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Andy Vérol - Une dernière usine avant extinction

Le moindre de vos dons m'aidera à arrêter - Les écrits d'une petite frappe de la littérature

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Une biographie d'Andy Vérol: Manu Chao, le clandestino, juin 2009, Editions Pylône.Infos ici: http://pylone.wordpress.com/ 


Une biographie d'Andy Vérol: Noir Désir, le vent les portera, juin 2009, Editions Pylône.Infos ici: http://pylone.wordpress.com/


Nouvelle d'Andy Vérol dans le livre collectif, Le Livre Noir de Ta Mère, Ed. de Ta Mère - 2009. Infos ici: http://detamere.blogspot.com/


Premier roman d'Andy Verol, Les Derniers Cowboys français. Collection Pylône - 2008. Infos ici: http://pylone.wordpress.com/

Une biographie d'Andy Vérol: Un noir désir, Bertrand Cantat, 2008, aux éditions Scali. Périmé.


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Interview de Konsstrukt - La version complète. | 14 novembre 2007

Rapidement, en ce début d'interrogatoire, ton état civil! Nom, prénom, cursus, naissance, tout ce bordel quoi...

---> je m'appelle Christophe Siébert, j'ai un cursus de merde (deux ans de fac, dix ans de chômage, en ce moment j'essaie d'être pigiste), je suis né en 74.

1 - Tu sévis sous le pseudo konsstrukt sur Internet... Explique-moi ce que ça signifie...

---> j'ai tartiné une vingtaine de pages imbitables là-dessus, mais, en gros, konsstrukt était le nom que je voulais donner à mon collectif, avant de me rendre compte que j'étais tout seul dedans. Plus tard, d'ailleurs, c'est devenu un vrai collectif (qui entre dans sa vitesse de croisière en ce moment). konsstrukt, c'est un terme qui vient à la fois de la kabbale et du jeu de rôle (argh), et c'est une sorte de variante du golem, à ceci près que ce golem-là ne fonctionne pas, il est tout à fait mal branlé et il risque de tomber en morceaux tous les trois pas. Je trouvais (et je trouve toujours) que c'est un nom approprié pour dénommer un collectif qui n'a aucune direction, qui n'est qu'un ramassis d'individus dont l'unique point commun est, et bien, de faire partie de ce collectif.

2 - Tu mets énormément de textes sur ArtSolid totalement marqués par la violence, le sexe (dans le sens "pure baise" du terme) et autres phobies post-ados. Tu as un style saccadé, sans consession. Tu associes des idées qui, généralement, provoquent de la répugnance dans la tête des lecteurs... LA question sera donc aussi conne que ce qui précède. Mais où tu vas comme ça? (Développe un peu!)

---> déjà, je ne crois pas que la violence et le sexe, ou leurs associations plus ou moins névrotiques, soient des phobies post-ado. Je crois, au contraire, que la violence (réprimée) et le sexe (mal foutu), c'est ce qui sert de point commun à 90% des gens. J'écris pour eux, héhéhé. c'est ce que disait Artaud : j'écris pour les muets et les morts. Moi, j'écris pour les névrosés de tous poils, j'écris pour décrire une souffrance qui affecte beaucoup de gens : l'impossibilité d'assouvir ses pulsions les plus stupides, et le déni que la société en fait. Dans mes fictions, mes personnages sont soit dévorés par ce déni et cette impossibilité de passer à l'acte, soit se laissent aller et vont jusqu'au bout de leur échec. Je ne pense que mes idées soient répugnantes. Elles le sont superficiellement. Mais, au bout du compte, celui qui réfléchit dix secondes se rend compte qu'elles sont à la fois banales et familières, ces idées. Ce sont celles des protagonistes du journal de vingt heures. et Ce sont celles de tout le monde, à un niveau plus ou moins enfouis.

Donc, où je vais comme ça ? J'en sais rien. Je me suis rendu compte récemment (aujourd'hui, en fait), que ce que je voulais faire, sur un plan technique, c'est un roman totalement immersif et pas du tout psychologique, et j'en suis encore un peu éloigné. Je veux écrire un bouquin qui parte d'un type normal, que ce type dérive vers les pires atrocités, et que le passage soit à la fois inexpliqué et tout à fait normal et compréhensible. Et je veux que le lecteur s'identifie à ce naufrage. Voilà ce que je veux. Peut-être avec le prochain. Il va s'appeler paranoïa, il y aura un type qui converse avec le caca des autres, et qui projette de faire exploser Benoît 16.

3 - Tu écris depuis combien de temps, à quelle fréquence? As-tu toujours écrit dans ce style et sur ces thèmes?

---> J'écris depuis que j'ai douze-treize ans. Au début, j'écrivais des nouvelles inspirées de lovecraft (enfin, je croyais, mais j'avais pas encore lu lovecraft, c'était juste un mot de passe de rôliste), en réalité c'était du gore bien rouge. J'écris dans ce registre plus intime et avec cette forme très directe et immersive depuis les mouches mortes, qui est mon premier bouquin d'adulte qui sait écrire. Mon premier roman d'écrivain, quoi. je l'ai écrit, j'avais vingt-cinq ans, je crois.

4 - Peux-tu, grosso modo, détailler tes différentes publications?

---> Ah bin ça va être vite torché : en librairie, un roman (j'ai peur) édité à la Musardine, et la participation à un recueil collectif (raison basse) sorti aux éditions Caméras Animales. Tout le reste est disponible sur mon site, en pdf, et dans les dix ans à venir sera en librairie et puis au pilon.

5 - Ton roman est axé sur les "pratiques" sexuelles d'un internaute... Il est vrai qu'en y réfléchissant un peu, le sexe "réel" s'avère quasiment inutile pour un libidineux absolu. Il peut assouvir frénétiquement ses pulsions sans jamais mettre personne en danger... Il peut vivre son activité de bête féroce en toute quiétude. Ne crois-tu pas que la sexualité de l'internaute, c'est la fin de la lutte sexuelle entre les vivants?

---> Je ne crois pas qu'il y ait une lutte sexuelle. Enfin moi, je ne vis pas les choses comme ça, de mon côté du sexe. Enfin, quand je lis Houellebecq, je trouve ça juste, mais ça ne correspond pas à ce que j'observe, moi. Ceci dit, un vrai libidineux ne s'en tient pas à internet. Le héros de j'ai peur n'est pas libidineux. Sinon, il irait davantage aux putes. Et puis, ne mettre personne en danger, c'est vite dit. Les vidéos de viol qu'il se tape vers la fin, tout de même, elles existent. Le viol est sûrement réel. Il répond peut-être aux lois de l'offre et de la demande. Dès qu'il y a du vivant qui intéragit avec du vivant, il y a du danger. Les pulsions de ce pauvre gars sont plus narcissiques que libidinales. Il veut être le centre du monde. Et il a trouvé de biais pour y parvenir, mais évidemment c'est un échec. Encore une fois, il ferait bien mieux d'aller aux putes.


6 - Tu interviens sur un certain nombre de forums. Sans doute es-tu en quête de notoriété, fébrilement tu cherches à te faire un nom... Je pense que ces forums (et particulièrement le forum Technikart) se prêtent parfaitement à ta façon d'écrire. LE "format" de tes textes colle idéalement au "public" du net qui est lâche, agressif, prétentieux, sans visage (évidemment), décomplexé et mal cultivé (culture littéraire hybride cantonnée aux auteurs speed, culture pop/rock, etc.). Ne penses-tu pas que le lectorat du net n'est autre qu'un gros handicap pour celui qui écrit? Ne crois-tu pas que les écrivains punkoïdes tels que toi doivent sortir de ce monde beaucoup étriqué que ce que l'on en dit?

---> Oui, je suis en quête de notoriété. Je ne sais pas, en revanche, si internet se prête à mon style, ou si internet a façonné mon style, ou si les gens se sont adaptés à cette façon de faire ; j'en sais rien. Quant au public, il est très varié. Il va du stéréotype que tu décris à des vieux cultivés, à des gens très chouettes, des jeunes filles, des vieilles veuves, des gens normaux, des gens qui bossent, des drogués, etc. Il y a même des gens très cultivés sur internet, et de parfaits crétins dont tu te demandes comment ils ont réussi à se connecter. Il y a aussi quelques flics, quelques pervers, quelques maboules. Mon public, je le sais parce qu'il communique pas mal avec moi, est un subtil mélange de tout ça.

7 - Sur quel projet bosses-tu en ce moment? Cherches-tu à collaborer, à rencontrer, ou reste-tu dans "ton coin"?

---> En ce moment, je bosse sur un remix des mouches mortes (qui va s'appeler je suis un pute) et que je vais proposer à la Musardine ; sinon je prends des notes pour le machin dont je t'ai parlé plus haut ; je fais des lectures de temps en temps, et j'ai des projets de cd liés à ça (mais c'est super vague) ; j'ai trouvé un boulot de pigiste, et voilà. Et je ne cherche à collaborer avec personne, ni à rencontrer personne à part des éditeurs et des gens qui peuvent me faire tourner pour des lectures. Autrement, je ne collabore qu'avec le collectif konsstrukt et c'est tout.


Pour en savoir plus sur le trublion, c'est ici:
http://www.konsstrukt.blogspot.com/

Publié par hirsute à 12:55:06 dans Andy Verol/Interview | Commentaires (0) |

Entretien avec Gilles de Staal | 20 septembre 2007

A la suite d'une rencontre provoquée par les éditions du Mort-Qui-Trompe en 2006, j'ai eu le privilège de participer, à mon humble mesure (en créant simplement un blog d'info: http://a-a-a.blogg.org ) , à l'exposition des oeuvres de Gilles de Staal et de Jaime Zapata.

En avril 2007, Gilles a répondu quelques questions. ça m'a enrichi, pourquoi pas vous?

Réponses incertaines à quelques questions de Andy Vérol

J'aimerais te demander deux choses:

 

- Peux-tu écrire un article, un billet, un mot (peu importe le format, tu le choisiras) afin de faire le point, publiquement (tout du moins sur le blog) sur le mouvement né à l'automne? Y exposer ta position d'artiste, d'homme, d'anthropophage "militant".

 

Afin que ce ne soit pas une démarche qui vienne de toi, je te pose d'ultimes questions qui viendraient à la suite de ton article:

 

 Tes tableaux sont piquants. Ils parlent très fort des temps présents, des souffrances, des gouffres parfois qui séparent des hommes, des sociétés.

 Il y a aussi une approche très intime. Un rapport puissant au corps comme "outil" de libération, mais aussi, sans pour autant être paradoxal, d'aliénation totale. J'ai l'impression que ton intime rejoint le monde et que la conséquence de tes tableaux, c'est offrir un regard particulier sur ce qui nous entoure, sur notre histoire, sur notre imbécilité humaine aussi.

J'ai été frappé par ta peinture, comme tant d'autres, et ça m'a permis de me sentir "moins seul" quant à ma perception du XXème et XXIème siècle, mais ça m'a aussi ouvert un champ infini quant à la liberté d'interprétation de tout ce qui fait la vie.

 Donc ma question découle très simplement de tout ça: tu as repris les pinceaux. Sur quel projet travailles-tu en ce moment? Quelles sont les pistes sur lesquelles tu t'engages? Considères-tu que ton boulot est un peu comme une chute à la fois effrayante et jouissive?

 

(Désolé mais j'ai mis le paquet!)

 

 

Je reçois ta longue question concernant mon travail  et qui est un peu plus qu'une question... un peu moins qu'un commentaire. Ce que tu écris me flatte, bien sûr, mais, au delà de ma vanité qui est ainsi gratifiée,  je pense que tu as tout à fait raison quant à ce que je fais, ce dont "je parle" dans ma peinture... et ce que je cherche à faire "circuler", à partager... Je ne parle pas d'autre chose que de ce que nous vivons, oui, tant intimement que "politiquement"... et j'essaie d'en parler "du dedans vers le dehors", c'est-à-dire en commençant par ce que j'éprouve. Cela dit, il ne peut s'agir de considérer qu'une œuvre d'art, et donc ce que je tente dans la peinture, consiste à exposer comme une déchirure moïque la particularité de ses sensations, émotions et expériences personnelles... et l'exposition de ses propres stigmates n'a jamais constitué une démarche artistique. L'art n'est pas une exposition personnelle de soi même et de ses particularités... sauf à commencer par reconnaître que soi même est la chose la plus commune, la moins particulière qui soit.

 Il s'agit donc de ce que j'éprouve  dans ce que j'appellerais la tragicomédie humaine dont je fais entièrement partie, et qui en m'atteignant violemment m'oblige à m'interroger sur ce qui y est à la fois invisible et qui en fait d'une certaine façon la « vérité » sensible. Celle qui atteint à travers les sens, c'est-à-dire le corps de chacun... Tu sais, ce qui dans une scène de la vie, une situation, une circonstance, nous atteint en profondeur, nous en fait du coup «perce-voir » la vérité ; ce qui dans la scène où la situation est sa vérité latente, mais n'y est pas apparent. Pour une raison où une autre, - un bruit, un faux reflet, une odeur, une inattention imprévue qui relâche le regard -, nous nous mettons à le « perce-voir », et alors nous comprenons ce qui y était invisible et en est pourtant la vérité agissante ; cela nous renvoie alors bien sûr aux autres vérités, à ce que nous savons... à ce que nous savons que nous savons. A ce titre, il n'y a nulle « allégorisme » dans ma peinture, non plus qu'elle n'est une peinture « à message » didactique.  Elle serait plutôt une affirmation en quête d'un lien, d'une communauté sensible.

Quand on me dit que j'ai "beaucoup d'imagination", je pense à vrai dire que je n'en ai aucune... Je peins ce que je "vois" ... dans ce qui est notre expérience humaine commune... en espérant rencontrer "les autres", par ce regard, si je puis dire. Comme si je voulais vérifier, ou m'assurer de la profondeur, bien au-delà des simples opinions et même convictions, de ce qui me rattache et m'unit aux autres.  Tu sais, cette chose qui fait qu'on découvre "qu'on voit la même chose", et donc qu'on n'est pas complètement fou... pas complètement seul. Que cette émotion, cette douleur, ce sentiment, cette insurrection intérieure, eh bien, ce n'est pas seulement le fruit d'une imagination malade mais bien la réalité des choses, et qu'on peut la partager, même si ce n'est que secrètement... que cela concerne la plupart aussi peut être... Que donc, il y a bien quelque chose de fondé la dedans... qu'il ya donc peut être, un espoir MALGRE TOUT...

Evidemment le risque, c'est de découvrir que non, pas du tout... et on est bien fou, et SEUL. C'est pour cela que l'art est un métier dangereux...

 

Tu parles de « l'imbécilité humaine ». Je ne reprendrais pas ce terme à mon compte. J'entends par là qu'il n'y a nul mépris humain dans ma peinture. Elle ne peut m'extraire des protagonistes de la tragédie. Je n'ai pas un regard de Syrius, un regard du dehors vers le dedans, mais exactement son contraire. Il y a, par exemple, une forte dimension, disons, politique au sens large, dans ma peinture. Et ma vie est entièrement traversée par un engagement politique, ce n'est un secret pour personne. Mais cette dimension, dans mes tableaux, ne consiste pas à mépriser le bourgeois pour idéaliser le prolétaire, pour faire simple. Il n'y a pas d'exclusion humaine, comme « une imbécilité humaine » de laquelle, bien sûr, je serais indemne, et dont ma peinture dénoncerait les contours. Si je prends l'exemple d'un tableau, ou plus exactement une série à laquelle je donne la plus grande importance, « Métropolitaine »,  - cette « série du métro » comme on me dit souvent -, qui fait référence explicite aux ratonnades des années 59-61 dans le métro parisien, que j'ai vécues et qui m'ont profondément marqué. Les personnages exaltés, angoissants, franchouillards, flics, paras en vadrouille, bourgeois et rombières, anciens combattants, souvent sans yeux ni traits précis ou au regard insaisissable, ils sont précisément en quelque sorte « aveugles à eux-mêmes ». Il n'y a pas de mépris ni de haine contre « eux », mais un regard sur ce qu'ils font,  sur ce qui les pousse, un regard sur ce qui les aveugle. Ils sont atroces, mais dans le fond eux même, aussi, sont poignants, dans leur aveuglement sur la vérité qui les taraude, dans leur atrocité.  Plutôt que dénoncer l'imbécilité humaine (mais je suis humain !), c'est plutôt du regard qu'il s'agit, de ce qui est visible et de ce qui est « aveuglant ». Tout ça pour dire que, même si le monde dans lequel je vis, les comportements de la plupart, les règles admises et pratiquées... si tout cela me fait souffrir d'insupportabilité et d'un sentiment de profond rejet, je n'arrive quand même pas à être misanthrope... pas du tout. Pas encore.

 

  Ma seule satisfaction derrière cela, c'est jusqu'à présent de découvrir que justement, cela se partage. Et que je ne suis peut être pas fou, peut être pas totalement seul. Cela se partage, mais à quel prix? Découvrir la densité du secret, de la peur et du désir dans ce "partage". Une des choses qui me frappent, c'est que souvent les "gens" (ce terme est le plus vague et détestable que je connaisse, mais enfin...) disent "aimer" mes tableaux, et parfois même,  «être fascinés »... et en même temps ils le disent comme secrètement... Ils disent en même temps qu'ils « n'oseraient pas » avoir un tableau chez eux, comme si c'était de la plus grande audace d'arborer cela dans leur salle de séjour! Je parle là de gens qui ont "les moyens" d'acheter. Ils aimeraient mais "n'osent pas". J'en ai même un qui m'a acheté un tableau, l'a payé, et n'est toujours pas venu le prendre... depuis un an et demi! C'était justement le "tien" ("La famille et la propriété", qui a accompagné ton article sur le site des éditions du Mort-Qui-Trompe*). Depuis il a réfléchi et a changé "d'option", pour un autre ("Marie danse avec Pierrot"), peut être moins « violent » ( ?). Mais le tableau est toujours chez moi! C'est étrange. De même, les mêmes qui souvent, avec la "connivence" qui sied entre personnes "cultivées et affranchies" disent aimer ma peinture, me disent en même temps qu'elle est "difficile" et ne peut être accessible à tout le monde!

Pourtant, dans le fond, ma véritable satisfaction est de constater que ceux qui apparemment la saisissent dès le premier regard, réagissent au quart de tour, ce sont souvent des personnes de la vie populaire, directe... ceux qui n'ont justement pas les "moyens" de m'acheter des toiles... Les rappeurs de Lak. Bine, toi, et combien d'autres. J'avais été touché en 97, quand j'ai exposé "l'Hommage à Khaled Kelkal" la première fois. Parmi mes amis cultivés et politisés, que n'ai-je entendu!? Tant par rapport à l'image "choquante", obscène, que quant à la thématique... ils ne voyaient d'ailleurs pas le lien, pourtant évident, entre la phrase de St Augustin, les couleurs mêlées de France et d'Algérie, l'impudeur désespérée de l'image... et Khaled Kelkal. Et voila qu'une bande de jeunes un peu zone, venus de Marseille ont vu ça pour la première fois, au milieu du reste, et sont venus me serrer la main... pour Khaled. Ce sont ces choses qui me touchent.

 

 D'où aussi, l'importance particulière qu'a pour moi « l'exposition ». J'ai besoin d'exposer. Pas tant pour vendre (pour vendre aussi, bien sûr) que pour rencontrer le regard public... le regard des autres. Ceux que j'espère être mes semblables... Je ne crois pas à l'art sans public ! Et encore moins pour « un public sélectionné ». Sélectionné par quoi ? La couleur de sa carte de crédit ? L'épaisseur de son portefeuille ? Sa place dans la hiérarchie socio-culturelle ? Le public, par définition, c'est « tout le public ». C'est à cela que l'artiste doit se confronter... à poil. Ensuite, c'est uniquement une question du rapport entre la portée réelle de l'œuvre, et le temps qu'elle mettra pour parcourir cette portée. C'est le risque que prend l'artiste. De ce point de vue, parmi les différents arts, la peinture est celui qui est le plus « lent »... et donc le plus « risqué ».

 Mais chaque fois que l'art a eu tendance à sélectionner son public, à le circonscrire à une élite, il s'est avili, appauvri, indépendamment du talent des auteurs. Il n'y a qu'à voir la XVIIIè siècle. Les plus grands artistes, les Poussins, les Watteau, les Fragonard, réduits aux commandes de quelques aristocrates et grands bourgeois de Cour. Des œuvres à la maitrise et au talent extraordinaires... qui respirent l'ennui, la médiocrité futile, et la poudre de riz. Ce qui a sauvé la peinture et l'art, en France en particulier, c'est la révolution française, en créant les musées, en offrant l'art au peuple dans les palais expropriés. La peinture a pu ainsi retrouver sa puissance évocatrice universelle, dès l'aube du XIXème siècle, avec le romantisme, et puis l'impressionnisme, les grands salons, la critique journalistique, les Huysmans, les expositions qui deviennent l'enjeu de polémiques et d'empoignades publiques. Et hors de France, prenons un des plus grands génies de la peinture,  à cette charnière du XVIIIè au XIXè s, Goya : certes, ses portraits de l'infante, des familles de la cour d'Espagne, révèlent la force de son talent, la puissance de son regard ; mais serait-il Goya sans les « fusillés d'Altona », sans « le sommeil de la raison », sans les sabbats de sorcières, sans ses eaux fortes des horreurs de la guerre ?! Comme le dit Oswald de Andrade : « Soit les catacombes lyriques s'épuisent, soit elles débouchent sur les catacombes politiques... pour sortir à la lumière des barricades ».

 Le public, ce n'est pas les acheteurs, et encore moins les galeristes et les marchands. Il fut un temps où ces derniers, en achetant des œuvres, ont servi d'appui aux artistes dans leur rencontre avec le public. Ils compensèrent, notamment dans les années 1910 – 1930, la noyade progressive des institutions muséologiques dans le conformisme académique des républiques bourgeoises, en France, en Allemagne. Ils maintinrent  ainsi la capacité des artistes, qui se constituaient en mouvements contre ce conformisme, à faire de leur œuvre un enjeu pour la société tout entière. Pourquoi sinon, quand le conservatisme bourgeois pu se sentir enfin tranquille, avec le fascisme, éprouva-t-il le besoin de bruler tant d'œuvres « décadentes », « juives », ou « bolcheviques » ? Aujourd'hui, les marchands n'ont plus de ces scrupules, cet esprit de mission. Ce sont eux-mêmes qui organisent le retrait des œuvres de l'espace public... à coups de dollars !  Aujourd'hui, le «top», c'est les expositions privées, où l'on n'accède qu'à condition d'être personnellement avisé, de connaitre le code de la porte d'entrée, et de s'identifier auprès des gorilles qui la gardent. C'est là que l'on vend. Et très cher. La dernière que j'ai vue dans ce genre, - c'est cet ami, justement, qui relutte à venir prendre le tableau qu'il m'a acheté, qui m'y a emmené -, c'étaient des œuvres prétendument inspirées par la Commune de Paris !  C'était tout « très comme il faut », et tout a été vendu... La Commune a bon dos !

 Et c'est justement là qu'on voit l'impasse de la peinture actuellement, et l'avilissement des artistes qui se courbent à cela... et pas seulement dans la peinture. Car il y a aussi une façon de fabriquer le public (en musique, en littérature, au cinéma, au théâtre par exemple), dans un marketing très subtilement sophistiqué, qui fait qu'il n'y a plus de « public » mais un «marché culturel »... c'est une autre façon de « supprimer » le public. Sans être passéiste, je pense au «théâtre public » actuel (celui qu'on voit dans les CNAD par exemple), et je pense à ce que j'ai connu au temps du TNP de Vilar ! Et j'ai le sentiment d'un abyme.

 

Tu me poses à vrai dire tout un tas de questions dans ce petit commentaire-questionnaire. L'érotisme, le corps, le sexe?

 

Oui, c'est à travers quoi on ressent, on éprouve. On n'a que son corps pour éprouver les choses, et la tête en fait partie... l'âme si je puis dire. Je ne crois pas, comme tu le penses bien, à la séparation des deux. C'est donc par le corps que passe l'expérience... et c'est par le corps qu'elle se retransmet en art (les yeux, l'ouïe, par où pénètre l'émotion). Mais en passant par toute l'interprétation et par toutes ses lacunes douloureuses, et par toutes les douleurs de ses lacunes... Il m'est arrivé qu'on ne comprenne pas, - et pourtant il suffit de lire ce que dit la phrase -,  le petit texte que j'ai écrit en tête de la page d'accueil de mon site, sur "l'expérience érotique"...  Certains y ont même vu comme une espèce de confusion entre la peinture et l'expérience érotique, comme si la peinture devait être le motif pour des échanges érotiques !  Or ce n'est pas du tout de cela que parle cet exergue. Je l'ai donc maintenu, car il dit assez clairement, si on le lit avec attention, la place réelle de l'érotisme, du corps, dans ma peinture. Ce n'en est assurément pas le sujet. Le sujet est ailleurs, précisément. L'érotisme ne pose AUCUN problème en lui même, il n'est donc pas un sujet... Le sujet c'est par contre ce qui pose problème à l'érotisme... C'est à dire tout le reste. Et c'est peut être parce qu'il pose problème à l'érotisme qu'il éveille la souffrance, et la réflexion.

 

 Quand à la jouissance de peindre... oui? Non? Je ne sais pas trop quoi te dire pour le moment. Dans le fond, je pense qu'il y a toutes sortes d'états que l'on traverse à mesure que prend forme ce que l'on cherche. Et, bien sûr, un énorme doute... jusqu'au moment où on sait, où on touche la chose... Alors c'est une certaine joie, une certaine fièvre aussi... avec la crainte en même temps de le voir à nouveau s'estomper dans le travail final. Mais je pense que cela varie beaucoup selon les peintres.

 

 De même tu me questionnes sur mon travail actuel. Je ne sais pas non plus trop quoi te dire... Je ne peins pas avec un "thème"... Ma peinture est peut être discursive, peut être narrative (?), peut être semble-t-elle illustrative. Elle n'est pas illustrative, ni narrative. Actuellement, je rattrape le temps perdu. Et donc, je suis en train de faire une commande qui attendait depuis un an! La commande est assez libre, et j'aime bien les commandes (et aussi j'ai besoin de sous), si le "commanditaire" ne me dicte pas le tableau que je dois lui faire, bien sûr! Le tableau que je fais sera très "en vue" si je puis dire, un peu publiquement... dans un relais fréquenté par des gens très divers, seuls, ou en famille. Je ne tiens pas à ce qu'il soit "scandaleux" ni outrageant... L'art n'a pas à offenser quiconque. Il doit au contraire maintenir ouverte la disponibilité émotionnelle. L'offense ferme. Le tableau aussi traduit assez bien mon état psychique, émotionnel... le besoin d'en trouver le point obscur, la vérité qui en dilue la charge angoissante pour, sans l'occulter, permettre quand même d'en faire surgir le sourire... Ce sourire qui est la reconnaissance que ce que l'on vit, après tout, loin d'être monstrueux, est la vérité commune à tous.  Il parle peut être de la séduction et de son refus. Il pourrait s'appeler "Dés-harmonie"... mais c'est un titre bien prétentieux que je dédie, précisément, aux adeptes de « l'art conceptuel comptant-pour-rien ». Il a un autre titre, pour les défenseurs d'un art « de classe », engagé et didactique : « Hommage aux grévistes de Vierzon, précurseurs des utopies émancipatrices ». En fait, il s'appellera : « La fille du cheminot ». C'est une composition un peu bizarre je dois dire... un peu aux limites justement de l'allégorie, de l'illustration, de la narration, du romantisme... mais ce n'est ni illustratif, ni allégorique, ni romantique... juste à la limite, celle d'un angoissant et terrible malaise.  C'est peut être aussi cette limite qui est celle au bord de laquelle je me suis retrouvé... une limite à laquelle je n'ai pas de réponse... juste un profond mouvement de refus, de résistance devant la peur d'une attraction aussi séduisante que chargée des menaces que toute séduction contient et occulte. Comme tu vois, le thème, « la piste », n'a rien d'original. A ce titre, le tableau est tout à fait ANTI romantique. Mais tu sais, je ne me rends compte de ce que je mets en toile qu'en le faisant. Pas à partir d'une intention thématique. C'est aussi peut être pour cela que j'étais si longtemps paralysé... Ou peut être me fallait il traverser mon état dans l'exécution d'un tableau pour le surmonter...

 

Une "chute jouissive et effrayante", dis-tu. Non, je ne pense pas. Je parle de l'effroi, c'est vrai, et du désir de jouissance infini, aussi. Mais je pense qu'il n'y a pas la recherche de la chute, très au contraire. Je cherche le point peut être où l'effroi rencontre la lucidité émotionnelle de l'humour, c'est à dire de la vérité. L'humour est ce qui sauve, du romantisme, de l'idéalisme, comme du nihilisme, qui sont les trois postures que je récuse de la façon la plus nette. L'humour ce n'est ni la dérision ni la rigolade. Mais tu sais, je suis issu d'une culture d'Europe centrale et orientale. C'est le regard sensible et lucide... et aimant. Peut être ma peinture est-elle une peinture d'humour et d'amour. J'aimerais bien en tous cas. Plutôt qu'elle n'inspire l'angoisse, qu'elle provoque un sourire aimant.

 

Gilles de Staal

(Sao Paulo – 26 mars 2007)

 

* http://www.le-mort-qui-trompe.fr/article111

Publié par hirsute à 12:13:43 dans Andy Verol/Interview | Commentaires (0) |

Entretien avec Damny, chanteur et clavier de la Phaze sur e-Torpedo | 03 septembre 2007

Afin d'approfondir et développer l'approche artistique et militante des membres de la Phaze, je me suis entretenu avec Dawny, chanteur et clavier de la formation.

C'est ici:

http://www.e-torpedo.net/article.php3?id_article=2116&titre=L-assaut-final-entretien-avec

 

A.V.

 

Publié par hirsute à 09:04:26 dans Andy Verol/Interview | Commentaires (1) |

L'assaut final : entretien avec Damny, chanteur et clavier de la Phaze | 23 août 2007

Réaliser cet entretien avec Damny me paraissait une démarche salvatrice afin d'éclaircir un certain nombre de points concernant la démarche artistique et militante de la Phaze. Ce groupe sur lequel j'ai eu la chance de me plier le dos et me bousiller les chevilles à deux reprises m'a immédiatement électrisé. Le mélange des genres, le rythme trépidant, la liberté d'exécution.

La Phaze allie un regard acide sur notre monde et une musique au galop.

Hormis cette tournée brésilienne avec Manu Chao et des collaborations diverses marquant une grosse demarche militante, je souhaitais creuser certaines questions très souvent mises en exergue par le groupe. C'est parti :

A.V. : Avant toute chose, j'aimerais que tu fasses un petit historique du groupe. Assez bref si tu veux, ou bien long. A toi de voir.

D. : La Phaze existe depuis l'an 2000 environ. On était deux au départ et quatre à l'arrivée : Arnaud (guitare), Rousman (Batterie) Nevrax (platines) et moi-même (chant-clavier, un peu de basse). On a sorti un premier 6 titres sur le label indé "Jarring effects" puis un album chez (feu) Small Axe. Le premier véritable long album "Fin de Cycle" est sorti en 2005 et on a beaucoup tourné depuis que le groupe existe, majoritairement en France et de plus en plus à l'étranger.

A.V.: Il y a dans votre musique des inspirations diverses. En tout, c'est tonique, speed, une forme d'énergie brute toute droite héritée du punk, où des salles de concert étouffantes des années 50 - 60... Je plaisante. Il me paraît toujours un peu fébrile d'attribuer aux artistes des influences et des pairs pour illustrer ou étoffer les propos. Je dirais que La Phaze, c'est du sirop bien alcoolisé. Il sert à l'origine à soigner une angine, mais finalement on l'utilise pour se retourner la tête... Ce que je dis te parait-il complètement stupide ?

D.: J'aime beaucoup ta métaphore !... Le côté curatif du groupe c'est vrai qu'on l'a, parce que je pense que ça nous soigne en premier lieu contre l'ennui, la morosité et ça nous permet de nous "vider" physiquement et intellectuellement, c'est certain. L'idée de faire une musique à la fois énergique et tournée vers l'humain, c'était pour nous un bon remède au froid, au sens de l'aliénation des masses si tu préfères ! Pour conforter ta métaphore éthylique, je te dirais même que la sensation d'enivrement et de défonce est souvent bien réelle sur scène !

La suite de l'entretien sur e-Torpedo ici

Publié par hirsute à 02:08:31 dans Andy Verol/Interview | Commentaires (0) |

Interview Andy Verol sur la Radio de l'Espace | 25 janvier 2007

Téléchargez l'émission n°14 ici: http://www.myspace.com/magoodeparis


Andy Verol

Publié par hirsute à 10:34:07 dans Andy Verol/Interview | Commentaires (4) |

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