Sortie du premier roman d'Andy Verol,le 02 avril 2008: Les Derniers Cowboys français. Infos ici: http://pylone.wordpress.com/
Me cracher à la gueule, m'adorer, m'éclairer, m'obscurcir, me soumettre une opinion, un texte: hirsute.hirsute@orange.fr
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Sans doute le meilleur roman de Franca Maï, L'Amour Carnassier. Infos ici: http://www.francamai.net/
"Allez saute!"
Non j'saute pas j'ai peur.
"Allez saute l'ruisseau du-lâche!"
Non j'saute pas. J'fais semblant de prendre mon élan. Faut arrêter de dire sourd ou autiste quand on parle de ceux qui ne veulent pas du capitalisme-concentration-des-richesses-entre-les-doigts-manucurés-de-certains.certaines. Je fais cinq pas en arrière. "Saute Ducon!" J'ai chaud, je transpire comme une pute qui termine une passe.
"Saute!"
Je cours la peur au ventre et reste attentif aux galets mouillés pour pas glisser me rétamer dans l'eau glacée! Je saute! Pied d'appel précis! Ils nous gavaient avec leur JO et leurs mesures anti-réchauffements qui ne servirent qu'à affamer les plus pauvres, à interdire la liberté de parole. Je m'écrase sur l'autre rive de l'eau vive.
"Tu vois ducon, quand tu veux."
Je voulais pas, je l'ai fait. Je n'ai aucune ambition, aucune envie d'être quelqu'un qui réussira. On avait droit à des hommes politiques qui avaient un avis sur tout, y compris ce qu'on utilisait couramment à l'époque, la couleur de notre papier-cul.
Polo me frappe dans le dos.
"Arrête Polo merde! J'suis pas content d'passer l'ruisseau!".
Mon jean est déchiré au genoux droit. J'aimais bien aller dans les boutiques climatisées l'été. Les filles s'y ruaient, mais on n'avait pas le droit de leur toucher le cul ou la chatte. On devait simplement les regarder là, tripoter les tissus de prêt-à-porter fabriqués dans les pays lointains par des peuples taulardisés... Aujourd'hui, on entrerait entre les rayons de matières synthétiques et autres cotons tout l'tralala, et on les peloterait à fond, hum j'en bande d'y penser. On se les accaparerait! T'aime ach'ter les fringues faites par des gens pauvres, opressés, affamés, interdits de liberté!!!!! T'aime ça hein? Y avait aussi plein de mecs, de plus en plus de mecs sur la fin qui allaient dans les boutiques. Des années avant, ça faisait pédale d'aller gambader dans les shops eud'vêtements. Mais peu à peu, le capitalisme avait modelé, avec ses grosses mains manucurées les cultures machistes, rupestres presque, rudes, roides, fermes, dures pour que chacun puisse venir faire vomir son porte-feuille, l'porte-monnaie, la carte bleue, or, VISA, american, internationale, eud'crédit, dans la caisse enregistreuse du magasin...
Malaxés à la pub, l'uniformisation, le message démocratique détourné déformé détruit:
"tout le monde a droit à la défense de son pouvoir d'achat. Tout le monde a le droit d'accéder à la propriété. Tout le monde doit pouvoir consommer à moindre prix."
On n'avait plus que ça dans le crâne. On ne pensait plus qu'à ça. Quand on était éveillé idéologiquement, vigilant politiquement/socialement, le combat consistait en quelques manifs, quelques pétitions, quelques bénévolats, et bien sûr consommer... des produits bio, de commerce équitable, des légumes sans OGM, des voitures électriques, hybrides, des maisons écolo, des lessives vertes, ... Consommer toujours.
Polo me fait la main qui détruit le flou de mon regard.
"Tu rêvasses pétasse?"
Oh sa gueule lui! Nous reprenons la marche. Nous ne sommes qu'à 500 mètres de la maison de la Vérole, mais nous sommes inquiets, un peu comme si nous avions été à l'autre bout, l'aut'côté du monde l'hostile. Han.
Mon Usine, la suite...
Andy Vérol
Publié par hirsute à 08:10:30 dans Andy Verol | Commentaires (3) | Permaliens
On devait, selon eux, s'asseoir sur notre esprit critique pour avoir un boulot. Avoir un turbin avec le matin la tête des larbins baragouinant des que dalle sur leur week-end de merde. Une succession de "t'as fait quoi toi?" et de "moi j'ai ça, on est allé là...". On pisse fort dans les tuyaux quand on est un mec sans vergogne. On n'essaie pas d'être discret, on affiche le gros jet jaillissant de sa queue la belle offerte à l'ouïe écoeurée des gens alentours les chiottes. C'était exactement comme ça au début du XXIème siècle. Les mecs les plus pestifères se faisaient mousser en public. Les collègues parlaient fort de leurs opinions sur le monde, sur la vie, sur l'actualité. Ils imposaient "le travail c'est la santé". Ou encore "on n'est pas assez payé", "cet été je vais dans le Languedoc", la totale. Avaler son café discrètement. Dans son coin. Pisser sur les murs des chiottes des gonzesses histoire qu'elles braillent encore "ah les mecs c'est vraiment des porcs." Je finis d'essuyer mon gland. Madeleine fait la gueule je crois. "Tu fais la gueule Madeleine?" Elle ne répond pas et enfile la grosse culotte jaune... Cellulite. "Tu te rappelles que les femmes aimaient parler de régime, d'écologie et de libération des femmes?" Je n'ai pas bu. Mais je pense et dis des tas de conneries. On écoute un disque de David Bowie. Fais soleil, mais ça sent l'orage violent, la rage du ciel avec du vent dedans. Fais chier ce passage.
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Andy Vérol
Publié par hirsute à 08:01:04 dans Andy Verol | Commentaires (1) | Permaliens
J'aimais vraiment grater les vieux murs des maisons vieilles avec mes doigts. J'aimais qu'ils en fassent poussières des murs anciens. ça sentait le vieux, les murs anciens. Et de me répéter, et toi de le relever avec ton oeil chiant de lecteur donneux d'leçons... Madeleine enfonce son index gros dans le pinacle de mon usine à merde, la sortie de l'usine , pense aux frères Lumière et leur premier film, l'anus, le mien, le bien, le fier, l'encore fonctionnel malgré hémorroïdes et diarrhées roides à extirper sur la porcelaine de la cuvette de ces chiottes d'Vérole (On nous a coupé l'eau courante depuis 6h00 ce matin, souvenirs encore, de bouchons sur la côte d'Azur hors saison, le froid presque et la pluie averse...)... Des points d'suspension pour la suspension. des points. Madeleine trifouille dans mon anus, l'explore, comme les femmes qui faisaient leur repassage devant la télé, juste avant le dîner.
"Tu te rappelles Madeleine? Qu'on se mettait des thermomètres en verre dans le cul pour prendre nos températures?
- Oui c'est vrai ça, mais chez moi, on se le mettait sous le bras.
- C'est vrai, ça se faisait ça aussi. Je trouve ça tendre que des gens aient pu être si consciencieux, qu'ils aient mis sous le bras par hygiène et par pudeur. Pourtant, je trouve ça bien que l'on ait, dans certaines familles, continué à l'enfiler dans le cul des gosses, des vieux, des handicapés... L'anus donnait la température exacte du corps. Alors que pour les autres endroits choisis, il fallait rajouter des degrés. C'est marrant de penser qu'un parent ait pu enfoncé un tel objet dans le cul de son gosse pour aller dire fièrement au docteur tarifs remboursés: "Il avait 39.2 hier soir et 38.8 ce matin docteur." Ensuite Madeleine j'aime bien ton prénom finalement parce que ça me fait penser à ces gateaux p'tits dèj' industriels à la forme bateau à faire flotter sur le chocolat au lait, le docteur prescrivait des suppositoires à enquiller dans l'anus, lisses, gluants, fallait pas lâcher de pets sinon il t'explosait dans la raie..."
La grosse madeleine et ses cuisses vergetures cadenassées par de longs poils noirs et un psoriasis élégant, rouge vif... La faille dans la beauté.
"Et si, Madeleine, je me retournais et qu'à mon tour, je t'enfonçais un truc aussi dedans.
- Pourquoi pas mon beau. Tu me plais beaucoup."
Je l'enfile follement mais mollement sitôt posé sur le dos. Pendant que ses cents kilos claquent sur mon chibre, j'empêche l'orgasme en pensant à ce moment miel où j'offris une rose jaune volée à un parterre à Malik. Y m'avait dit: "C'est pour les cocus le jaune". J'avais pas compris. A la télé, y a une rouste de noir par des flics blancs qui est diffusée. ça date des années 90. C'est le passé. Fait chaud. Z'ont coupé l'eau courante et la clim' à présent. Han.
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Andy Vérol
Publié par hirsute à 21:48:14 dans Andy Verol | Commentaires (0) | Permaliens
On s'est fait belle suis envahi par Malik, sa couleur presque jaune de peau à ce moment-là, sous une lampe de bureau. On disait déjà, et on était au début des années 80, on pensait que c'était déjà trop. Des voitures, y en avait pas tellement dans les Ardennes, la grande humide, vivre dans un espace vert, plein d'eau des pluies et des brumes la vieille peau la fouette la sensation de sensationnel...
"Les routiers c'est des gros faschos toute façon y dit mon père." Et Malik avait une voie rocailleuse, un timbre profond, une façon respirer-par-le-pif, son nez était plaqué plat un nez qui s'effondrait un peu sur ses lèvres. Le pli du bord de ses lèvres. Me demande ce qu'il est aujourd'hui, en me grattant la calvitie, la vessie pleine j'attends pour aller me vider... Pense aux secrétaires salopes de la Vérole. Han.
Malik est peut-être allé en taule après la deuxième à gauche de l'adolescence. Je ne sais pas s'il était français. Les ardennais généralement racistes hardcore ne pouvaient pas concevoir un faciès "non-européen" à la nationalité française-la-connasse-la-France.
"T'as un père?" Je lui demandai. Hum. "Oui j'en ai un, j'ai pas qu'une mère qui fait la pute à la caserne." On essayait de tirer à fond sur une liane séchée allumée avec un briquet un peu mouillé.
Chaque année, han, on regardait les épicéas qu'ils avaient planté sur la colline d'en-face d'l'école et on calculait leur pousse. "J'te dis que ça a grandit d'au moins 20 centimètres!" Et il me montrait l'écart d'un vingt centimètres approximatif avec ses mains fines aux ongles sales. On s'engueulait là-dessus. On se touchait un peu dans les épines et la poussière et la mousse et les p'tits bouts de bois de la forêt, pour oublier, oublier, oublier nos vies vulves, nos quotidiens salive et bave.
Je dis à Polo: "Et si on allait au restaurant?
- T'es pas bien?
- Pourquoi?
- Y a plus de restaurant dans le coin.
- J'y serais bien allé avec le corps imaginé d'un ami d'enfance, Malik".
Il me sourit comme un con ce portos à la con. Je vais enfin pisser.
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Andy Vérol
Publié par hirsute à 08:18:16 dans Andy Verol | Commentaires (1) | Permaliens
Non ça ne changea que peu de choses. Les mecs qui produisaient se baladaient avec le bon gras dans la bidoche, et ceux qui bossaient pour ceux-là et ceux qui ne bossaient pour personne, et ceux qui agonisaient, ceux qui n'aimaient faire la vaisselle qu'en compagnie de et ceux aussi qui regardaient la télé avec chips et dents dures et aussi ceux qui achetaient leurs tickets de transport qui critiquaient ceux qui ne payaient pas leurs tickets, faisaient du mauvais gras dans leur viande...
Alignés. Rangés en canapés avec ces produits chimiques qu'on mettait dedans pour éviter les incendies mais cancérigènes et regarder un mec noir qui se présentait aux élections. On parlait surtout de sa couleur de peau, de ses origines, de son statut racial tout en disant que c'était formidable. Mais à ce moment-là, ce mec Obama proposait la même politique du président français ou de l'autre dirigeant italien qui puait les formules flatulences...
Tout le monde s'en foutait bien du fond. On restait dans nos canapés, à lâcher des pets, bouffer des bombecs ou des pop corns. On reluquait tous ces journaleux qui parlaient de la couleur de la peau, des bio-carburants-c'est-bien, les hanhan-façon-tiens-tiens la misère c'est de la merde. On n'entendait plus parler des crèves la merde et la faim quand il y avait élections américaines. En Chine y avait pas élections, y avait économie.
Il y avait des meetings qu'on regardait partout dans le monde avec des mecs candidats aux élections of USA, bien que ce pays fut dirigé par les loobies, les patrons-actionnaires de la haute, les producteurs de l'or le noir celui-là aussi, les fournisseurs de tafs à 1$ all around the world...
Je sens les couilles de Polo posées au bas de mon dos: "Oh qu'il est raide le petit... Même mon massage ne parvient pas à te relaxant. C'est chiant. Chut."
Me tais. Han.
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Andy Vérol
Publié par hirsute à 08:20:40 dans Andy Verol | Commentaires (0) | Permaliens
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