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Suite du texte précédent écrit par mon frère Duno:
Drucker baise Sabatier baise Sébastien baise Ardisson baise baise baise…
Je ne vois plus à quoi ça sert d’aider les autres. Quand je vois Marc, sur son lit de mort, les tuyaux partout, la bouche grande ouverte, le corps plein d’eau… Et ce regard éteint. C’était notre meilleur ingé-son, mort comme beaucoup de pédés : le Sida, tout le bordel qui va avec. Je n’allais pas le voir. Ça fait flipper les gens qui meurent, qui agonisent. Tu retardes l’échéance et tu vis ta vie. Je picolais, je pétais les plombs. J’ai changé depuis Marline. Elle me prend la tête. 40 coups de fil par jour. Un coup c’est noir, un coup blanc :
« Tu vas payer ce que tu m’as fait ! 10 ans de taule sale taré ! Je t’aime, je t’en veux pas tu sais. Je comprends. Tu vis dans l’ironie. Tu vis dans le foutage de gueule. Duno, t’es une sale race, une merde, t’es un danger. Ta mère aurait du te foutre en taule à la naissance. T’as détruit ma vie, t’as embelli ma vie. Je veux des enfants de toi, des fœtus qu’on jette aux chiottes ! »
On me disait qu’il était mal, on me parlait de ses légers mieux, on me disait qu’il fallait le voir. Mais je chialais dans les chiottes. C’est comme ça. Je ne voulais pas le voir tout maigre. Pas savoir quoi lui dire : « Alors ça va ? T’agonises bien ? Et la famille ? Ah ouais t’en n’as pas. C’est quoi tes projets ? Et le boulot ça marche ? Les infirmières sont sympas ? Faut pas t’inquiéter, comme y’a pas de traitement pour guérir, avec l’aide de Dieu, tu vas mourir bien heureux ».
Marline me disait qu’il fallait aller le voir, mais qu’il ne fallait pas forcer les choses. Je ne sais pas aider les gens. J’ai des séries télés pour mater la mort esthétisée, scénarisée, avec un arrière-goût de faux, à la fin, qui me laisse penser que la vraie mort, elle n’existe pas… Qu’elle existe loin. Dans les pays lointains avec les noirs tous maigres. Ça m’intéresse moins que la météo du lendemain… Mais il ne faut pas le dire. « Brrr le méchant, bollocks… ». Même si c’était Marc qui crevait, ça ne me touchait pas vraiment. J’étais sûr qu’en allant le voir à l’hôpital, je craquerais, je ferais ce qu’il ne faut exactement pas faire avec les morts imminents :
« Oh Marc mon pote, pars pas, c’est horrible la vie ! Putain de Sida qui t’emporte, va te faire crever comme une merde. Tu seras plus qu’un cadavre dans un trou de terre et de graviers froids… Dieu n’existe pas, ou alors s’il existe, il est fan de boucherie… Tu seras plus rien et peu à peu tu t’effaceras de ma mémoire… parce que je picole trop, me junke trop, me tue tous les neurones… Et d’autres gens biens viendront après toi, on priera pour eux, mais ça marchera pas non plus… »
Duno
Publié par hirsute à 19:03:27 dans Andy Vérol & Duno | Commentaires (0) | Permaliens
L’armoire est lourde, posée là, dans cette chambre plutôt moderne, tendance mobilier standard. Un hôtel bon marché posé en pleine zone industrielle. C’est ici que j’ai atterri hier soir, que je me suis isolé, cloîtré en quelque sorte. Première Classe, c’est le nom de cette chaine d’hôtellerie. Ça me fait penser à une maison close moderne. Un peu seulement puisque les femmes n’y courent pas les couloirs. On ne peut même plus se contenter du film porno de Canal + qu’ils ont remplacé par du foot. Je déteste le foot. Le rugby aussi. Le tennis. Le handball. Cette armoire est là, vide, mais massive. Je m’interroge. Je déteste les chaines d’information continue. Je déteste aussi les chaines généralistes. Les documentaires m’emmerdent avec leur morale systématique : l’Homme détruit la planète et si nous n’y prenons pas garde eh bé on va tous mourir surtout nos zenfants et nos petits zenfants.
Je n’ai pas déballé mon sac. J’ai déjà connecté mon PC. Direction les réseaux sociaux, les discussions en mitraille avec des lecteurs qui cherchent soit mon amitié et plus si affinité (pourtant impossible), soit le conflit, le débat… Tenter de me persuader qu’ils ont raison, que j’ai tort, que ma notoriété ne me donne plus le droit de m’exprimer sans que cela ne puisse paraître suspect. Les cahiers de Duno sont étalés sur le lit. Il y en a six datant de 1996. Je m’intéresse essentiellement à cette période de sa vie, la dernière année de son existence. Vivre avec ses fantômes, gang banguer avec ses morts, librement, sans qu’aucun vivant et ses lois n’y puissent rien faire.
Au rez-de-chaussée, j’ai demandé de la monnaie à la femme de ménage. Elle m’a regardé de travers puis elle s’est exécutée. Ce que j’écris là est chiant, tu vois ? ça ne tient pas la route, c’est de la morve dite littéraire. L’écriture. Mon PC n’est pas stable sur le lit. La touche « N » ne fonctionne plus très bien. Je prends le premier cahier et voilà je te retranscris ce qui est écrit sans avoir lu au préalable. Précision, le cahier est rouge, petit prix semble-t-il, papier fin à carreaux.
Duno écrit ceci :
18 novembre 1996 :
T’as des filles comme ça, qui te prennent la gueule. En politique c’est la même… A la soirée du Galipot, ce mec Daniel s’est pris pour un prêcheur, un bon Führer de gauche. Il m’a dit : « Ouais t’es pas assez positif, moi je suis pour la paix, pour que les hommes soient biens ensemble… » Alors je lui ai dit qu’il faudrait bousiller 90% de l’Humanité pour que son projet de merde fonctionne. Et il m’a répondu : « Ben s’il le faut, on le fera non ? »
Je lui ai parlé en anglais ensuite. Il ne comprenait rien à l’anglais. « Moi j’ai fait espagnol, alors l’anglais… » On est tous des chiens de la télé. On a même des connards qui la font qui disent que c’est le nouvel opium du peuple. Je sais leur façon de fonctionner à ceux de la télé. On nous invite rarement pour brailler dans le petit écran. Moi je me tiens tranquille quand j’y vais. J’ai la diarrhée, la nausée, les organes qui tremblent et l’envie de crever tellement j’ai peur. J’essaie de pas trop boire pour éviter de dire des grosses conneries. Mais difficile de m’en empêcher. En coulisse, les émissions de télé sont des pistes d’atterrissage pour alcoolos et junkies à la masse. Tout le monde y passe. Les gens célèbres sont des branleurs qui ne pensent qu’au cul, à expérimenter des trucs sexuels de malade… Ils sont tellement paumés et trous du cul qu’ils ont le regard vide des vide-ordures.
Duno
A suivre...
Publié par hirsute à 18:57:44 dans Andy Vérol & Duno | Commentaires (1) | Permaliens
J’ai retrouvé ce passage des carnets, totalement symptomatique, de mon frère Duno. Je me retrouve en lui certains jours, d’autres, je me dis que c’est une imposture, qu’il n’a jamais pu exister.
Et pourtant tous ces cahiers, noircis pendant des années, sont bien là, entassés dans mon cagibi, sur des étagères, etc. Il est évident que la « présence » de ce mec dans ma vie, bouleverse beaucoup de choses. Certains auront remarqué mon changement de style, ces derniers mois. Moins pugnace, moins violent, sans doute avec moins de relief, diront certains.
Il y a des fantômes oui. J’en parle. Et celui de Duno est là, lourd, accroché à mon bide, tu sais, comme le môme capricieux qui te pourrit la vie dans les supermarchés, dans les trains, dans toutes les espaces publiques qui requièrent pourtant de la discrétion. J’ai de moins en moins envie de passer pour hardcore. Mon frère bousillait des femmes, des jeunes filles. Il les violait parfois, couvert par sa maison de disques, son tourneur, ou je ne sais quels hommes de l’ombre.
Le rock n’roll et ses mythes. Il faut raconter la musique de la seconde moitié du XXème siècle sous cet angle. Duno était un chanteur charismatique. Il était considéré comme un dieu par certains de ses fans, il était au moins un génie aux yeux de beaucoup. Les années 90 voyaient la fin du rock spontané, celui issu de la rue. Il était rentré dans les mœurs au point d’en devenir une musique de paroisse. Le passage qui suit, est un moment précis où Duno a eu envie de se rapprocher de Dieu, à sa façon, de sa façon toute particulière. J’ai peur de lui, et pourtant, il est bien mort, enterré dans un cimetière du bordelais.
14 octobre 1996 :
T’es pas sortie de ton coma en bon état.
J’aimerais chanter une chanson avec ce titre-là, putain. Le rock, c’est ça, c’est expliquer comment je casse les os de Marline. Quel prénom de merde, quelle gueule de merde. Pourquoi je me suis foutu dans la gueule de coucher avec des « vieilles ». On m’a fait boire un nouvel alcool hier. Je sais plus le nom. Mais ça m’a rendu dingue de malados ! Le label me fait chier. On fera plus d’albums ils ont dit. Ils sont qui pour faire chier ! Les labels se prennent pour les « boss » du rock ! Ils te foutent devant une foule de connards et tu sais plus comment tu t’appelles. On est plein à chercher Dieu à cause de ça, Dieu et sa clique de petites putes à genoux. Les saints là et les fidèles aussi ! ça me vient comme ça le rock n’roll ! Ils acceptent plus mes textes !
Je te vomis à la gueule
Dieu branleur, dieu belle gueule !
Je te dégueule à la gueule
Dieu vieille peau, dieu vieille gueule !
T’as mis les gosses dans ton lit,
Cureton !
T’as mis ton sperme dans sa vie,
Sale con !
Ils ne veulent plus mes textes… Ces trouillards.
Le rock c’est pas de gauche, c’est pas de droite ! Le rock c’est aussi le rap, la techno hardcore, le punk, le blues, le jazz, le oï, … Tout ça c’est du rock, c’est j’t’emmerde ! Mais dès que le rock ne sera fait que par des bourges, et ça commence, alors ça n’existera plus. On le trouvera ailleurs.
Hier je vais dans une église. Evangélique. Ils avaient guitare, batterie, basse, tout ! Ils chantaient Alléluia, Jésus, mon amour, putain ! Ils mimaient le rock les mecs ! ça m’a inspiré ! Putain, je vais écrire un album satanique, où Dieu se fait prendre par mille vierges… Et Jésus dans tout ça ! Comme en Rave, il tient le seau à l’entrée, il prend la thune des mecs qui viennent danser : « C’est pour faire tourner la boutique et faire bouffer les chiens ! - Ta gueule Jésus ! On sait. - Je suis le fils de Dieu les mecs ! - Ouais on sait, mais c’est un has-been dieu là, on s’en branle de lui ! Nous, not’Dieu c’est la techno ! Not’Dieu c’est la teuf ! Not’Dieu c’est l’exta ! L’shit ! La beuher ! - Vous ne pouvez pas faire ça ! Vous blasphémez et vous sortez du droit chemin ! - Ouais on tortille du cul ! » J’ai pécho une Bible à l’entrée et direct, j’ai lu ça : « Ce qui est tordu ne peut être droit, ce qui manque ne peut être compté », un extrait de L’Ecclésiaste. J’ai pensé tout de suite à ma bite qui marche plus ! A Marline, ma pine, mes coups et son coma de deux semaines. J’ai pensé aux flics qui déboulent et pendant la cérémonie, j’ai chialé. Ils pleuraient pour beaucoup là-dedans, ils parlaient bizarrement, avec une langue incompréhensible aussi… Et moi j’ai été comme emporté ! J’ai dit au vieux, à côté de moi : « Putain vieux, j’ai déconné, j’ai tabassé celle que j’aime… Elle va mieux, mais je veux que Dieu me pardonne - Dieu est miséricordieux jeune homme. Il peut pardonner. Mais il faut que tu lui donnes ton amour, que tu lui obéisses, que tu admettes tes pêchers. - J’ai un cancer généralisé aussi ! Et je suis alcoolique. Et j’ai jamais eu d’amour ! » Putain je pleurais et ce vieux con me soulageait, me soutenait. J’en pleurais. Les vrais cons aident les vrais connards comme moi ! Jésus passe dans la salle, entre les teuffeurs : « Ne vous droguez pas, nourrissez-vous de la Parole du Seigneur - yeaaaah le saigneurrrrr ! Vampire ! » Le vieux m’a lâché un truc du Livre des Proverbes de la Bible (who walk on the water like Jesus) : « La haine excite les querelles, l'amour couvre toutes les fautes ». Me suis mis à pleurer. J’avais envie de rouler des pelles à toutes les adolescentes sages qui étaient là. Leur dire mon amour, l’excitation, l’envie… C’est à l’église, hier, que j’ai ressenti, pour la première fois depuis des semaines, une érection ! « Putain vieux ! Dieu est là en moi ! Il m’a redonné la gaule ! Je bande putain ! Je bande mon vieux ! Grâce à toi ! Grâce aux p’tites chrétiennes. » Le texte de Duno s'arrête là... Une grosse queue est dessinée, telle une signature nerveuse de névrotique...
Publié par hirsute à 19:04:45 dans Andy Vérol & Duno | Commentaires (1) | Permaliens
Voici une nouvelle retranscription des carnets de mon frère Duno, leader d'un groupe de rock assez connu en France dans les années 90, suicidé depuis. Je n'ai découvert son existence que très récemment, il y a quelques années de ça seulement. Il semble que son suicide soit plus ou moins lié à une relation tumultueuse avec une certaine Marline, manageuse de son groupe à cette époque-là. Alors qu'elle était hospitalisée à la suite de coups qu'il lui avait portée, il lui a écrit cette lettre qu'il n'a semble-t-il pas envoyée, mais qu'il a laissé dans ce carnet vert, plus précisément un cahier Clairefontaine vert:
Marline,
Son haleine de cafard certains matins… « J’ai trop bu hier. J’ai trop fumé hier. J’ai pas assez fait l’amour hier. »
Je n’avais plus le souvenir de nous. Il faut les buter, les démolir, les foutre par terre. Les merdeux qui vont aux concerts sont d’incroyables imposteurs. L’heure est au bilan, les mains, le cul, la rébellion, c’est acheter une place de concert et pogoter dans la fosse, fringués en destroy, boulets, bidons, les baveux, jeunesse. Je mets des doigts dans le cul du monde ! et hurle dans le micro. Marline, te hais te déteste, te bute ! Te démolis, te fous par terre… Je ne veux pas, j’ai pas envie, j’ai pas choisi, j’ai envie de te buter, te mettre sur la gueule, je veux pas te faire de mal, écrire, je t’écrirai une chanson merde, de country pour te dire comme je t’aime, je te hais, je te démolirai, je te buterai, je suis pas un gosse, je bande, j’arriverai à bander, j’aurai la bite dure ! Je suis pas impuissant ! je bois pas trop ! Je vais te démolir ! J’ai rien fait ! Je te bute parce que tu m’humilies ! Je ferai pas de mal sinon, je ferais pas ça ! Marline, je te bute pas, désolé, j’étais bourré, je bandais pas, ça m’obsédait ! Je suis nul, sur scène, je suis nul, un dieu nul, je suis nul ! Marline, m’en veux pas, rappelle-moi, accepte mes excuses ! Je t’aime, je te hais, je te promets, je ne te ferai plus de mal. Je verrai plus ton sang, ni le mien ! Nos sangs resteront dans nos artères, dans nos corps ! Je les ferai plus jaillir ! Je le ferai plus ! Marline je te bute, j’ai frappé, c’est pas moi, c’est ma bite qui bande plus ! Je suis victime, je suis pas ton gosse ! tu m’humilies ! M’en veux pas ! Accepte de me coir ! Je veux te voir à l’hôpital… Dis leur comme je m’en veux ! J’ai tout foutu en l’air ! Pourquoi t’as dit que j’étais un artiste de merde ! Le public, c’est de la merde ! Pas moi ! Les autres du groupe sont de la merde ! Pas moi ! J’arrêterai de boire cette fois ! Je casserai plus rien ! Je serai sage ! On fera des enfants ! Je prendrai un job ! N’importe ! Je te buterai ! Non je te jure !
Je t’aime Marline
Duno
11 septembre 1996
Publié par hirsute à 11:31:03 dans Andy Vérol & Duno | Commentaires (0) | Permaliens
Un indice pour savoir qui il était:
Publié par hirsute à 23:33:17 dans Andy Vérol & Duno | Commentaires (1) | Permaliens
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