaient comme des hyènes dans tous les recoins du patelin. Au-delà de ce centre historique, sa place centrale démesurément large, la ville s’étalait bien au-delà, dans la vallée, telle une rivière furieuse sortie de son lit. L’image. La mémoire, la tournure, les formules médiocres. Je n’ai pas le temps, je n’ai pas une seconde pour faire du style. Ça sent. Je pue. Je ne me lave plus. Les usines avaient été construites toute en longueur le long de l’eau, sujettes aux inondations printanières… Ces cathédrales étaient presque toutes fermées. Des générations de bonhommes et de bonnes femmes avaient oxydé leurs corps dans le brouhaha effrayant de machines géantes crachant le feu, puant les métaux, la limaille, la poussière et le tonnerre… Le garçon était fasciné par ces monstres : « C’était des zombies là-dedans ». C’était dans l’une de ces bêtes à caguer des produits en fonte que le père de Malik était mort. L’homme avait été traversé de part en part par un crochet de 300 kilos malencontreusement balancé sur lui. La pointe entra dans le bas de son dos et ressortit par l’abdomen, découpant son corps en deux… Tous ses collègues racontèrent l’accident à qui voulait l’entendre. Les ouvriers ivres chaque soir se vantaient d’avoir assisté à l’horreur… Certains de leurs enfants commencèrent à rappeler les faits à Malik : « Y paraît que c’était la boucherie, qu’on voyait même plus son zizi »… La ville murmurait, ne disait jamais les choses en face, haut et fort. La faiblesse des gens, une foule de lâches médisants, d’ordures fauchées chiquant la connerie…
Quand tonton rentrait, c’était le chaos. Ses excuses du matin étaient remisées aux oubliettes, son visage renfrogné en témoignant. Tata n’en menait pas large, servant la bouffe à la louche, gesticulant nerveusement en tous sens. Tonton ne parlait pas, avalait bruyamment le jus de son plat arrosé de picrate. Mémé était éteinte, quelque part entre la vie et la mort. Le gosse avalait de petites bouchées, se forçant dès qu’un morceau de carotte ou de lardon échouait dans sa cuillère. S’il donnait l’impression de détester, l’orage éclatait. Se tenir à carreaux, écouter les tics/tics de l’horloge, les bruits d’ustensiles, de vaisselle, … Tata n’osait même plus demander comment s’était déroulée sa journée, de peur qu’il ne détruise tout. Il grognait. Le gosse en avait le ventre pressé de douleurs. Et lentement, l’air tremblait, le changement de temps rendait l’atmosphère lourde d’humidité. Les tropiques du chaos, la ruée vers le gouffre. « Les poireaux sont pleins de fils dégueulasses »…
« Si je ne pète pas jusqu’à demain, tonton sera écrasé par une bagnole ».
Les bras massifs du tuteur légal frottaient nerveusement la toile cirée criblée de trous de cigarettes. Il critiquait sèchement la nourriture, puis allumait une clope d’un air triomphal, regardant les sujets de sa cour un à un, avec ce rictus d’ogre mégalo… « ça bouffe en fermant sa gueule. Ça s’écrase devant le boss de la maison. T’es qu’une salope, t’es encore allée trainer chez cette pute de Cathy pour causer des parties de fesse avec son mari. Salope, t’as pas le temps d’faire bien la becquetance hein ? Trop occupée à te faire sauter par tous les feignasses de chômeurs du quartier… Hein ? ». La lumière de la cuisine devenait presque aveuglante, en tout cas clinique… « Tu dis rien mémé hein ? Toi aussi t’as fait la salope quand t’avait encore un peu d’mou entre les cuisses hein ? T’as humilié papa avec ça…T’as profité… Vous êtes toutes des chiennes… Et ce p’tit bâtard là… Hein ? Ta mère aussi c’était une de ces grosses salopes dégueulasses… Hein ? Tu l’sais pas ça hein ? T’es même pas le fils de ton père… Ta mère, c’était une cochonne… Ma sœur, cette pute qui s’est fait monter par tous les camionneurs de chez AS Transport… T’es un sale bâtard, t’as les vices de ton vrai père. Y s’appelait Mouloud, c’était un sale bougnoule. T’es un fils de bougnoule ».
Il fit une pause… Le visage rougit par la colère et l’alcool.
"C'est à cause des bandes de grognasses qu'on coupe les couilles des hommes". Tonton avait le sens de la formule... le garçon tentait de se planquer dans la vapeur de son plat bouillant.
"J'disparais comme la pluie"...
Avant même que le fromage ne soit servi, il se levait, furibard, fustigeant les femmes, les étrangers, les patrons, la famille, les gosses… Le chien aussi était frappé d’effroi, couinant bêtement aux pieds de son maître qui, dans un excès de rage lui envoyait des coups de pied dans les côtes… qui s’enfuyait, hurlante, idiote, pitoyable… Chacun tentait de vaquer à son assiette, simulant un stoïcisme crétin qui ne ferait que retarder un peu le déferlement de tempête…
« C’est p’tit bougnoule qui nous fout dans la merde ! Y nous fout la honte partout dans l’quartier ». Le garçon, le bâtard. Tonton disait, sobre, qu’il ne disait que des horreurs quand il était bourré… Mais le garçon croyait le monstre, pas le repenti. Lui le bâtard, le fils de salope, lui l’erreur… Sur ses planètes, aucune race humaine ne se différenciait d’une autre. Il tremblait, il sentait la merde presser son anus, sa gorge se remplir d’une boule dure, ses yeux se noyer de larmes, sa bouche se pincer pour retenir des sanglots. « Tu te retiens de pleurer hein ? Les bougnoules c’est des lavettes ! T’as ça dans l’os, t’as ça dans l’sang, t’as l’sang nourri d’l’âme de voleur ! ». Il s’éteignait, entrait dedans lui, délesté du corps et du monde des androïdes. Ça n’existait pas. Sa silhouette frêle était secouée par les grosses baffes flanquées par Tonton… « Le corps tout rouge, le corps des coups, les jambes les bras les yeux, tout est faux »… Abandonné sur le carrelage froid, il rampait, profitant que tonton déferlait sur tata à coups d’beignes, de gifles, de boule, de genoux… Elle encaissait/hurlait… La lumière était de plus en plus hâve… Il se trainait lentement à l’instar d’un soldat pris par une saucée de bombes… Des chaises grinçaient, tombaient, des saladiers, écuelles, plats, plateaux, soucoupes, soupières, assiettes et couverts valsaient et explosaient dans tous les sens… La bataille s’éloignait, il se relevait dans le long couloir baigné dans le noir et rejoignait sa chambre à tâtons… La nuit se prolongeait, épouvantable, dans le fracas des cris, des dérouillées, des insultes… parfois jusqu’au petit matin… Mémé, comme à son habitude, restait figée sur sa chaise, en silence, fixant le vide au milieu de la ligne de front… Pour finir, Tonton, dans un ultime soubresaut de conscience, s’excusait en gueulant : « Ma chérie désolé ! J’m’en veux, excuse-moiiiii ! Par pitiéééé ! Viens, laisse-toi faire, regarde comme je t’aime ! Ouvre tes cuisses, tu sentiras mon amour, mon pardonnn ! »… Il finissait par respirer fort… Tata retenait des cris… Il la violait toujours avant d’aller dormir.
Mon Usine, la suite… Premières pages du roman en cours d’assemblage (1 à 2 mois de taf)
Andy Vérol
Publié par hirsute à 16:04:39 dans Andy Verol | Commentaires (0) | Permaliens
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