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Une biographie d'Andy Vérol: Noir Désir, le vent les portera, juin 2009, Editions Pylône.Infos ici: http://pylone.wordpress.com/
Nouvelle d'Andy Vérol dans le livre collectif, Le Livre Noir de Ta Mère, Ed. de Ta Mère - 2009. Infos ici: http://detamere.blogspot.com/
Premier roman d'Andy Verol, Les Derniers Cowboys français. Collection Pylône - 2008. Infos ici: http://pylone.wordpress.com/
Une biographie d'Andy Vérol: Un noir désir, Bertrand Cantat, 2008, aux éditions Scali. Périmé.
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Sa main avait la consistance d'un amas d'allumettes... ça s'approchait... Il fallait le remettre dans le ventre de sa mère... "Ecoute Léonel, quand j'étais un marmot, j'étais un autre...Mais je sais que ce moi faisait un truc pour se sauver des moments de cauchemar qu'il vivait: il démembrait un Big Jim et lui montait les bras à la place des jambes en y ajoutant un peu de son sang dans les articulations... C'est comme ça que je tuais le mal... Tu veux que j'aille te chercher une poupée plastoc?". Peut-être qu'il avait été plusieurs lui aussi, peut-être n'avait-il jamais fait partie des fantômes, des zombies, des jouets à Deus. Je pris son reste de corps et le serrai une ultime fois dans mes bras: "Maintenant, je serai le ventre de ta maman, je te porterai avec moi jusqu'à ce qu'à mon tour, je retourne dans le ventre de la mienne... dans le corps d'un hôte"...
Extrait "Mon usine, la suite"
Andy Vérol
Publié par hirsute à 14:15:44 dans Andy Verol | Commentaires (0) | Permaliens
On l'entend grogner depuis 1981, depuis que la peine de mort a été abolie. On les entend, petites âmes fragiles sujettes à la soumission aux connes nouvelles des JT de 20 heures, aux Unes des journaux torchons... On ne les voit pas, on ne les entend qu'à peine (de mort?) sur des forums internet, dans les couloirs et les soirées sales arrosées à la musique souparde... Les petites âmes fragiles, l'intelligence dans le slip qui relaient sans honte le rétablissement de la peine capitale pour les violeurs d'enfants... On les sent ces "ceux-là" qu'on abreuve de faits divers pour mieux leur vendre le viol économique. Ils craignent ce jour où un vicelard sodomisera leur gosse dans un bois, ils flippent... On ne leur rappelle jamais que plus de 80% des actes pédophiles sont aussi des viols incestueux, bien au chaud, dans la famille. Tonton, le rigolard sympa qui fait marrer tout le monde à Noël est aussi celui qui viole sa nièce, sa fille, son fils depuis ses 2 ans... On ne le jugera quasiment jamais tonton, parce que la petite, le petit, sait qu'il est aimé, qu'il est le plus sympa. Si un jour, on avait le toupet de porter plainte contre lui, son père, sa mère, le/la traiteraient de salope. "Tonton? Mais t'es pas bien dans ta tête! T'es cinglé!"... C'est ça la pédophilie, à plus de 80%. Du pas dit, du jamais porté devant un juge... Bref, ceux qui réclament la peine de mort pour les pédophiles, dont on parle, ces salauds de récidivistes libérés par des juges rouges, selon les dires de Sarko et sa clique de putes à système, sont aussi des gros cons... Des petites âmes, dénuées d'intelligence, des crétins capables de déléguer à l'état, le droit de tuer les "salauds" à leur place... Ces petites âmes vulgaires, ces petites choses friables, crédules et petits bras armés des rois de la chienlit (c'est à dire ceux qui prônent l'ordre depuis des siècles et ne savent que foutre le bordel, le sang et l'humiliation sur toute vie), veulent la peine de mort... Alors qu'on leur donne, qu'ils tuent, qu'ils massacrent, qu'ils exterminent tout ce qu'ils considèrent comme des salauds... En retour, je réclame le même droit, pour les tuer, eux, et les faire disparaître avec leur sempiternelle intelligence de babouins....
Petit méssage à papa anti-pédo qui veut pas qu'un salaud fasse pas de mal à sa fifille:
"Ta fille sera autrement plus détruite par le marketing et le capitalisme qu'un pédophile. Ta fille deviendra une salope écervelée baisée dans tous les coins, ou une esclave de la rétractation mentale... Ta fille a une "chance" sur 64 millions de croiser un pédophile... En revanche, elle a 90% de chance de finir dans un univers de vice dégueulasse... A 11 ans, premier film porno, à 13 ans, première soirée skin en cachette et fellations à gogo imbibée d'alcool. Ta fille risque plus de devenir une chienne à baise (et donc violée par des garçons de son âge) qu'une victime d'un de ces quelques 10 000 pédophiles répertoriés sur une décennie..."
Andy Vérol
Publié par hirsute à 20:21:50 dans Andy Verol | Commentaires (1) | Permaliens
A l'école, on disait qu'il n'y avait qu'une seule véritable pute dans la ville: la mère de Malik... La ville toute en longueur avec son centre historique, maisons de pierre et tristesse de vieilles courbées trainant la patte sur les trottoirs. Le gamin détestait cette ville, autant qu’il haïssait le rituel des Jeux de 20 heures, les papiers peints à grosses fleurs orange aux tiges et aux feuilles marron, les portraits d’arrière-grands pères et grands oncles en uniformes 14-18 sur les murs de toutes les chambres… Il lui semblait vivre dans un monde d’horreurs où les fantômes riaient comme des hyènes dans tous les recoins du patelin. Au-delà de ce centre historique, sa place centrale démesurément large, la ville s’étalait bien au-delà, dans la vallée, telle une rivière furieuse sortie de son lit. L’image. La mémoire, la tournure, les formules médiocres. Je n’ai pas le temps, je n’ai pas une seconde pour faire du style. Ça sent. Je pue. Je ne me lave plus. Les usines avaient été construites toute en longueur le long de l’eau, sujettes aux inondations printanières… Ces cathédrales étaient presque toutes fermées. Des générations de bonhommes et de bonnes femmes avaient oxydé leurs corps dans le brouhaha effrayant de machines géantes crachant le feu, puant les métaux, la limaille, la poussière et le tonnerre… Le garçon était fasciné par ces monstres : « C’était des zombies là-dedans ». C’était dans l’une de ces bêtes à caguer des produits en fonte que le père de Malik était mort. L’homme avait été traversé de part en part par un crochet de 300 kilos malencontreusement balancé sur lui. La pointe entra dans le bas de son dos et ressortit par l’abdomen, découpant son corps en deux… Tous ses collègues racontèrent l’accident à qui voulait l’entendre. Les ouvriers ivres chaque soir se vantaient d’avoir assisté à l’horreur… Certains de leurs enfants commencèrent à rappeler les faits à Malik : « Y paraît que c’était la boucherie, qu’on voyait même plus son zizi »… La ville murmurait, ne disait jamais les choses en face, haut et fort. La faiblesse des gens, une foule de lâches médisants, d’ordures fauchées chiquant la connerie…
Quand tonton rentrait, c’était le chaos. Ses excuses du matin étaient remisées aux oubliettes, son visage renfrogné en témoignant. Tata n’en menait pas large, servant la bouffe à la louche, gesticulant nerveusement en tous sens. Tonton ne parlait pas, avalait bruyamment le jus de son plat arrosé de picrate. Mémé était éteinte, quelque part entre la vie et la mort. Le gosse avalait de petites bouchées, se forçant dès qu’un morceau de carotte ou de lardon échouait dans sa cuillère. S’il donnait l’impression de détester, l’orage éclatait. Se tenir à carreaux, écouter les tics/tics de l’horloge, les bruits d’ustensiles, de vaisselle, … Tata n’osait même plus demander comment s’était déroulée sa journée, de peur qu’il ne détruise tout. Il grognait. Le gosse en avait le ventre pressé de douleurs. Et lentement, l’air tremblait, le changement de temps rendait l’atmosphère lourde d’humidité. Les tropiques du chaos, la ruée vers le gouffre. « Les poireaux sont pleins de fils dégueulasses »…
« Si je ne pète pas jusqu’à demain, tonton sera écrasé par une bagnole ».
Les bras massifs du tuteur légal frottaient nerveusement la toile cirée criblée de trous de cigarettes. Il critiquait sèchement la nourriture, puis allumait une clope d’un air triomphal, regardant les sujets de sa cour un à un, avec ce rictus d’ogre mégalo… « ça bouffe en fermant sa gueule. Ça s’écrase devant le boss de la maison. T’es qu’une salope, t’es encore allée trainer chez cette pute de Cathy pour causer des parties de fesse avec son mari. Salope, t’as pas le temps d’faire bien la becquetance hein ? Trop occupée à te faire sauter par tous les feignasses de chômeurs du quartier… Hein ? ». La lumière de la cuisine devenait presque aveuglante, en tout cas clinique… « Tu dis rien mémé hein ? Toi aussi t’as fait la salope quand t’avait encore un peu d’mou entre les cuisses hein ? T’as humilié papa avec ça…T’as profité… Vous êtes toutes des chiennes… Et ce p’tit bâtard là… Hein ? Ta mère aussi c’était une de ces grosses salopes dégueulasses… Hein ? Tu l’sais pas ça hein ? T’es même pas le fils de ton père… Ta mère, c’était une cochonne… Ma sœur, cette pute qui s’est fait monter par tous les camionneurs de chez AS Transport… T’es un sale bâtard, t’as les vices de ton vrai père. Y s’appelait Mouloud, c’était un sale bougnoule. T’es un fils de bougnoule ».
Il fit une pause… Le visage rougit par la colère et l’alcool.
"C'est à cause des bandes de grognasses qu'on coupe les couilles des hommes". Tonton avait le sens de la formule... le garçon tentait de se planquer dans la vapeur de son plat bouillant.
"J'disparais comme la pluie"...
Avant même que le fromage ne soit servi, il se levait, furibard, fustigeant les femmes, les étrangers, les patrons, la famille, les gosses… Le chien aussi était frappé d’effroi, couinant bêtement aux pieds de son maître qui, dans un excès de rage lui envoyait des coups de pied dans les côtes… qui s’enfuyait, hurlante, idiote, pitoyable… Chacun tentait de vaquer à son assiette, simulant un stoïcisme crétin qui ne ferait que retarder un peu le déferlement de tempête…
« C’est p’tit bougnoule qui nous fout dans la merde ! Y nous fout la honte partout dans l’quartier ». Le garçon, le bâtard. Tonton disait, sobre, qu’il ne disait que des horreurs quand il était bourré… Mais le garçon croyait le monstre, pas le repenti. Lui le bâtard, le fils de salope, lui l’erreur… Sur ses planètes, aucune race humaine ne se différenciait d’une autre. Il tremblait, il sentait la merde presser son anus, sa gorge se remplir d’une boule dure, ses yeux se noyer de larmes, sa bouche se pincer pour retenir des sanglots. « Tu te retiens de pleurer hein ? Les bougnoules c’est des lavettes ! T’as ça dans l’os, t’as ça dans l’sang, t’as l’sang nourri d’l’âme de voleur ! ». Il s’éteignait, entrait dedans lui, délesté du corps et du monde des androïdes. Ça n’existait pas. Sa silhouette frêle était secouée par les grosses baffes flanquées par Tonton… « Le corps tout rouge, le corps des coups, les jambes les bras les yeux, tout est faux »… Abandonné sur le carrelage froid, il rampait, profitant que tonton déferlait sur tata à coups d’beignes, de gifles, de boule, de genoux… Elle encaissait/hurlait… La lumière était de plus en plus hâve… Il se trainait lentement à l’instar d’un soldat pris par une saucée de bombes… Des chaises grinçaient, tombaient, des saladiers, écuelles, plats, plateaux, soucoupes, soupières, assiettes et couverts valsaient et explosaient dans tous les sens… La bataille s’éloignait, il se relevait dans le long couloir baigné dans le noir et rejoignait sa chambre à tâtons… La nuit se prolongeait, épouvantable, dans le fracas des cris, des dérouillées, des insultes… parfois jusqu’au petit matin… Mémé, comme à son habitude, restait figée sur sa chaise, en silence, fixant le vide au milieu de la ligne de front… Pour finir, Tonton, dans un ultime soubresaut de conscience, s’excusait en gueulant : « Ma chérie désolé ! J’m’en veux, excuse-moiiiii ! Par pitiéééé ! Viens, laisse-toi faire, regarde comme je t’aime ! Ouvre tes cuisses, tu sentiras mon amour, mon pardonnn ! »… Il finissait par respirer fort… Tata retenait des cris… Il la violait toujours avant d’aller dormir.
Mon Usine, la suite… Premières pages du roman en cours d’assemblage (1 à 2 mois de taf)
Andy Vérol
Publié par hirsute à 16:04:39 dans Andy Verol | Commentaires (0) | Permaliens
"Ton chef te dirait de te faire amputer les jambes, tu le ferais?" Le garçon était persuadé qu'une chose pareille était impossible... l'avenir lui donnerait tort. Il s’adonnait à Casimir, Albator et autres légendes dès son retour à la maison. Bien sûr, il expédiait ses devoirs afin de ne pas manquer la nouvelle messe des gosses, un substitut tonique au catéchisme d’antan… Les héros étaient très gentils, sans pitié avec les méchants. « ça pisse pas, ça chie pas les héros. Ils dorment pas, ils mangent presque jamais et ils cassent la gueule aux forces du Mal ». L’enfant était préparé au monde nouveau, il le savait. Les ogives nucléaires, les barbelés, les JT, les autoroutes, les policiers, les hommes politiques étaient là pour le bien de tous, pour que l’ordre et la sécurité règnent, pour que le chocolat Poulain coule à flot, que les survêtements Adidas soient moins chers. Il étouffait. Son corps n’était qu’une abstraction, cette imitation d’Homme en chair et en os qui l’obligeait à se mouvoir dans les espaces faux du monde « qu’on voit par les yeux ». Il était certain que ce qu’il voyait était projeté par des écrans collés à la Glu en lieu et place des paupières. Les maîtres invisibles avaient fait en sorte que lorsqu’il se touchait les yeux, il sentait une texture molle et chaude, réplique parfaite de la peau et de la viande en dessous… En réalité, des micros-fils relayaient ces écrans au cerveau et une sorte d’antenne était implantée quelque part dans le cervelet. « C’est vrai mais c’est pas vrai. Y’a que Malik et les planètes qui existent ». Tonton bossait assez tard pour le laisser tranquille jusqu’au repas. Généralement, il allait se saouler au bar de la Place de l’Hôtel de Ville avec ses copains de la grande usine de fonte qui bordait le fleuve aux eaux vertes, alourdies aux rejets de soufre et de mercure. On parlait de la fermeture progressive de la matrice qui faisait vivre la ville. Les grands patrons n’aimaient pas les syndicats, ne montraient plus le bout de leur nez… Tata était chez la voisine, Cathy, une italienne rondouillarde maquillée vulgos. Elles sifflaient des petits gâteaux, du thé et des liqueurs pendant que le Pot-au-feu, la potée ou la soupe ronflaient sur la gazinière. Le chien, un Berger Allemand, roupillait sur ses pieds, léchant ponctuellement les couilles et se grattant mollement derrière l’oreille. Il était bien, n’avait pas besoin de s’isoler dans ses mondes. La télévision braillait, son corps se relaxait, il piquait parfois une clope dans le paquet oublié de Mémé qui restait enfermée des journées entières dans sa chambre chlinguant l’urine. La fumée emplissait sa gorge, saturait ses narines de l’odeur violente du tabac sucré aux agents de saveur… « C’est comme la drogue sauf que c’est pas de la drogue paske l’état il dit que c’est du tabac ». Débile. La maison lui appartenait…
Les souvenirs sont chaotiques, ils sont la fable d’une vie passée, perdue dans la macreuse du cerveau. Verdâtre, vieilli, mon visage apparait sur l’écran bombé situé en haut à gauche. Je décris tout pour que vous visualisiez, imaginez, utilisez la cervelle, qui que vous soyez, que savez-vous ? Croyez-vous tout ce que vous lisez ? Tout ce que vous voyez ? Dites-vous que je ne mens pas. Qui que vous soyez, j’affirme n’avoir jamais été l’enfant, n’avoir jamais vécu les vies qui dégueulent de ma tête vers l’écran. Je certifie la défaillance du gluant cérébral, chez tout le monde. Pensez bien que vous n’êtes pas là où vous êtes. Soyez certains que vos dieux n’existent pas, que vos familles sont en réalité des fictions en 3D, conséquence des hologrammes qui baisent.
L’enfant finissait sa cigarette, en enchainait une autre « parce que ça fait drôle dans l’crâne, ça fait des vagues, ça fait des coups de vent dans la vue, ça fait comme quand tonton fonce sur une bosse sur la route et que ça fait tourner la tête et guili dans le ventre». L’enfant timide, l’enfant caché, l’enfant adulte, l’enfant monde. Il caressait le chien… Mais la télé lui renvoyait la force, le bonheur, la violence « on peut mourir et renaître, on peut être explosé par un laser et revenir dans le prochain épisode ». Juste avant les consoles de jeux, mais déjà à l’ère des super-héros. Ses petits doigts aux ongles rongés faisaient sept fois puis cinq fois des ronds minuscules sur l’accoudoir en tissu beige du canapé mou: « C’est pour que Dieu me donne pas de punition. C’est pour plus jamais pisser à côté. C’est pour qu’une fille me fait des bisous sur la bouche »… Le foot, les voitures, les bagarres ne l’intéressaient. Il rêvait des filles, il sentait en lui une tension lourde lorsqu’il regardait leurs jupes. Il ne savait pas ce que c’était, mais il savait que c’était un bouleversement, une bascule du corps qui le mènerait vers les grandes cascades pleines de courant… Timidement, il ouvrait le catalogue, celui de La Redoute et le refermait aussitôt. Lorsque ses yeux se posaient sur une photo de femme en lingerie, c’était un peu comme s’il sortait de lui, prêt à casser sous une pression invisible, comme une allumette…
Mon Usine, la suite… Premières pages du roman en cours d’assemblage (1 à 2 mois de taf)
Andy Vérol
Publié par hirsute à 14:50:19 dans Andy Verol | Commentaires (0) | Permaliens
L’heure de la récré, comme on sonnait le rappel des bagnards après l’évasion. Je n’ai pas de temps, de minutes, l’œil torve fixé sur le mur blanc juste au-dessus des écrans… J’ai promis d’écrire les vies en quelques minutes, de torcher ces conneries qui me mangent la tête tout comme le condamné fait exploser une dernière fois son existence avant le grand saut dans la marmite… Mourir, c’est renaître encore, jaillir vierge dans l’incendie du nulle part… Un ventre chaud, du liquide, un cordon et l’éclipse… Fort heureusement, là, accroupi aux instants de pauses, il voyait qu’il n’était pas le seul paria de ce morceau de saleté. Des tracks de beats lourds, des lentes mélodies et : « Si mon cœur s’arrête de battre, je reviendrai dans l’monde où je suis l’boss ». Et c’était avec un sifflet qu’on rappelait les chiots… Le garçon se levait, les cuisses irritées par le velours côtelé de son pantalon.
Il y eut un jour où un scandale se produisit. L’après-midi était bien avancé, il faisait étrangement doux pour cette journée de janvier. Madame Martinez n’écarta pas les jambes, les ombres seulement, les plis aussi, le soyeux de ses bas et sa voix monocorde qui indiquait que nous étions tous condamnés à sourire aux puissants pour avoir une bonne note. « Si je tire fort sur l’élastique et qu’il pète, les arabes seront virés du pays ». Ils entendirent un cri. Ça ressemblait à un hurlement de bileux au ventre transpercé.
Détend-toi, démerde-toi, concentre-toi, ça n’est pas toi qui est en taule là… Les hélicoptères ont le goût amer de l’artifice. Cric cric, on charge la mitrailleuse ou la tireuse de tampons hygiéniques. Le verre de vin est vite avalé. Où est-elle ? Que fait-elle ? Mourir, c’est renaître encore…
Madame Martinez sortit en catastrophe, le garçon fixé sur son cul et sur la masse compacte des élèves qui divaguaient vers dehors. Il suivit, s’avança et scruta en biais entre les têtes brunes et pouilleuses des singes à l’envers. On ne le laissait jamais passer, les cons raidissaient leurs épaules, faisaient barrage avec leurs guiboles de footballeurs – « Si je touche dix fois de suite puis deux fois après une pause sur la clenche de la porte, le président interdira le foot pour toujours et les mettra tous à la guillotine » - et le toisaient méchamment. « Toi ton père il a une boule dégueulasse dans le cou, et toi ta mère, elle s’habille comme une pute, et toi, ton frère il est en taule », pensait-il pour se rassurer. Sûrement… Il parvint pourtant, sur la pointe de ses Noël neuves baptisées à coups de grole par ses enfoirés de « camarades » de classe, et aperçut au fond du couloir, un garçon de l’autre classe de CM2, un arabe, qui se roulait par terre, nu comme un ver, l’œil vitreux et la bouche emplie de mucus, une grotte dégorgeant l’écume de la rage. On ne percevait que son cul ses jambes ses hanches et légèrement ses couilles qui valsaient au gré de ses spasmes. Le gamin était fasciné, tous les gosses l’étaient, Madame Martinez l’était… L’école entière.
Défie-moi, rentre-moi dedans. J’aimerais lui dire ça parce qu’elle ne vient plus, me maîtrise ou me traitrise… Pas un instant elle n’a soufflé mot, verrue déviante qui jouait les saintes nitouches. J’écris, profitez-en, prenez ce qu’il y a à prendre si vous avez pu vous procurer ces mots. Prenez acte de ma détresse. Nous sommes tellement plus en détresse lorsqu’on se pavane dans le confort. Un type en uniforme, cagoule, joue l’anguille sous l’objectif de la caméra EI23. Je le sais, il transpire de peur. Mes micros sont coupés, tous les moyens de communication. La mémoire putain, la bassesse du cerveau qui vous injecte des sacs d’émotions et d’images dont on n’a plus besoin.
L’enfant faisait fille selon les dires des dudules l’entourant… L’arabe aussi, ce gosse de onze ans au nez ratatiné à la façon boxer confirmé, et à peine plus haut qu’un filet de tennis, était appelé « le raton nain »… Il était connu pour être turbulent, bagarreur, un brin arrogant et provocateur. Il le regardait se débattre avec plaisir : « Lui il a le courage des héros, il a pas peur de cracher et il fait peur ». Personne ne provoquait Malik, malgré sa petite taille, parce qu’il avait du répondant… Madame Laurent, son instit’, en vint à bout, le chopant sous les aisselles et le conduisant dans la salle vide du fond du couloir. « Allez allez on retourne à sa place ». Et des chuchotements, les slips trempés d’excitation, la tête frappée par la stupéfaction. Le scandale de l’école avait eu lieu et le garçon en était heureux : « Comme ça, on s’occupera de lui. On a vu son zizi, on a tout vu, ils me laisseront tranquille »… Son bas ventre frissonnait de plaisir, une sensation sensuelle, des vibrations… Ses yeux replongèrent dans la ville. « Je suis sûr que Malik est là aussi. On est de la même planète. La planète OTO, la planète des vipères, des gens qui boivent du jus dégueulasse. On est armé, on tue qui on veut parce que nous, on est les anges. Les souris, c’est nos copains. Malik, il est tout nu. C’est pas un arabe, c’est un copain du Dieu des tout p’tits, les plus costauds ». Il rêvait soudain d’amitié. Il rêvait d’un être balancé dans le monde pour son seul plaisir. Malik avait été jeté à travers le vortex épidermique de l’entre-monde afin de sauver le garçon de l’emprise des fantômes, des androïdes, ces flasques reprographies en volume d’êtres humains. Celui que l’on avait croisé jusque-là, n’avait été qu’une pale copie de l’original, la version cœur palpitant, muscles saillants… C’était soudain magique. La journée grise froide, grise avait pris des couleurs. Le velours faisait moins mal, la peur de n’avoir jamais de poils s’estompait un peu. « Si le soleil disparait derrière le toit avant 17h15 – heure de ma montre Mickey-c’est-obligatoire-de-le-dire – alors c’est que Malik est un humain comme moi, et qu’on va changer le monde »… On l’entendait encore hurler, insulter. Il usait d’ « enculé » comme on déglutissait. Gamelle. L’heure d’un BN fraise empâtant la bouche comme du plâtre… Alors que chaque jour, sur le chemin du retour, les Têtes Brûlées lui calaient des béquilles en pleine fuite, cette fois, il était épargné. Tous les écoliers n’avaient que l’affaire Malik dans la bouche et dans l’esprit. Ils spéculaient, fabulaient, flippaient et réécrivaient l’histoire. Le ciel crépusculaire était orangé, les nuages avaient tracé et le froid s’était renforcé. « Si je shoote dans l’caillou et qu’il va sur l’aut’ trottoir, je deviendrai le copain de mon Malik ». Ma mémoire ajoute soudain une silhouette monstrueuse devant la GS bidouillée par un motard vulgaire…
Mon Usine, la suite… Premières pages du roman en cours d’assemblage (1 à 2 mois de taf)
Andy Vérol
Publié par hirsute à 16:22:47 dans Andy Verol | Commentaires (0) | Permaliens
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